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Les grands herbivores menacés de disparition

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Une étude veut alerter sur les menaces d'extinction qui pèsent sur les plus grands mammifères herbivores notamment les gorilles, éléphants, girafes, hippopotames ou rhinocéros. Les populations sont aujourd'hui très réduites alors qu'elles jouent un rôle important dans leurs écosystèmes respectifs.

Portrait de grands herbivores en danger, de haut en bas et de gauche à droite : le tapir du Brésil (Tapirus terrestris), le nyala des montagnes (Tragelaphus buxtoni), le bison européen (Bison bonasus), le gorille de l'est (Gorilla beringei), le zèbre des montagnes (Equus zebra). © Dans l'ordre : T. Newsome, H. Hrabar, G. Kerley, P. Stoel, H. Hrabar

Une équipe internationale de scientifiques s'est attelée à un bilan sur l'état des populations de grands herbivores et sur les menaces d'origine humaine pesant sur elles. Leur travail est publié dans une nouvelle revue, Science advances, créée par l'Association américaine pour l'avancement des sciences, ou AAAS (American Association for the Advancement of Science, fondée en 1848) et dont les articles sont librement accessibles.

Ces seize biologistes, d'Afrique du Sud, d'Australie, des États-Unis et du Royaume-Uni se sont intéressés à 74 espèces de plus de 100 kg, représentant 11 familles (éléphants, rhinocéros, hippopotames, girafes, bovidés, camélidés, tapirs, équidés, cervidés, suidés et hominidés). Selon l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), 44 de ces espèces, soit 60 %, sont classées en danger d’extinction, dont 12 en danger critique ou déjà éteintes. Les régions les plus concernées sont l'Afrique et l'Asie du Sud-Est.

Selon les auteurs, les principales menaces sont, dans l'ordre décroissant :

  • la chasse à but alimentaire ;
  • la compétition des pâturages avec le bétail ;
  • la perte de territoires ;
  • la chasse aux trophées (défense d'éléphants ou cornes de rhinocéros notamment).

L'étude a pu estimer la réduction des territoires de 24 des 74 espèces. Conclusion : celles-ci ne disposent aujourd'hui que de 19 % des surfaces qu'elles arpentaient initialement.

Les grands herbivores jouent un rôle important au sein de leurs écosystèmes. Les éléphants (A) limitent la croissance des arbres favorisant une végétation d'arbustes, ce qui facilite la vie des grands prédateurs (Large predators, en anglais sur le schéma) et des herbivores comme les impalas. Les lézards (Lizard) trouvent des abris dans les arbres abîmés par les éléphants, qui, de plus, dispersent les graines (Seed dispersal). Les hippopotames (B) créent des chenaux dans les marais (Wetlands & stream channel) et entretiennent un sol où poussent de nombreuses plantes qui plaisent aux antilopes kob. Ils font également bon ménage avec des oiseaux. Les rhinocéros blancs (C), en broutant, maintiennent un sol d'herbes rases (Short grass), convenant à des herbivores plus petits (Mesoherbivores) et réduisant l'impact des grands incendies (Fire). © William J. Ripple et al., Science Advances

Les grands herbivores très influents dans leurs milieux

L'équipe s'est aussi attachée à déterminer les conséquences de la disparition possible de ces espèces, ce qui revient à étudier leurs interactions avec le reste de l'écosystème. De façon directe ou indirecte, ces herbivores modifient leur environnement au sein d'équilibres complexes qui conduisent par exemple à ce que la présence d'éléphants bénéficie aux lions, aux lézards et aux rhinocéros noirs ou encore à ce que l'antilope kob doive beaucoup à l'hippopotame.

D'une façon générale, les grands herbivores modifient profondément le couvert végétal, limitant la croissance des arbres, favorisant la biodiversité de la végétation, redistribuant la matière organique par leurs excréments et maintenant des milieux relativement ouverts, ce qui a aussi un effet sur les conséquences des incendies de forêts. Ils sont aussi de bons alliés de nombreuses plantes pour la dispersion de leurs graines et constituent eux-mêmes des proies pour de grands prédateurs.

Parmi eux, d'ailleurs, figurent des Hommes. Concernant leur apport en viande, un milliard de personnes dépendent en effet d'animaux sauvages, selon les auteurs qui ajoutent que 80 % de cette ressource disparaîtra dans les 50 ans à venir. Des mesures devraient être prises, détaillent-ils dans un plaidoyer alignant des pistes de réflexion, comme réduire le nombre de naissances dans les régions surpeuplées, réduire la consommation de viande d'animaux sauvages, empêcher le braconnage, mieux protéger les zones naturelles avec des politiques impliquant les peuples et mieux lutter contre le changement climatique.

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