Selon les travaux d’une équipe franco-anglo-canadienne, les grands dinosaures herbivores ont commencé à décliner environ 10 millions d’années avant que la météorite qui mènera à leur extinction heurte notre Terre. En cause, une chute brutale des températures. © denissimonov, Adobe Stock
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Les dinosaures étaient sur le déclin avant la chute de l'astéroïde

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[EN VIDÉO] Interview : le mystère de l’extinction des dinosaures est-il enfin élucidé ?  Les scientifiques ont bien du mal, depuis toujours, à trouver un consensus expliquant l’extinction des dinosaures. Même si la théorie la plus grandement acceptée est celle d’une météorite, il persiste encore aujourd’hui des zones d’ombres. Futura-Sciences a interviewé Éric Buffetaut, paléontologue, pour qu’il nous éclaire sur la question. 

Les dinosaures. Dans l'imaginaire collectif, ils ont été les maîtres incontestés de notre Terre. Jusqu'à ce qu'une météorite vienne mettre un terme brutal à leur règne. Mais des chercheurs proposent aujourd'hui une nouvelle lecture du registre fossile. Ils présentent des dinosaures déjà sur le déclin avant la catastrophe. Mettant en cause, notamment, un changement climatique soudain. Fabien Condamine, chercheur CNRS à l'Institut des Sciences de l'Évolution de Montpellier, nous explique comment son équipe est arrivée à ces conclusions qui relancent le débat.

Il y a 66 millions d'années, une météorite de plus de dix kilomètres de diamètre illuminait le ciel de notre Terre. Elle finissait sa course du côté de la péninsule du Yucatan, au Mexique. Mettant un terme au règne des dinosaures« Mauvais timing », commente pour nous Fabien Condamine, chercheur CNRS à l'Institut des Sciences de l'Évolution de Montpellier. « Car la collision se produit dans un monde sous pression. Un monde qui connait des changements globaux de sa végétation, de son climat et du niveau de ses mers. Un monde dans lequel les dinosaures ne se portaient déjà pas au mieux. »

C'est en tout cas la conclusion de travaux qu'il vient de mener avec une équipe franco-anglo-canadienne. Une conclusion basée sur des faits. Des preuves directes tirées du registre fossile. Des preuves de la présence de certaines espèces à un moment donné, à un endroit donné. À partir desquelles les chercheurs ont ensuite procédé à des estimations du taux de formation ou du taux d'extinction des espèces. Grâce à une méthode sophistiquée de modélisation statistique qui a permis de limiter les biais liés aux lacunes du registre. Cependant, « avec les connaissances qui continuent de s'accumuler, nous ne sommes pas à l'abri que des conclusions différentes tombent d'ici quelques années. C'est aussi ça, la science », nous fait remarquer Fabien Condamine.

Mais, en attendant, revenons à cette fameuse conclusion. Parce qu'elle a tout de même de quoi surprendre. Car jusqu'alors, il était assez communément admis que, vers la fin du Crétacé, les groupes de dinosaures étaient plutôt prospères. Qu'ils se diversifiaient et trouvaient des solutions pour remplir des niches différentes. Or, c'est tout l'inverse que les chercheurs suggèrent aujourd'hui.

Quelque 10 millions d’années avant la chute de la météorite qui a provoqué l’extinction des dinosaures, le taux d’apparition de nouvelles espèces (courbe bleue) a diminué et celui des extinctions (courbe rouge) a fortement augmenté. De quoi mener à une diminution rapide du nombre d’espèces de dinosaures (courbe noire) au cours de cette période. © Fabien Condamine, Isem, CNRS

« Nous avons identifié un pic de diversité chez les dinosaures -- ou du moins, chez les six grandes familles visées par l'étude -- au moins 10 millions d'années avant leur extinction. Entre ce pic et la chute de la météorite dans la péninsule du Yucatan, nous avons observé un déclin marqué de la diversité spécifique -- comprenez, du nombre d'espèces, nous explique Fabien Condamine. Nous cherchions à éclairer la dynamique de diversification des dinosaures avant de comprendre quels facteurs ont pu l'influencer sur le long terme. Nous ne pensions pas à un déclin. Il nous est simplement apparu dans les données. »

Un phénomène d’extinction en cascade

Une fois donc ce déclin pris pour acquis -- si tant est que la science puisse prendre quelque chose pour acquis à un tel stade... --, les chercheurs ont choisi d'adopter une approche intégrative incluant une dizaine de causes possibles. Parmi elles, des causes dites abiotiques, liées à l'environnement physique dans lequel évoluaient les dinosaures comme la température, le niveau des mers ou encore la fragmentation continentale. « Parce qu'à cette époque, notre Terre connaissait beaucoup de changements tectoniques. » Les chercheurs ont aussi exploré des causes dites biotiques. Ainsi, les changements observés au niveau de la végétation.

« C'est le moment où les plantes à fleurs ont pris le dessus sur les conifères », nous situe Fabien Condamine. Autre cause biotique possible, peut-être plus étonnante, la diversité intrinsèque des dinosaures. « La diversité propre à un groupe influe sur la diversification des espèces. On parle de diversité dépendance. Au fur et à mesure que le groupe se diversifie, il y a moins d'opportunités pour former une espèce parce que les principales niches sont remplies. Le groupe trouve moins de solutions pour remplir de nouvelles niches. Une sorte de compétition pour les ressources s'installe jusqu'à, pourquoi pas, mener à un déclin. »

 Lorsque les plantes à fleurs ont pris le dessus sur les conifères, les dinosaures n’ont pas réussi à s’y adapter. Les chercheurs trouvent des corrélations négatives qui montrent que le changement a nui aux dinosaures sans pour autant l’être de manière significative. © Elenarts, fotolia

Finalement, les chercheurs ressortent de leurs travaux, deux causes qui influencent fortement le processus d'extinction des espèces. Il y a d'abord la température globale qui décroît fortement sur la période. D'environ 7 °C. On aurait pu penser que les dinosaures, en animaux mésothermes qu'ils étaient, ne seraient que peu affectés. Mais, « nous observons que les dinosaures semblent finalement avoir dépendu substantiellement de la température de leur environnement », remarque Fabien Condamine.

Autre cause identifiée du déclin des dinosaures quelque 10 millions d'années avant leur extinction : un déclin de la diversité des dinosaures herbivores« Ça a du sens écologiquement parlant. Les espèces de grands herbivores sont des espèces structurantes dont dépend l'équilibre d'un écosystème. Les Ankylausaures ou les Triceratops jouaient probablement un rôle énorme dans l'écosystème du Crétacé. Lorsque ces espèces ont commencé à décliner, peut-être à cause d'une sensibilité plus grande aux changements de températures, les autres herbivores ont suivi, puis les carnivores. C'est un phénomène d'extinction en cascade qui semble apparaître dans les données. »

Le chercheur reste malgré tout prudent dans ces conclusions. Car lorsque l'on sépare herbivores et carnivores« les données perdent de leur puissance statistique ». Pour confirmer tout cela, il faudra donc élargir les études à plus de dinosaures. « Nous n'avons travaillé que sur six familles. Les plus connues. Il faudrait intégrer des groupes de l'hémisphère Sud, mais les registres sont moins fournis. Il faudrait aussi s'intéresser aux Titanosaures -- qui sont parmi les animaux les plus lourds ayant jamais foulé notre Terre. Ils pourraient bien nous raconter une histoire un peu différente. » Quoi qu'il en soit, le débat semble relancé...

Pour en savoir plus

Les dinosaures étaient-ils destinés à disparaître ?

Une estimation plus précise des taux d'apparition et de disparition des espèces de dinosaures des dizaines de millions d'années avant la crise Crétacé-Tertiaire révèle que ces fascinants animaux étaient en déclin. On peut spéculer sur le fait que, tôt ou tard, ils allaient fatalement laisser la place aux mammifères.

Article de Laurent Sacco paru le 20/04/2016

Un squelette de T-Rex visible au Field Museum of Natural History, à Chicago, aux États-Unis. Le nombre d'espèces de dinosaures carnivores a diminué moins vite que celui des sauropodes pendant le Crétacé. © Terence Faircloth, Flickr, CC by-nc-nd 2.0

Pendant des décennies, les hypothèses allaient bon train à propos de la disparition d'un des groupes d'animaux ayant rencontré le plus de succès au cours de l'évolution du vivant : les dinosaures. Des plantes devenues toxiques aux mammifères dévorant leurs œufs en passant par des changements climatiques provoqués par des régressions marines, tout y est passé ou presque. Ce sont finalement les hypothèses des éruptions à l'origine des trapps du Deccan et l'impact d'un corps céleste à l'origine de l'astroblème de Chicxulub qui se sont s'imposées sur le devant de la scène au début des années quatre-vingt-dix.

Cependant, un article publié dans Pnas par un groupe de paléontologues vient de compliquer le tableau. Ils ont profité de l'accumulation des données découvertes dans les archives géologiques de la Terre et, grâce à des techniques sophistiquées d'analyse statistique, ils ont pu estimer le taux d'apparition de nouvelles espèces et celui de leur disparition pendant les 50 millions d'années précédant la fameuse crise Crétacé-Tertiaire, survenue il y a environ 66 millions d'années.

De façon surprenante, des signes de sénescence sont apparus car le bilan total montre une diminution constante de la diversité des espèces de dinosaures, plus marquée dans le cas des herbivores à long cou. Quelque chose était donc déjà en train de fragiliser ces animaux et de les détrôner de la biosphère, même si l'on ne sait pas encore quoi. Les éruptions basaltiques et l'impact d'un corps céleste n'ont peut-être pu leur être fatal que parce qu'ils étaient déjà en déclin depuis des dizaines de millions d'années.

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