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2100 : pénurie d'eau douce probable pour 10 % de la population ?

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Le nombre de régions en pénurie d'eau augmente, la croissance démographique étant le facteur dominant dans la raréfaction de l'eau. Toutefois, d'après une grande étude internationale, les changements dans le cycle hydrologique, associés au réchauffement climatique, menaceraient 40 % de Terriens de plus que l'estimation actuelle, obtenue en ne considérant que l'augmentation de la population.

L'Afrique subsaharienne est la région du monde qui connaît le plus grand déficit en eau. Cependant, l'Asie du Sud est une région à surveiller, en raison de son utilisation d'eau intense dans l'agriculture. © Pik-Postdam

L'or bleu : certains refusent d'adopter cette expression pour qualifier le problème actuel de l'eau douce. Les ressources ne manquent pas, l'eau n'est pas une denrée si rare, elle souffre surtout d'une mauvaise gestion des ressources. En effet, dans certains pays, l'Homme s'est installé malgré les maigres ressources. C'est notamment le cas au Moyen-Orient ou en Californie. Dans d'autres régions très peu peuplées, l'eau douce abonde. Aujourd'hui, à l'échelle de la planète, 1,6 milliard d'Hommes vivent dans les pays en pénurie d'eau. La croissance démographique, et les besoins agricoles associés, sont vus comme les principaux facteurs de l'appauvrissement des ressources d'eau douce. Néanmoins, sans l'arrêt imminent des émissions de gaz à effet de serre, on pourrait compter 40 % de personnes en plus en pénurie d'eau d'ici la fin du siècle.

Si l'eau devait devenir une denrée rare à mesure que la demande augmente, une nouvelle étude menée par une grande équipe internationale rapporte que les changements dans les régimes de précipitation et d'évaporation, associés au changement climatique actuel, auront, dans les décennies à venir, un rôle essentiel dans la gestion des ressources d'eau. Si l'atmosphère se réchauffe en moyenne de plus de 2,7 °C par rapport à l'ère préindustrielle à l'horizon 2100, ce n'est plus 2 % mais bien quelque 10 % de la population mondiale qui habiteront dans des pays où la pénurie d'eau est absolue. En d'autres termes, l'Homme n'aura accès qu'à seulement en moyenne 500 m3 d'eau par an.

Près de 3.800 km3 d’eau douce sont consommés par an dans le monde. On estime que 70 % sont utilisés pour l’agriculture, l’élevage et l’irrigation massive étant les principaux responsables. Dans la plupart des pays en voie de développement, 90 % de l’eau douce sert à arroser les terres. © Stuck in Customs, Flickr, cc by nc sa 2.0

Le constat est alarmant, mais très hétérogène. Comme le changement climatique et la répartition des ressources en eau ne sont pas homogènes, nécessairement toutes les régions du monde ne répondront pas de la même façon à la modification du cycle hydrologique. Si l'on en croit l'étude, la Méditerranée, le Moyen-Orient, le sud des États-Unis et le sud de la Chine subiront très probablement une diminution prononcée de la disponibilité en eau. En revanche, dans le sud de l'Inde, dans la Chine occidentale et dans certaines parties de l'Afrique de l'Est, l'augmentation de l'humidité pourraient apporter plus d'eau qu'aujourd'hui. Le régime de mousson s'amplifierait, jusqu'à peut-être provoquer des événements de précipitations extrêmes.

Plus de pluie entraîne moins d'eau stockée dans les réservoirs

Pourtant les régions plus humides ne verront pas nécessairement leurs réserves d'eau douce souterraines augmenter. Un trop plein d'eau peut provoquer l'engorgement des sols, des inondations, l'arrêt ou le dysfonctionnement des infrastructures liées à l'eau. En somme, des précipitations trop extrêmes seront in fine néfastes pour la gestion des ressources. D'après l'étude, dont les résultats sont publiés dans les Pnas, la plus importante augmentation de la pénurie mondiale de l'eau pourrait se produire pour un réchauffement moyen de l'atmosphère compris entre deux et trois degrés. Inflation qui pourrait bien être rapidement atteinte s'il n'y a pas d'intervention contre les émissions abusives des gaz à effet de serre.

Ces résultats sont les premiers issus du projet d'intercomparaison des modèles d'impacts (Isi-Mip). Comme le projet CMIP pour la comparaison des modèles climatiques, Isi-Mip évalue les simulations des 11 modèles hydrologiques globaux, forcés par cinq modèles climatiques différents. L'équipe, menée par le climatologue Jacob Schewe, du Potsdam Institute for Climate Impact Research, analyse sur quoi ces modèles s'accordent ou s'affrontent. Certains modèles sont encore plus pessimistes, les résultats discutés ici sont une moyenne. Bien sûr, ce ne sont que les premiers résultats. Il faudra encore améliorer les modèles, en évaluant le plus précisément possible les nécessités futures en eau (agriculture, industrie, énergie...). Mais comparer de la sorte les différentes simulations de modèles permet d'identifier les points critiques : les zones les plus gravement en danger, les besoins grandissants...

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