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La disparition des grands prédateurs mène aux catastrophes...

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Quand on retire le superprédateur, c'est tout l'écosystème qui est perturbé. Selon une étude récente, ces perturbations peuvent avoir des conséquences bien plus larges que ce qu'on imaginait. Ou quand l'Homme est l'arroseur arrosé...

Le retrait des superprédateurs des chaînes alimentaires a des conséquences catastrophiques sur l'ensemble de l'écosystème, voire plus loin. Ici un buffle d'Afrique, Syncerus caffer. © Bruno Scala/Futura-Sciences, droits réservés

Nul ne peut le contester, les êtres humains ont un impact négatif sur la biodiversité. D'ailleurs, les chiffres montrent que nous sommes en train de vivre la sixième extinction. La cinquième était l'extinction du Crétacé-Tertiaire qui a touché de nombreuses espèces dont les dinosaures.

Cette sixième extinction se distingue des cinq premières par deux aspects : d'abord elle est la conséquence des agissements d'une seule espèce, à savoir Homo sapiens. Ensuite, elle touche en grande partie les derniers maillons des chaînes alimentaires, à savoir les superprédateurs, espèces qu'aucune autre ne mange (à part l'Homme). Ils sont chassés, leurs habitats sont fragmentés ou réduits par les constructions humaines, le réchauffement climatique, leur atmosphère est polluée, etc.

Des chaînes alimentaires perturbées

Un réseau trophique est l'organisation suivant laquelle l'énergie est transférée d'un organisme à l'autre au sein d'un écosystème. En bref, qui mange qui et qui est mangé par qui. Ces réseaux sont souvent complexes et généralement stables sur le long terme. Ce sont ces réseaux qui régissent la taille des populations au sein des écosystèmes.

Tout retrait d'un maillon de ces chaînes provoque une réorganisation qui doit mener à un nouvel équilibre. Quand c'est le dernier maillon de la chaîne qui est retiré - le prédateur le plus important, donc - c'est un de ceux placés en dessous qui se trouve alors dernier maillon, au sommet de la chaîne alimentaire. On parle alors de rétrogradation trophique.

C'est à ce jeu des chaises musicales qu'une équipe composée de vingt-quatre scientifiques s'est intéressée : quel est l'impact de la disparition - due en général à l'activité humaine - des derniers maillons sur l'ensemble d'un écosystème, voire, et surtout, au-delà ?

Impact de grands herbivores, comme le buffle ou le gnou, sur le couvert végétal des plaines de l'Afrique de l'Est. © Estes et al., 2011

Des exemples en pagaille

Parce qu'il ne s'agit pas là uniquement d'impact écologique ou biologique. Les conséquences dont parlent les scientifiques, emmenés pas James Estes de l'université de Santa Cruz, sont sanitaires, économiques, matérielles... Peut-être de quoi sensibiliser plus sérieusement l'espèce humaine, à l'origine de ces catastrophes.

Prenons un des exemples rapportés par l'étude, celui d'une chaîne alimentaire de l'Afrique sub-saharienne. Au sein de cet écosystème, la diminution du nombre de grands prédateurs, comme le léopard ou le lion, a entraîné une cascade d'événements : les babouins olive, exposés à une prédation amoindrie, se sont multipliés. Leurs exigences en espace et en nourriture ont augmenté et ils se sont ainsi rapprochés des habitations humaines. Les parasites intestinaux des babouins, dont la population a augmenté en même temps que celle des babouins, ont finalement été transmis aux humains. Voici l'exemple de la modification d'une chaîne alimentaire ayant des conséquences sanitaires pour l'Homme.

Autre exemple : en Afrique de l'Est, l'introduction de la peste bovine a provoqué le déclin des populations des grands herbivores tels que le gnou ou encore le buffle. Cause immédiate : augmentation du couvert végétal (voir l'illustration ci-dessus), ce qui provoque une augmentation de l'ampleur des incendies dans les plaines. Incendies qui provoquent d'importants dégâts matériels et ont un lourd impact économique (voir ci-dessous).

Exemple d'effets en cascade provoqués par la disparition d'un superprédateur. Ici la peste bovine provoque une diminution des populations de buffle et donc une augmentation du couvert végétal, ce qui accentue les incendies. © Estes et al., 2011

La publication sortie dans Sciencepasse en revue plusieurs études, prouvant que la disparition des grands prédateurs est à l'origine de nombreux autres événements catastrophiques : modification de la composition chimique des sols, altération de la capacité de séquestration de carbone par les océans, la recrudescence d'espèces invasives, etc.

Ces études mènent toutes à la même conclusion : le bouleversement des réseaux trophiques via la manipulation volontaire ou involontaire, directe ou indirecte, des écosystèmes est à l'origine d'événements dramatiques. Non seulement pour ces écosystèmes, mais également pour l'espèce humaine. Et c'est là le point fort de cette étude : placer l'espèce humaine face à ses responsabilités en lui montrant qu'elle se met, toute seule, en danger, et ce à relativement court terme.

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