Avec ses 8.500 km2, le lac Titicaca, chevauchant la frontière entre le Pérou et la Bolivie, est l'un des plus grands d'Amérique du Sud. Situé en pleine montagne, à plus de 3.600 m d'altitude, il est peuplé depuis les Incas. Aujourd'hui, plusieurs millions de personnes vivent sur son bassin versant et les eaux qui s'y déversent sont loin d'être toutes traitées. © Viault, GNU Free Documention License

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Dans le lac Titicaca, 10.000 grenouilles sont mortes : la pollution en cause ? (MAJ)

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Dans le lac Titicaca, au Pérou, 10.000 grenouilles géantes sont mortes, mais de quoi ? Mystère... D'après les habitants, des milliers de ces batraciens gisent sur les berges de cet immense lac d'altitude. Les premières observations officielles confirment l'évènement. Quelle en est la cause ? Une pollution, sans doute. L'état de ce lac inquiète en effet depuis longtemps.

Qui a tué les grenouilles du lac Titicaca ? L'alerte a été donnée par une association de protection de la rivière Coata, qui se jette dans ce grand lac de la cordillère des Andes, perché à 3.600 m d'altitude. D'après l'AFP, une centaine de cadavres ont été amenés sur une place de Puno, une ville située près de l'embouchure de cette rivière, qui irrigue de nombreuses terres agricoles. « J'ai été obligée d'apporter les grenouilles mortes parce que les autorités ne se rendent pas compte. Elles n'ont pas idée de l'ampleur de la pollution. La situation est désespérante », a témoigné, selon l'AFP, Maruja Inquilla Sucasaca, membre de cette association.

Une enquête a été diligentée par le Serfor (Servicio Nacional Forestal y de Fauna Silvestre). Sur 200 m de berges de la rivière Coata, les observateurs ont dénombré 500 spécimens morts de Telmatobius spp., donc des grenouilles du genre Telmatobius, sans précision sur les espèces concernées. La plus emblématique est T. culeus, la grenouille géante du lac Titicaca, endémique. Le communiqué du Serfor conclut que, sur la base des témoignages, quelque dix mille grenouilles ont dû succomber très récemment sur les 50 derniers kilomètres de la rivière.

Pour le moment, les causes de cette hécatombe sont inconnues. Mais les observateurs de la Serfor notent, à l'embouchure de la rivière, « des résidus solides et des boues ». La pollution semble mise en cause. Ce ne serait pas une surprise. La population humaine a considérablement augmenté autour du lac Titicaca, qui reçoit depuis des décennies des déchets en tout genre. En 2007, nous faisions écho de cette situation. « Nous avons besoin au plus vite d'une usine de traitement des eaux usées », conclut Maruja Inquilla Sucasaca.

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Article initial de Jean Etienne paru le 16/07/2007 à 17:56

Berceau légendaire des Fils du Soleil, dont serait issu le premier des Incas, le lac Titicaca, la plus grande étendue d'eau navigable du monde, se meurt. Alors qu'on l'imagine généralement à l'abri de toute pollution, serti dans un écrin naturel d'exception, ses berges sont aujourd'hui encombrées de détritus en tous genres, et les dégâts sont considérables.

Situé dans les Andes, à plus de 3.600 m au-dessus du niveau de la mer, le lac Titicaca s'étend sur environ 4.700 km2 au Pérou et 3.800 km2 en Bolivie, pour une longueur de 204 kilomètres, avec une profondeur pouvant atteindre 284 mètres. Il abrite 41 îles, dont certaines sont habitées ou exploitées, et est alimenté par plus de 25 rivières.

Et c'est là que se situe le nœud du problème, car certaines d'entre elles alimentent aussi de grandes villes, et accessoirement... récoltent leurs déchets au gré de leur courant, qu'elles déversent évidemment dans le lac.

Ainsi à Cohana, un village situé 80 km de La Paz, où vivaient quelque 2.000 habitants répartis en 16 communautés, la moitié seulement d'entre elles sont restées en place en tentant de survivre. Les autres sont parties à pied, afin d'émigrer en Argentine ou vers d'autres terres plus accueillantes. Car à cet endroit aboutissent les rivières Katari, Seco, Seque, Pallina et Jalaqueri, qui apportent régulièrement leur chargement de détritus.

Au mois de juin 2006, une commission d'experts constituée à l'initiative du Ministère de la Santé bolivien y a détecté la présence potentielle d'éléments pathogènes, tels que bactéries, virus et autres parasites, concluant qu'il s'agissait là de la partie la plus polluée du lac Titicaca. Elle n'est pas la seule, et Rosendo Mendoza, la maire de Cohana, se souvient avoir vu passer nombre de ces commissions, certaines régionales, d'autres nationales. Elles ont apporté de nombreuses conclusions. Et aucune solution...

La dégradation biologique du lac est telle que les bancs de poissons qui hantaient habituellement les berges parsemées de roseaux ont disparu. Les eaux de la lagune, autrefois potables, ne le sont plus et il a été nécessaire de creuser des puits. Les vaches, qui paissent sur les îles du lac et dont le lait est utilisé pour fabriquer un fromage localement très apprécié, sont atteintes de la douve du foie, un ver parasite très pathogène. Elles n'en meurent pas, mais perdent leurs poils et diminuent leur rendement en lait, donc en revenus.

Actuellement, aucune solution, aucun plan n'existe pour améliorer la situation. Y aura-t-il quelqu'un pour sauver le lac Titicaca ?

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