C’est la toute dernière maison qui restait sur Holland Island (Maryland, États-Unis). Une île submergée par l’élévation du niveau de la mer et par l’affaissement de la surface des terres. La maison s’est finalement effondrée en 2010. © baldeaglebluff, Wikipedia, CC by-SA 2.0
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« Pour combattre le réchauffement climatique il faut s'attaquer à la source : la surexploitation de la planète », alertent des scientifiques

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Catastrophes climatiques, déforestation, émissions de gaz à effet de serre. Presque tous les signes vitaux de notre Planète sont dans le rouge, nous préviennent une fois de plus les chercheurs. Moins de deux ans après avoir déclaré l'urgence climatique, ils nous rappellent aussi comment il est possible de changer l'histoire, en luttant contre la cause profonde du changement climatique : la surexploitation de la Terre. Alors même que ce 29 juillet 2021, l'humanité aura déjà consommé la totalité des ressources que notre Planète peut générer en une année entière...

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[EN VIDÉO] Interview avec Jean Jouzel : Quelles seront les répercussions du réchauffement climatique sur notre société ?  Dans une interview, Jean Jouzel, célèbre paléoclimatologue, nous énonce les répercussions du réchauffement climatique sur nos modes de vie. 

« Le changement climatique est en cours. Il s'accélère même plus rapidement que prévu par nombre d'entre nous. » C'était la conclusion d'un rapport signé par plus de 11.000 scientifiques issus de 153 pays... en novembre 2019 (voir article plus bas). Et à en croire les vagues de chaleur ou encore les précipitations extrêmes qui se sont abattues sur notre Terre depuis quelques semaines, difficile de douter encore de la gravité de la situation.

Moins de deux ans après avoir déclaré l'urgence climatique, les chercheurs se sont une nouvelle fois penchés sur le cas de notre Planète. Examinant les signes vitaux qu'ils avaient déjà étudiés en 2019 et récoltant 3.000 signatures supplémentaires. Ils notent une augmentation des catastrophes liées au climat  : inondations dévastatrices, pics de chaleur, tempêtes extrêmes et feux de forêt sans précédent. 2020 a aussi été la deuxième année la plus chaude depuis le début des relevés. Alors que les cinq années les plus chaudes ont été enregistrées depuis 2015. Et trois gaz à effet de serre -- le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4) et le protoxyde d'azote (N2O) -- ont atteint des concentrations records en 2020 et en 2021.

Dans le même temps, le cheptel de ruminants est aujourd'hui fort de plus de 4 milliards de têtes. Pour une masse totale supérieure à celle de tous les humains et de tous les animaux sauvages ! Au Brésil, la forêt amazonienne a perdu 1,11 million d'hectares en 2020. Un record sur les 12 dernières années. L'acidification des océans frôle elle aussi un niveau record, menaçant notamment les récifs coralliens.

La pandémie de Covid-19 a bien fait diminuer l'utilisation de combustibles fossiles dans le monde, mais selon les chercheurs, l'une des leçons majeures que nous avons à en retirer, c'est que même une diminution colossale des transports et de la consommation ne suffit pas.

Seulement deux bonnes nouvelles au tableau noir de la crise environnementale : les subventions accordées aux énergies fossiles et le désinvestissement dans les carburants fossiles ont atteint des records. De niveau bas pour les premières et de niveau haut pour le second.

Exemple très symbolique, celui de la fondation Nobel. Après s'être désengagée du secteur du charbon, elle vient d'annoncer avoir vendu ses participations liées au secteur du pétrole. L'équivalent d'environ 35 millions d'euros. Se rapprochant de sa volonté de récompenser des femmes et des hommes qui ont « apporté le plus grand bénéfice à l'humanité ».

Des solutions à la crise climatique

Voici pour le constat. Il est presque facile à faire, aujourd'hui. Ce qui semble plus compliqué, c'est de proposer des solutions. Et c'est justement à cette tâche ardue que les chercheurs se sont également attelés.

« Les politiques visant à atténuer le réchauffement climatique ne devraient pas être axées sur le soulagement des symptômes, mais sur la lutte contre la cause profonde : la surexploitation de la Terre, soulignent les chercheurs. La seule manière d'assurer la durabilité à long terme de la civilisation humaine et de donner aux générations futures, la possibilité de prospérer ».

La priorité absolue reste de mettre en place des politiques de « réductions immédiates et drastiques » de nos émissions de gaz à effet de serre. Car même si les États se sont engagés à « reconstruire en mieux » après la crise sanitaire, seulement 17 % des fonds alloués à la relance début mars 2021 allaient vers des « politiques vertes ».

Ce que les chercheurs proposent, c'est une approche en trois volets :

  • la mise en place d'un prix du carbone réellement dissuasif visant à induire une décarbonisation de l'industrie et de la consommation ;
  • l'élimination progressive, voire l'interdiction des combustibles fossiles ;
  • la mise en œuvre de réserves climatiques stratégiques pour sauvegarder et restaurer les puits de carbone naturels et la biodiversité.
Se concentrer sur la justice sociale et les besoins humains fondamentaux

« Toutes les actions climatiques devraient se concentrer sur la justice sociale en réduisant les inégalités et en donnant la priorité aux besoins humains fondamentaux, soulignent les chercheurs. Il est temps de nous unir et de faire preuve de coopération et d'équité pour faire face à l'urgence climatique ».

Pour en savoir plus

11.000 scientifiques déclarent l'urgence climatique

Un rapport signé par plus de 11.000 scientifiques issus d'un large éventail de disciplines résonne aujourd'hui comme un nouveau cri d'alarme. Selon ces experts, notre Terre fait aujourd'hui « face à une urgence climatique claire et non équivoque ». Ils proposent quelques pistes pour y faire face.

Article de Nathalie Mayer paru le 10/11/2019

Les scientifiques tirent une fois de plus la sonnette d’alarme. Des mesures doivent être prises d’urgence pour limiter le réchauffement climatique. Sans quoi l’humanité devra faire face à une « souffrance indescriptible ». © sergei_fish13, Adobe Stock

« 40 ans de négociations n'y ont rien fait. Nous avons continué à nous comporter comme si de rien n'était. » C'est le constat de William Ripple, chercheur à l'université de l’Oregon (États-Unis) et chef de file d'une coalition scientifique internationale qui lance aujourd'hui un cri d'alarme. « Le changement climatique est en cours. Il s'accélère même plus rapidement que prévu par de nombreux scientifiques », poursuit l'expert. Sans changements profonds et durables visant à limiter nos émissions de gaz à effet de serre« une souffrance humaine indescriptible » apparait inévitable.

C'est la conclusion d’un rapport rédigé par l'équipe de William Ripple et signé par plus de 11.000 scientifiques issus de 153 pays. Une façon pour eux de déclarer une véritable urgence climatique. Une situation face à laquelle ils refusent toutefois de nous laisser sans quelques pistes de solutions.

Ainsi les chercheurs pointent plusieurs grands domaines dans lesquels des mesures immédiates devraient être prises pour ralentir les effets du réchauffement de la planète. Et avant tout dans le secteur de l'énergie. Secteur dans lequel les scientifiques appellent bien sûr à un remplacement immédiat des combustibles fossiles par des ressources renouvelables. Pour y parvenir, ils suggèrent de supprimer les subventions aux entreprises fortement émettrices de CO2 et d'imposer des redevances sur le carbone suffisamment dissuasives. Ils recommandent aussi de protéger -- et le cas échéant de restaurer -- les écosystèmes susceptibles de stocker le CO2 atmosphérique. Comme les forêts, les prairies ou les mangroves.

« La température de surface mondiale et celle des océans, les conditions météorologiques extrêmes et leurs coûts, le niveau de la mer, l’acidité des océans et la superficie brûlée aux États-Unis sont en hausse », prévient William Ripple, chercheur à l’université de l’Oregon (États-Unis). « Globalement, la glace est en train de disparaître rapidement. Tous ces changements rapides soulignent le besoin urgent d’agir enfin. » © troutnut, Adobe Stock

Une urgence à limiter les émissions polluantes

Autre levier mis en avant, celui des polluants dits de courtes durées. Ainsi les chercheurs demandent une réduction rapide des émissions de méthane, de suie ou encore d'hydrofluorocarbones. Selon eux, cette mesure permettrait, à elle seule, de réduire de plus de 50 % la tendance au réchauffement à court terme. Les scientifiques encouragent notamment dans ce cadre à un changement d'habitudes alimentaires. Il faut bien sûr réussir à limiter le gaspillage alimentaire. Mais aussi manger plus de plantes et consommer moins de produits d'origine animale. Ceci réduirait considérablement les émissions de méthane et d'autres gaz à effet de serre et libérerait des terres agricoles pour la production de nourriture humaine plutôt que d'aliments pour le bétail.

Cela implique des changements majeurs.

Les scientifiques attirent enfin l'attention sur le problème de la surpopulation. Ils appellent à stabiliser une population qui aujourd'hui augmente de plus de 200.000 personnes par jour. « Atténuer et s'adapter au changement climatique tout en respectant la diversité humaine implique des transformations majeures dans les modes de fonctionnement et d'interaction de notre société mondiale avec les écosystèmes naturels », précisent-ils. « En tant qu'alliance scientifique, nous sommes prêts à aider les décideurs à opérer une transition juste vers un avenir durable et équitable. »


Inédit : 15.000 scientifiques lancent un cri d’alarme sur l’état de la planète

Dans un texte signé il y a 25 ans par 1.700 chercheurs, les auteurs exhortaient à réagir face à la destruction de l'environnement, craignant que « l'humanité ne pousse les écosystèmes au-delà de leurs capacités à entretenir le tissu de la vie ». Mais la situation s'est encore plus aggravée et devant l'ampleur du phénomène, plus de 15.000 scientifiques ont signé un cri d'alarme sans précédent. Si nous ne réagissons pas, nous allons droit dans le mur, expliquent-ils. Le temps presse.

Article de Xavier Demeersman paru le 14/11/2017

La Terre, la seule planète où nous pouvons vivre. © mkarco, fotolia

En 1992, 1.700 scientifiques, dont près d'une centaine de prix Nobel, lançaient à l'occasion du Sommet de la Terre à Rio, premier du genre, le « World Scientist's Warning to Humanity ». Cet avertissement à l'humanité décrivait la destruction de l'environnement, peu conscientisée à l'époque, et soulignait combien notre espèce est « sur une trajectoire de collision avec le monde naturel », si elle ne réagit pas.

Vingt-cinq ans plus tard, les scientifiques constatent que la situation ne s'est pas améliorée. Au contraire, elle a empiré dans tous les domaines en crise, avec une exception, l'affaiblissement de la couche d'ozone, réduit grâce à une forte mobilisation internationale. Alors 15.364 scientifiques du monde entier (184 pays) ont signé un nouveau cri d'alarme, d'une ampleur sans précédent. Le texte a été publié le 13 novembre dans la revue scientifique BioScience et dans Le Monde (« Il sera bientôt trop tard » titrait en Une lundi le quotidien), alors que se déroule jusqu'au 17 novembre, la COP23, sur le climat, à Bonn.

Le péril climatique

Le climat, justement. « Particulièrement troublante est la trajectoire actuelle d'un changement climatique potentiellement catastrophique » écrivent les auteurs dans le « cri d'alarme » de 2017. Le taux de CO2 dans l'atmosphère terrestre, nous l'avons vu récemment, n'a jamais été aussi élevé depuis au moins 800.000 ans. Il est désormais au-dessus de 400 ppm contre 280 ppm avant l'ère industrielle.

Et cela ne devrait pas s'améliorer car les émissions de ce gaz à effet de serre lequel, rappelons-le, peut séjourner 100 ans dans l'atmosphère, sont reparties à la hausse après trois années de stabilité selon le nouveau rapport annuel du Global Carbon Project. Elles devraient être de +2 % en 2017 et atteindre un record de 36,8 milliards de tonnes. « Le monde n'a donc pas atteint son pic d'émissions, affirment les auteurs de l'étude qui vient de paraître dans Nature Climate Change, Environmental Research Letters et Earth System Science DataCela montre qu'il faut agir plus fortement. Il faut oublier toute autosatisfaction. »

Courbe des émissions de CO2 dans l’atmosphère terrestre depuis 1990. 2017 s’annonce comme une année record. © Carbon Global Project

« La nature, c’est nous »

Pour Corinne Le Quéré, de l'université britannique d'East Anglia, selon des propos rapportés par l'AFP : « c'est une grande déception. Avec 41 millards de tonnes de CO2 émis estimés pour 2017 [si l'on ajoute la déforestation, NDLR], on risque de manquer de temps pour garder la température sous 2 °C, et a fortiori 1,5 °C ». D'ailleurs, l'objectif très enthousiaste de limiter le réchauffement climatique à +1,5 °C lors des accords de Paris en 2015 semble de plus en plus hors d'atteinte. Cet été, des chercheurs annonçaient même qu'il n'y aurait que 5 % de chances de le limiter à 2 °C.

Le changement climatique provoqué par une hausse des émissions de gaz à effet de serre n'est qu'un des périls qui assombrit l'avenir de l'humanité et bien sûr avec elle, de la vie sur Terre. Affectés désormais par les perturbations créées par le réchauffement global dont nous sommes responsables, les écosystèmes sont aussi violemment impactés par leur destruction frontale par l'Homme depuis plusieurs siècles : déforestation, braconnage, exploitation minière, artificialisation des sols, agriculture intensive et usages massifs de pesticides... Sans oublier les océans et la vie marine. Tous les voyants passent au rouge. « Nous avons déclenché un phénomène d'extinction de masse, le sixième en 540 millions d'années environ, au terme duquel de nombreuses formes de vie pourraient disparaître totalement », déplorent les 15.000 signataires.

Un grand nombre de vertébrés et invertébrés, terrestres et marins, sont en danger d'extinction. Nous avons appris il y a quelques semaines que la population d’insectes volants s'est effondrée de 75 % en 30 ans en Allemagne. Un chiffre que l'on peut élargir à l'Europe où les conditions sont similaires sur de nombreux territoires. Leur perte est non seulement dommageable pour la pollinisation mais aussi pour l'ensemble de la chaîne alimentaire, avec les conséquences que l'on peut craindre.

Interrogé par Le Monde, le biologiste Gilles Bœuf, ancien président du Muséum national d'histoire naturelle, rappelle une évidence : « La biodiversité, nous en faisons partie : la nature, c'est nous. Nous ne sommes pas à côté d'elle. Dès que l'on admet cela, on comprend que détruire les écosystèmes revient à s'auto-agresser, qu'opposer la protection de la nature d'un côté à la création d'emplois et au court terme économique de l'autre est d'une totale stupidité ».

L’expansion de Shanghai en Chine en 32 ans. À gauche, photo prise le 23 avril 1984. À droite, le 20 juillet 2016. © Nasa images of change

Le problème de la gestion des ressources

Pas plus tard qu'il y a huit jours, le célèbre physicien Stephen Hawking déclarait lors d'une conférence que si nous ne faisons rien, la Terre serait inhabitable dans un avenir proche, en proie à une surpopulation, des terres devenues incultivables et un épuisement croissant des ressources naturelles. Il exhortait l'humanité à préparer l’exploration interstellaire.

Depuis la signature du premier appel en 1992, la population mondiale a augmenté de 35 % (nous sommes à présent 7,6 milliards, selon les derniers chiffres des Nations Unies de juin 2017), ce qui n'est pas sans incidences sur les ressources comme l'eau douce. En effet, « le volume d'eau douce disponible par habitant a chuté de moitié » depuis les années 1960.

Tout est une question de gestion des ressources. Dans Le Monde, le démographe Hervé Le Bras rappelle que « si l'ensemble de l'humanité mangeait comme les Français, les ressources de la planète permettraient de nourrir seulement 4 milliards d'humains. A contrario, avec le régime du Bangladesh, ce serait 12 milliards ».

La Terre est notre seul foyer

Enfin, la pression démographique s'exerce sur les milieux naturels, les fragmentant de plus en plus jusqu'à les réduire à peau de chagrin. On le voit en Amazonie ou en Indonésie, exemples les plus connus où les grandes forêts, foyers des plus riches biodiversités de la planète, sont mises en pièce -- idem dans les milieux marins avec la destruction notamment des coraux en raison du réchauffement des eaux et de leur acidification -- pour des monocultures (huile de palme, soja pour les animaux...), mais c'est aussi le cas dans nos campagnes où la nature laisse la place au béton (environ 236 hectares de perdus par jour en France).

« Nous mettons en péril notre avenir en refusant de modérer notre consommation matérielle intense mais géographiquement et démographiquement inégale, et de prendre conscience que la croissance démographique rapide et continue est l'un des principaux facteurs des menaces environnementales et même sociétales. »

Il sera bientôt trop tard !

Pour les chercheurs, nos seules chances de salut passent par un sursaut collectif et aussi individuel : « grâce à un raz-de-marée d'initiatives organisées à la base, il est possible de vaincre n'importe quelle opposition, aussi acharnée soit-elle, et d'obliger les dirigeants politiques à agir », écrivent-ils. Et cela passe aussi par nos comportements individuels « en limitant notre propre reproduction [...] et en diminuant drastiquement notre consommation par tête de combustibles fossiles, de viande et d'autres ressources ».

« Il sera bientôt trop tard pour dévier de notre trajectoire vouée à l'échec car le temps presse, conclut l'appel de 2017. Nous devons prendre conscience, aussi bien dans nos vies quotidiennes que dans nos institutions gouvernementales, que la Terre, avec toute la vie qu'elle recèle, est notre seul foyer. »

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