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Le morcellement de la jungle menace la faune thaïlandaise

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En Thaïlande, les petits mammifères de la forêt tropicale sont sérieusement en danger. Depuis l'isolement de leur environnement et l'invasion de prédateurs, ils disparaissent de leur habitat naturel. Retour sur cette urgence, qualifiée d'« Armageddon écologique ».

Le parc national de Khao Sok est situé dans la province de Surat, en Thaïlande, et comprend le grand réservoir Chiew Larn, dont la biodiversité est menacée. © David Wilmot, Wikipédia, cc by 2.0

À l'origine, il y avait une grande forêt. Aujourd'hui, ce ne sont plus que des îles de forêt éparses. Le paysage du bassin de la rivière Khlong Saeng en Thaïlande a complètement changé depuis qu'en 1987, le gouvernement a décidé d'y construire un barrage de 100 m de haut. Un gigantesque réservoir d'eau, le lac Chiew Larn, s'est formé, et tout le bassin hydrologique a été submergé. À présent, ce qui était une grande étendue de forêt tropicale est devenu un grand bassin abritant 150 îles de jungle. Depuis le début du projet, les biologistes dénoncent le risque d'extinction des espèces indigènes, mais aujourd'hui, ils sont très alarmistes.

Découper une grande forêt tropicale en une quantité d'îlots séparés les uns des autres ne pouvait qu'avoir un effet négatif sur leur écologie. Restreindre l'habitat de mammifères implique une réduction de la disponibilité en nourriture, limite la diversité génétique et condamne donc bon nombre d'animaux. Dans une nouvelle étude, dont les résultats sont commentés dans la revue Science, une équipe rapporte que les petits mammifères endémiques pourraient bien disparaître beaucoup plus vite qu'on le pensait.

Le point A désigne le barrage Rajjaprabha, en Thaïlande, construit en 1987. L'étendue d'eau en amont est le grand réservoir créé depuis la mise en place du barrage.

Le point A désigne le barrage Rajjaprabha, en Thaïlande, construit en 1987. L'étendue d'eau en amont est le grand réservoir créé depuis la mise en place du barrage. © Google Maps

Un individu par île

L'étude se base sur deux décennies de données. Elle témoigne de la disparition presque complète de petits mammifères natifs de la forêt. Luke Gibson, le principal investigateur, qualifie même ces observations d'« Armageddon écologique ». Tout biologiste conservationniste impliqué se doutait bien du fléau que constituait la création du barrage pour l'écologie, mais aucun ne s'attendait à une disparition aussi rapide. Ils cherchaient dans cette étude à évaluer combien de temps il restait aux écologistes pour trouver des solutions de restauration, ou au moins de réduction de l'isolement entre ces écosystèmes.

Leurs résultats sont en effet franchement alarmants. Après 25 ans, il ne reste qu'une poignée de petits mammifères. En moyenne, il ne resterait plus qu'un individu par île. Autant dire que les populations sont effectivement en danger. La rapidité de disparition s'explique par deux facteurs dominants : l'isolement des populations a sérieusement menacé le renouvellement des individus, et le rat des champs malaisien a envahi l'espace.

Les milieux perturbés investis par le rat des champs

En quelques années, ce rat s'est tellement multiplié sur ces îles de forêt que presque tous les mammifères indigènes ont fui. En général, cet envahisseur s'installe dans les terres agricoles, mais plusieurs études ont déjà montré qu'il s'installait aisément dans les forêts perturbées. La faune indigène, fragmentée, est plus fragile. Et ne peut faire face à une invasion de prédateurs.

Le cas de la fragmentation de l'environnement forestier du bassin de la rivière Khlong Saeng n'est qu'un exemple d'isolement de l'habitat parmi d'autres. Presque toutes les forêts tropicales sont peu à peu morcelées. En Amazonie, l'agriculture gagne de plus en plus de terrain, malgré les interdictions. Or, la seule façon de conserver la biodiversité d'une niche aussi luxuriante est de conserver de grands habitats.

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