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Caraïbe : inventaire au coeur d'un des points chauds de la biodiversité

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Un inventaire des nématodes parasites des plantes dans les départements français d'Amérique (Guadeloupe, Martinique et Guyane) vient d'être établi par une équipe de l'IRD. Sur les 171 espèces répertoriées, réparties en 42 genres, 18 nouvelles espèces ont été décrites. Cet inventaire permet de progresser considérablement dans la connaissance des microorganismes de la Caraïbe, un des 25 points chauds de la biodiversité mondiale.

Dégats de Radopholus similis : chute de plants infectés après un coup de vent, commune d'Ajoupa Bouillon, Martinique. © IRD - Patrick Quenehervé

De nombreuses applications peuvent découler de ces travaux : par exemple, affiner les dispositions réglementaires à mettre en place pour limiter la dissémination des espèces parasites. En effet, la multiplication des échanges touristiques et commerciaux, inter-îles et intercontinentaux, est un des facteurs d'introduction ou d'exportation de produits végétaux susceptibles de contenir des nématodes. Cette dissémination peut avoir des conséquences dramatiques sur les cultures dans des pays où l'économie agricole est le plus souvent fragile. Mieux connaître les nématodes phytoparasites conduit à mieux appréhender les risques liés à leur introduction ou leur dissémination afin de s'en prémunir en mettant en place des méthodes de luttes ciblées.

Les nématodes parasites des plantes sont de petits vers ronds de 0,5 mm de longueur en moyenne. Ce sont des microorganismes, le plus souvent invisibles, qui évoluent dans le sol et les racines. Ils provoquent chez les plantes cultivées des maladies de dépérissement accompagnées de différents symptômes : nanisme, retard végétatif, diminution de rendement, voire mortalité des plantes. Les nématodes entraînent donc des dégâts considérables aux cultures, notamment en zone tropicale, et, indirectement, des nuisances sur l'environnement et la santé humaine du fait des méthodes de luttes employées, notamment l'application de produits phytosanitaires hautement toxiques.

La Convention Internationale pour la Protection des Végétaux requiert des gouvernements contractants l'existence d'Organisations Nationales de Protection des Végétaux capables d'établir des certificats phytosanitaires conformes aux normes de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, quant à l'exportation des plantes et de certains produits d'origine végétale. Ces structures ont donc besoin de bases de données les renseignant sur la présence effective d'espèces parasites, afin de mettre en place des politiques de luttes efficaces.

Radopholus similis, nématode parasite du bananier, photo prise au microscope optique, grossissement x100. © IRD - Patrick Quenehervé

Ce contexte renforce la portée de la publication de la liste de nématodes phytoparasites identifiés dans les départements français d'Amérique, (Martinique, Guadeloupe et Guyane), établie par l'équipe de Patrick Quénéhervé, du laboratoire de nématologie tropicale de l'IRD, basée au Pôle de Recherche Agroenvironnementale de la Martinique, en collaboration avec une équipe de systématiciens d'Afrique du Sud.

Cette classification comporte 171 espèces répertoriées, dont 18 nouvelles, réparties en 42 genres. Certaines de ces espèces se retrouvent dans les annexes de l'Arrêté Français établissant la liste des organismes nuisibles aux végétaux et soumis à des mesures de luttes obligatoires.

Cet inventaire permet de mettre en avant les principaux risques liés aux nématodes : l'introduction d'espèces envahissantes ou déjà présentes et la dissémination d'espèces dites émergentes. En effet, malgré les contrôles et l'existence de certificats phytosanitaires, le transport de produits végétaux ou de substrats de culture occasionne des possibilités d'introduction accidentelles ou délibérées.

Dans une plantation de banane, examen d'une fleur de bananier. Recherche de solution alternative aux traitements chimiques contre les nématodes phytoparasites afin de contribuer à la mise en place de systèmes de culture durable. Activité de laboratoire au sein du Pôle de Recherche Agronomique de la Martinique (PRAM). © IRD - Marie-Noëlle Favier

Les conséquences peuvent être dramatiques. Introduite dans toutes les régions de culture du bananier dès le début du XVe siècle, l'espèce envahissante Radopholus similis, originaire d'Asie du sud-est, a provoqué de gros dégâts agricoles mais surtout, est responsable d'une utilisation massive et chronique de produits phytosanitaires à l'échelon mondial. Un autre exemple est fourni avec l'introduction aux Antilles de Scutellonema bradys (nématode originaire d'Afrique) qui limite le développement de la culture de l'igname, certaines variétés ayant disparu de ce fait.

L'introduction de "races physiologiques", morphologiquement et génétiquement indiscernables des espèces de nématodes déjà présentes, pose la question du risque d'augmentation du réservoir génétique de ces populations. En effet, elles présentent des capacités parasitaires différentes comme la gamme d'hôtes, l'agressivité ou la virulence vis-à-vis d'un gène de résistance. Si la souche de Radopholus similis (race citrophilus) diffusait en dehors de sa répartition actuelle, se limitant à la Floride aux Etats-Unis, les conséquences seraient désastreuses pour la filière d'arboriculture fruitière mondiale. En Guadeloupe et à la Martinique, le nématode à gallesMeloidogyne mayaguensis, est systématiquement associé à un très grave dépérissement des goyaviers allant jusqu'à la mortalité des jeunes arbres de 5 à 7 ans après la plantation. Cette espèce émergente de nématodes est apparue suite au développement aux Antilles de la culture du goyavier et à la faveur de l'introduction de nouveaux types plus productifs mais plus sensibles. Cette espèce, pour le moment limitée aux zones tropicales, a des capacités parasitaires importantes et présente désormais une menace quant à son éventuelle introduction et acclimatation en Europe.

La publication d'une liste de nématodes phytoparasites est utile dans un contexte beaucoup plus large que la simple enquête faunistique comme l'écologie, la protection des plantes, le suivi des espèces envahissantes ou encore les incidences sur la santé humaine et animale. La multiplication des échanges internationaux nécessite une meilleure connaissance des risques phytosanitaires encourus lors de l'introduction ou de l'exportation de produits végétaux. La connaissance des espèces permet d'aider à assurer une surveillance biologique efficace des territoires afin d'éviter l'introduction de nouveaux parasites et leur dispersion, d'aider les producteurs à mener une lutte préventive raisonnée et efficace, d'établir des dispositions réglementaires et de garantir aux pays importateurs de végétaux des produits répondant aux normes.

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