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Journée mondiale de l'eau : le témoignage des « voyageurs de l'eau »

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Pendant deux ans, ils ont voyagé là où l'eau manque, en Amérique du sud, en Afrique et en Asie. Lionel Goujon et Gwenael Prié témoignent aujourd'hui dans un livre (Les voyageurs de l'eau) et racontent leur expérience à Futura-Sciences.

Les voyageurs de l'eau : le livre qui montre les réalités de la gestion de cette ressource de plus en plus précieuse.

Lionel Goujon et Gwenael Prié sont ingénieurs télécom. Mais si l'on parle d'eux aujourd'hui, c'est parce que ces deux jeunes gens se sont intéressés... à l'eau. Entre 2006 et 2008, c'est autour du monde qu'ils sont partis étudier ce problème devenant chaque jour plus difficile. Leur voyage les a conduits en Amérique du sud, en Afrique et en Asie. Les deux hommes avaient bien préparé leurs rencontres, celles de gestionnaires de l'eau, d'ingénieurs et de scientifiques mais aussi d'ONG, d'entreprises et de particuliers.

Tout au long de leur voyage, d'autres rencontres s'y sont ajoutées, comme les derniers faiseurs de pluie du Malawi. « Nous voulions voir, de nos yeux, sur le terrain », expliquent-ils en cœur aujourd'hui. L'idée était de voir mais aussi, ensuite, de raconter et de faire comprendre. « Nous pensions que notre culture scientifique qui n'a rien à voir avec la gestion de l'eau nous mettait en bonne position pour comprendre les problèmes avec un œil neuf et pour les raconter simplement, d'une manière qui soit à la portée de tous, raconte Gwenael Prié. Pour s'informer, le public peut être un peu perdu entre le discours des experts, difficile d'accès, et les expressions fracassantes parfois relayées par les médias qui s'emparent de temps à autre du sujet. »

Il en résulte un livre, Les voyageurs de l'eau (éditions Dunod, soutenu par l'Agence française de développement et préfacé par Nicolas Hulot), richement illustré car les deux globe-trotters sont aussi de bons photographes, et qui raconte en 50 étapes comment s'organise la gestion de l'eau là où les conditions sont souvent difficiles.
Les étapes de leur aventure peuvent aussi être consultées sur leur blog, tenu pendant tout le voyage.

A l'occasion de la Journée mondiale de l'eau, leur expérience de terrain sera précieuse pour comprendre les enjeux de la protection de la ressource en eau potable à l'échelle de la planète.

Cette fillette d’Afrique du Sud profite d’un robinet installé dans sa communauté. Auparavant, les habitants devaient aller chercher l’eau plusieurs fois par jour dans une rivière polluée. © Lionel Goujon et Gwenael Prié

« L'eau doit être considérée comme une ressource rare »

FS : Quels problèmes vous semblent-ils les plus inquiétants ?

Gwenael Prié : On peut mettre en avant l'énorme croissance des besoins en eau à l'échelle de la planète. Elle vient d'abord de l'augmentation de la population - nous serons neuf milliards en 2050 - mais aussi des évolutions de nos habitudes de vie comme l'augmentation de la consommation de viande. En un siècle, la consommation d'eau a été multipliée par environ six alors que la population ne faisait « que » quadrupler.

Lionel Goujon : Ce que l'on observe partout, c'est la difficile cohabitation de la défense de l'environnement et la recherche du développement économique. On le voit dans le domaine agricole, avec l'assèchement des zones humides par exemple, et dans les efforts pour canaliser les cours d'eau afin de le rendre navigables.

Chai Lo, co-fondateur de l’ONG 1001 Fontaines, devant le « placard de filtration d’eau » qu’il installe dans des villages de l’ouest du Cambodge. © Lionel Goujon et Gwenael Prié

FS : Lors de ce grand voyage, avez-vous repéré des solutions qui donnent de meilleurs résultats que d'autres ?
Gwenael Prié :
Nous avons découvert beaucoup de projets qui fonctionnent bien. On pourrait citer celui de l'association 1001 Fontaines, au Cambodge. L'idée consiste à fournir à des villages isolés les moyens de purifier eux-mêmes leur eau, à l'aide d'un système à ultraviolets, peu coûteux et peu encombrant. Les installations se multiplient. Des petites entreprises se créent autour de cette activité.

Lionel Goujon : On pourrait aussi citer la collecte d'eau de pluie en Inde. Mais en fait, ce que nous avons observé, c'est qu'en matière de gestion de l'eau, le pragmatisme doit être de rigueur. Si l'on part du principe que « ce qui a marché ici doit marcher ailleurs », on se plante. Il faut tenir compte de la réalité locale.

Le marécage de la Cienaga Grande, sur la côte caraïbe de la Colombie, souffre des digues et des routes construites par l’homme. Au cours de la seconde partie du XXe siècle, la moitié de sa forêt de mangrove a disparu. © Lionel Goujon et Gwenael Prié

FS : La gestion de l'eau vous semble-t-elle en évolution ?
Lionel Goujon :
Je dirais que l'on tend à passer d'une politique de l'offre à une politique de la demande. Pendant longtemps, la recherche était celle de l'offre maximale. C'est le cas aux Etats-Unis et aussi en Chine où l'on met en place de gigantesques canaux pour que l'eau du sud alimente le nord du pays et, notamment Pékin. Mais cette façon conduit à des excès. Produire toujours plus d'eau, c'est immanquablement pousser la consommation d'eau...

C'est la politique de la demande qui se développe aujourd'hui, avec ce que l'on appelle la gestion intégrée, qui est apparue dans les années 1990. L'idée est d'organiser la gestion de l'eau à l'échelle d'un bassin versant (en France cette gestion est entre les mains des six agences de l'eau) et de tenir compte de l'offre (les cours d'eau) et de la demande des différents consommateurs : population, agriculture, entreprises, secteur de l'énergie, sans oublier les milieux naturels !

Gwenael Prié : Ce n'est pas toujours facile. En Colombie par exemple, nous avons vu l'exemple d'une rivière de 80 kilomètres dont trois entités différentes se partagent la responsabilité, ce qui ne rend pas le fonctionnement très efficace. La gestion intégrée est une chose dont on parle beaucoup mais qui n'est pas si facilement appliquée...

FS : Quels vous semblent être les grands enjeux aujourd'hui ?

Lionel Goujon : L'un d'eux est la protection de la ressource. L'eau doit être considérée comme une ressource rare. Il faut s'attacher à ne pas la gaspiller : par exemple, dans la ville de Phnom Penh, un gros effort a été réalisé pour réduire les pertes du réseau d'eau. Il faut aussi mieux protéger la qualité, car la pollution réduit la ressource en eau potable. L'urbanisation que l'on observe dans les pays en développement conduit à des quantités importantes d'eaux usées dont l'assainissement est souvent déficient.

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