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On pourrait prédire quelles espèces seront un jour en danger

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Lorsqu'une espèce est considérée comme menacée, il est souvent trop tard pour inverser la tendance. Des scientifiques viennent de montrer qu'il serait possible de prédire, grâce à des analyses statistiques, quelle espèce sera menacée demain. De quoi laisser le temps de réagir...

L'ours polaire est une des espèces animales menacées d'extinction. Crédits DR

Si 2010 a été déclarée Année de la biodiversité, c'est parce que le taux d'extinction d'espèces est manifestement très élevé aujourd'hui. La valeur n'est précisément connue mais on estime qu'une espèce sur trois est menacée. L'une des questions actuelles est de quantifier le risque qui pèse sur une espèce donnée. Bien sûr, on sait qu'avant de disparaître définitivement, ses représentants deviennent de moins en moins nombreux. Sur la base de ce critère simple, l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) a établi des catégories pour les espèces en danger : quasi-menacée, vulnérable, en danger, en danger critique d'extinction... Mais comment est-il possible de déterminer le point critique au-delà duquel l'espèce est vouée à s'éteindre ?

Si on en croit une étude publiée dans Nature, il serait maintenant possible de le savoir avant d'arriver à ce point critique. Deux chercheurs, John M. Drake de l'Odum School of Ecology de l'Université de Georgie et Blaine D. Griffen de l'université de Caroline du Sud, ont montré expérimentalement l'existence d'un ralentissement critique au sein d'une population.

Ce terme, qui décrit la diminution du taux de récupération, après une perturbation, d'un système qui s'approche d'un point critique, est bien connu des physiciens ou des géologues. En biologie, si le ralentissement critique correspond à une population qui a du mal à se remettre de perturbations environnementales, il n'avait encore jamais été prouvé expérimentalement. Il s'agit donc d'une première !

La daphnie est un petit crustacé (de 1 à 5 millimètres) faisant partie de la famille du zooplancton. © Wikimedia Commons

Un délai de 8 générations

C'est en étudiant un minuscule crustacé, la daphnie (Daphnia magnia), exposé à des conditions environnementales difficiles que les scientifiques ont pu obtenir des réponses. Certaines populations ont été soumises à des conditions de stress, c'est-à-dire un apport décroissant en nourriture. D'autres, les groupes contrôles, ont été placés dans des conditions optimales. L'expérience s'est étendue sur une durée de 416 jours, le temps nécessaire pour voir disparaître complètement l'ensemble des groupes affamés.

Les scientifiques ont alors cherché des données statistiques permettant de prévoir l'arrivée du point critique (aussi appelé en mathématiques la bifurcation transcritique). Les valeurs de quatre données (pour les matheux : les coefficients de dissymétrie, de variation, d'auto-corrélation et de corrélation spatiale) augmentaient déjà 110 jours, soit 8 générations de daphnies, avant l'arrivée du point critique. Cet intervalle de temps correspond donc au ralentissement critique recherché.

La preuve étant là, ce système pourrait alors être utilisé dans le domaine de la sauvegarde de la biodiversité, mais également dans tous les domaines de la biologie. De plus, les auteurs assurent qu'il n'est pas nécessaire de comprendre ni de connaître les équations mathématiques sous-jacentes pour utiliser la théorie.

Même si l'environnement naturel est bien plus complexe qu'un laboratoire aux paramètres contrôlés, ces résultats devraient permettre de détecter suffisamment tôt les espèces dont la menace d’extinction est proche. Malheureusement, ils ne disent pas quelles sont les mesures à prendre pour éviter la disparition de l'espèce en question...

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