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Le PFTBA, ce nouveau gaz à effet de serre particulièrement persistant

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Le perfluorotributylamine (ou PFTBA) est un gaz artificiel notamment utilisé dans l'industrie électronique. Pour la première fois, sa présence a été décelée dans l'atmosphère, ce qui a poussé des chercheurs canadiens à l'étudier plus en détail. Résultat : il s'agit d'un gaz à effet de serre particulièrement puissant et persistant. Son impact sur le climat devrait donc faire l'objet d'études.

De 2000 à 2010, le CO2, un gaz à effet de serre, aurait été responsable à 85 % du forçage radiatif subi par notre planète. © poilaumenton, Flickr, cc by nc 2.0

Le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4) et le protoxyde d'azote (N2O) composent le top 3 des gaz à effet de serre les plus médiatiques. Et pour cause, l'Homme en émet d'importantes quantités, au point d'impacter le climat mondial puisqu'ils retiennent une plus grande partie du rayonnement infrarouge réémis par notre planète qu'avant l'ère industrielle. Ces gaz sont dits persistants, car leurs molécules subsistent des années, des décennies, voire même plus d'un siècle dans l'atmosphère avant qu'elles ne soient détruites. Ce groupe vient de s'enrichir d'un nouveau membre : le perfluorotributylamine ou PFTBA.

Ce gaz de la classe des perfluoroalkylamines est artificiel, puisqu'exclusivement produit par l'Homme. Il est notamment utilisé dans l'industrie électrique et électronique depuis le milieu du XXe siècle. Voici quelques mois, sa présence a pour la première fois été détectée dans la basse atmosphère au-dessus de l'université de Toronto (Canada). Certes, sa concentration est extrêmement faible, soit 0,18 partie pour 1.000 milliards. Néanmoins, ses propriétés radiatives posent question, tant elles sont importantes par rapport à celles du CO2, la référence dans le domaine.

Angela Hong fait partie de l'équipe qui a réalisé un spectre d'absorption infrarouge du PFTBA. C'est notamment sous sa plume que les résultats obtenus ont été publiés dans la revue Geophysical Research Letters. Concrètement, le perfluorotributylamine possède l'une des plus hautes efficacités radiatives connues pour un gaz à effet de serre, soit 0,86 watt par mètre carré et par partie par milliard (elle est de 1,4 x 10-5 Wm-2ppb-1 pour le CO2). Or, plus cette valeur est élevée pour une molécule, plus elle a un impact sur le forçage radiatif.

Le CO2 est le principal gaz à effet de serre persistant produit par les activités anthropiques. Cette infographie présente les principaux pays producteurs. © Idé

Un potentiel de réchauffement largement supérieur à celui du CO2

Le potentiel de réchauffement global (PRG) permet de comparer l'influence sur notre système climatique de différents gaz en un temps donné. À l'horizon d'un siècle, une valeur de 7.100 a été déterminée pour le PFTBA. De manière simplifiée, cela signifie qu'une seule molécule de ce gaz aura eu d'ici là le même effet que 7.100 molécules de CO2. À ce stade, n'oublions pas de relativiser les chiffres donnés par rapport à la concentration atmosphérique en perfluorotributylamine mesurée.

Néanmoins, cette problématique ne doit pas être négligée, car un autre résultat se veut interpellant. Le PFTBA aurait une durée de vie minimale dans l'atmosphère de 500 ans ! En effet, aucun facteur ne peut le capturer ou le détruire dans les enveloppes gazeuses basses qui entourent notre planète, que ce soit naturellement ou artificiellement. Seules les réactions chimiques qui surviennent dans la haute atmosphère sont à même de le faire disparaître.

Face à leurs résultats, les auteurs de l'étude préconisent de mener des recherches plus approfondies sur le perfluorotributylamine, notamment pour estimer son impact réel sur le climat

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