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Des fermes verticales pour mettre les champs dans la ville

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Pour nourrir les citadins, installons les fermes en ville. Pour qu'elles occupent moins de place, construisons-les à la verticale ! Les techniques de culture hors-sol sont au point et ces exploitations futuristes pourraient même recycler les déchets. L'idée est dans l'air depuis une décennie mais tarde à se concrétiser...

Une des études emblématiques de l'architecte australien Oliver Foster, qui intègre de multiples cultures et même des unités aquacoles. La production fournirait des boutiques d'alimentation et des restaurants tandis que l'installation recyclerait les déchets. © Oliver Foster

En décembre 2010, Dickson Despommier, microbiologiste et spécialiste des sciences environnementales à l'université de Columbia (New York), a fait sensation avec un livre intitulé : Fermes verticales : nourrir le monde au XXIe siècle. L'idée n'était pas nouvelle (l'auteur la développait lui-même depuis plus de 10 ans) mais elle devenait ainsi théorisée, médiatisée et placée dans le cadre d'une prospective à long terme. Devant l'urbanisation grandissante - désormais plus de la moitié de l'humanité vit en ville -, il serait plus intelligent de produire un maximum de denrées alimentaires au plus près des cités, voire à l'intérieur. Par ailleurs, les techniques permettent aujourd'hui un haut degré d'automatisation et la maîtrise de l'agriculture hors-sol (ou hydroponique).

On amènerait ainsi la production agricole là où vivent les humains, ce qui réduirait considérablement l'énergie dépensée dans les transports. Les promoteurs de cette idée avancent également la réduction des surfaces agricoles, ou du moins une augmentation moins rapide, qu'induirait la multiplication des fermes citadines, diminuant d'autant les déforestations. Ils promettent que l'on évitera les pesticides et, enfin, que le recyclage des déchets organiques pourrait être en partie assuré par ces exploitations agricoles.

La ferme pyramidale, imaginée par Eric Ellingsen et Dickson Despommier. Selon ses concepteurs, ces productions au cœur des villes seront un jour indispensables pour nourrir tous les habitants de la planète. © Eric Ellingsen et Dickson Despommier

Une frontière moins nette entre villes et campagnes

Le principe s'inscrit dans celui de l'agriculture urbaine et, plus généralement, dans une remise en cause d'une ancestrale opposition entre villes et campagnes. On pourrait dire que ce mouvement a déjà commencé. Avec l'extension des cités et l'interconnexion générale des territoires, la distinction entre milieu urbain et milieu campagnard devient plus floue.

Il semblerait que l'agriculture s'immisce peu à peu dans les villes. Après les jardins potagers, on voit apparaître des cultures sur les toits, à New York ou à Hong Kong par exemple. Et, en France notamment, il est très à la mode d'installer des ruches en pleine ville, d'autant que l'absence de pesticides alentour et la présence de fleurs assez variées, conduisent à des productions généreuses.

Amener la campagne à la ville est une idée ancienne, comme en témoignent les jardins suspendus de Babylone – peut-être – érigés six siècles avant notre ère, par le roi Nabuchodonosor II (ici sur une gravure autrefois attribuée au Hollandais Martin Heemskerck, XVIe siècle). © Domaine public

Ferme verticale : des projets toujours en devenir

En somme, la ferme verticale serait l'aboutissement ultime de ce mouvement vers la ville. Parvenue dans la cité, la ferme se construit en hauteur pour réduire l'emprise au sol et la culture se fait hydroponique. Pour l'élevage, c'est un peu plus compliqué mais celui de poissons, de crustacés ou de mollusques est envisageable. Plusieurs architectes ont présenté des projets, que l'on peut admirer sur le site de Dickson Despommier (The vertical Farm). On y voit des tours de plusieurs dizaines d'étages, largement éclairées par des façades vitrées ou des puits de lumière intérieurs, portant différentes cultures hors-sol, avec des systèmes de recyclage d'eau, en général en sous-sol et des productions d'énergie locales, par des cellules solaires ou des éoliennes.

Pour l'instant, aucune ferme authentiquement verticale n'a été érigée. Mais à Chicago, la ferme The Plant, dirigée par John Edel, est censée ouvrir l'an prochain. Elle prévoit, outre la production de légumes, l'élevage de tilapias, des poissons d'eau douce assez dociles en captivité et faciles à nourrir (et dont la chair a un goût peu prononcé, sans intérêt dirait un gastronome).

Ces unités de production ne ressemblent plus du tout à des fermes mais à des usines et c'est bien un changement culturel qui est porté par ces projets, où les paysans seraient remplacés par des ouvriers. Les fermes familiales appartiendraient donc au passé. La réalité est peut-être moins simple, d'autant qu'ils sont encore 50 millions dans le monde et que, pour de nombreux spécialistes, l'agriculture pourra alimenter l'humanité dans les décennies à venir...

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