Si les coraux sont grandement menacés par la pollution, l’acidification des océans et plus largement le changement climatique, il n’en reste pas moins que la préservation de la végétation est impératif pour leur conservation. À l’image, la baie du Santal à Lifou, où les pins colonnaires se dessinent sur les côtes. © Bahnfrend, cc by sa 3.0

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Pour sauver les coraux, protégeons les arbres : la preuve aux Fidji

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La déforestation massive modifie sensiblement le cycle du carbone, menace la préservation de la biodiversité terrestre mais impacte également les coraux côtiers. Protéger les forêts préserve les écosystèmes terrestres et serait aussi avantageux pour la santé des coraux.

Préserver les forêts côtières pour sauver les coraux. Si le lien entre les deux écosystèmes n'est pas évident, il est pourtant avéré. Les activités humaines terrestres impactent les océans, Charles Moore, spécialiste de la pollution plastique des océans, les définit comme la bouche de notre civilisation, qui avale tout ce que nous rejetons. Un dixième de la production annuelle de plastique finit en mer et certaines activités humaines engendrent une augmentation des eaux de ruissellement (et des sédiments associés), l'apport de nutriments et de produits chimiques. Les récifs coralliens côtiers sont les premiers organismes à en subir les conséquences.

Le constat n'est pas nouveau, le cas de l'île de Madagascar est souvent cité. Le pays a perdu plus de 90 % de sa couverture forestière en 2.000 ans d'histoire humaine. La déforestation a favorisé le déchargement des sédiments par les rivières à leur embouchure. Cette matière en suspension agit comme un écran, la turbidité de l'eau réduit l'apport de lumière, inhibe les blooms phytoplanctoniques, principale nourriture des coraux. Les réserves forestières à proximité des côtes sont primordiales, elles sont évidemment nécessaires pour préserver la biodiversité continentale, mais sont aussi connectées aux écosystèmes océaniques.

Dans une étude, quatre bassins versants de Madagascar ont été analysés. Ils sont représentés en nuances de vert sur la carte, et les récifs coralliens en rose. Les photos a et b montrent les dégâts occasionnés par la déforestation, et les photos c et d l'état actuel de sédimentation des récifs. © Joseph Maina et al., Nature Communications

Dans la majorité des cas, les aires terrestres protégées sont créées uniquement en vue de protéger les espèces terrestres et leur écosystème. La plupart des gestionnaires savent pourtant que les écosystèmes marins en dépendent, mais peu de réserves sont conçues en fonction de l'écosystème marin. Dans ce contexte, la Wildlife Conservation Society (WCS), associée à l'université du Queensland, a mené une vaste étude pour évaluer l'influence de futures aires terrestres protégées dans les Fidji sur les coraux.

Protéger les arbres pour sauver les coraux

Aujourd'hui aux Fidji, seuls 3 % de la superficie du pays sont protégés. Ces réserves ont essentiellement été fondées sur la valeur culturelle de ces espaces plutôt que sur la réelle volonté de protéger la biodiversité. Mais en 2008, le gouvernement a créé un comité qui devra pour l'horizon 2020 protéger 20 % des terres. Les chercheurs de la WCS ont alors étudié, pour chaque espace candidat, six scénarios différents afin de cerner comment chaque approche protège différents types de forêts et minimise le ruissellement des sédiments vers les récifs coralliens en aval.

Le but de chaque approche était soit d'atteindre des objectifs terrestres de conservation (par exemple, représentent 40 % de chaque type de végétation), soit de maximiser les avantages pour les récifs coralliens. D'après leurs résultats, publiés dans la revue Marine Policy, lorsque la conservation terrestre était l'objectif premier, les avantages potentiels pour l'état des récifs coralliens étaient de 7,7 à 10,4 % plus importants que ceux du réseau de zones protégées déjà existants. Lorsque la protection des récifs était l'objectif principal, les avantages pour les coraux étaient de 1,1 à 2,8 fois par unité de surface plus importants. Mais dans ce cas 31 à 44 % des objectifs de conservation terrestre ne seront pas atteints.

L'étude a eu un impact sur les décisions du comité, et les futures aires terrestres protégées prendront en compte la connectivité entre les terres et les coraux. « Les résultats de notre étude confirment que les forêts que le comité envisageait de protéger peuvent offrir des avantages significatifs en aval pour les récifs coralliens, commente la chercheuse Stacy Jupiter, co-auteur de l'étude. Cependant, nous avons été surpris de constater que ces lieux ne comprennent pas beaucoup des principaux types de végétation de forêt menacés. Nous avons donc recommandé au comité d'ajouter quelques forêts supplémentaires à leur registre national des lieux prioritaires pour la protection », conclut-elle.

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