La plus large étude comportementale jamais menée sur les chiens indique que près de trois quarts d’entre eux souffrent d’au moins un trouble anxieux, allant de la peur des étrangers à l’agressivité en passant par les aboiements excessifs. La fréquence de ces symptômes varie considérablement selon les races, ce qui suggère une composante génétique. Toujours bon à savoir si vous hésitez entre un schnauzer nain et un colley.

Cela vous intéressera aussi

[EN VIDÉO] 5 drôles de chiens Découvrez le dogue de Bordeaux, l'une des plus anciennes races de chiens français, le chihuahunull

Votre toutou aboie à chaque fois qu'on franchit la porteporte, déchiquète consciencieusement le canapé, fait pipi partout et sursaute au moindre bruit ? Comme les trois quarts des chienschiens, il souffre sans doute de troubles anxieux. Des chercheurs de l'Université de Helsinki (Finlande) ont publié la plus large étude comportementale jamais menée sur les chiens, publiée dans la revue Scientific Reports le 5 mars. Hannes Lohi et ses collègues ont contacté des clubs canins et posté un questionnaire sur les réseaux sociauxréseaux sociaux, recueillant 13.715 réponses venant du monde entier et portant sur 264 races de chiens âgés de 3 mois à 17 ans.

Feux d’artifice : la peur numéro 1 du chien

Ils ont constaté que 72,5 % d'entre eux souffrent d'au moins l'un des troubles suivants :

  • sensibilité excessive au bruit ;
  • crainte générale : chien qui se cache, peur des étrangers et des situations inconnues ;
  • peur des hauteurs et des surfaces comme des dalles réfléchissantes en verre par exemple ;
  • comportement compulsif comme mâchouiller un objet sans relâche ou courir après sa queue ;
  • inattention et impulsivité ;
  • agressivité envers la famille ou les étrangers ;
  • peur de la séparationséparation : chien qui fait pipi ou qui aboie en votre absence.

La sensibilité au bruit est l'affection la plus courante, touchant 32 % des chiens toutes races confondues. En tête, la peur des feux d’artificice concerne 17 % de chiens ; paradoxalement, plus le chien est vieux et plus ce symptôme est fréquent, ce qui signifie que votre toutou ne s'habitue décidément pas aux festivités du 14 juillet. 15 % des chiens ont peur des étrangers, 14 % ont des comportements agressifs, 11 % redoutent les situations nouvelles et 6 % ont tendance à se mordre eux-mêmes.

Pour ne rien arranger, les troubles anxieux sont souvent associés entre eux. Un chien souffrant de peur de la séparation a ainsi 4,1 fois plus de chances d'être hyperactif ou impulsif, et un chien agressif a 3,2 fois plus de chances d'être aussi un chien peureux.

Les comportements anxieux les plus fréquents chez le chien. © Milla Salonen et al, <em>Scientific Reports</em>, 2020 ; adaptation et traduction C.D pour Futura
Les comportements anxieux les plus fréquents chez le chien. © Milla Salonen et al, Scientific Reports, 2020 ; adaptation et traduction C.D pour Futura

Un schnauzer nain sur dix est agressif et craintif envers les étrangers

Quitte à renforcer les bons vieux clichés, les chercheurs ont également constaté que les mâles étaient plus souvent agressifs et impulsifs, tandis que les femelles ont davantage tendance à être craintives envers les étrangers et le bruit. Au niveau des races, la sensibilité au bruit est la plus prononcée chez les Lagotto Romagnolo (un grand chien avec un poil laineux et dense originaire d'Italie). Les races les plus craintives sont les chiens d'eau espagnols, les bergers Shetland et les races mixtes. Près d'un schnauzer nain sur dix est agressif et craintif envers les étrangers, un trait de caractère en revanche quasiment inconnu chez les labradors retrievers.

Les races les plus sensibles par symptôme. © Milla Salonen et al, Scientific Reports, 2020, adaptation et traduction C.D pour Futura
Les races les plus sensibles par symptôme. © Milla Salonen et al, Scientific Reports, 2020, adaptation et traduction C.D pour Futura

Chien anxieux : le résultat d’une sélection génétique malencontreuse ?

« Pris dans leur ensemble, ces résultats suggèrent une composante génétique à ces angoisses, tout comme il y en a chez l'Homme », indique Hannes Lohi au magazine Science. Une étude de 2019 sur les bergers allemandsbergers allemands a ainsi identifié deux gènes codant pour la crainte des bruits et la peur des étrangers, et dont le rôle est similaire à ceux que l'on retrouve chez les humains souffrant de schizophrénieschizophrénie, de troubles bipolairestroubles bipolaires et de problèmes d'audition. Ces mêmes gènesgènes sont cependant aussi associés à une plus grande sociabilité. « En sélectionnant des chiens plus sociables, l'Homme a peut-être "fabriquédes chiens plus sensibles au bruit », suggère Hannes Lohi.

La composante génétiquegénétique est cependant loin d'être la seule explication. L'environnement et l'éducation jouent certainement un rôle déterminant. Mais cela pourrait aider les futurs propriétaires à choisir leur animal de compagnie. Un chien qui n'aime pas le bruit sera ainsi plus heureux au calme à la campagne que dans une ville animée, et un chien qui appréhende les situations inconnues préfèrera sa promenade rituelle dans le quartier à des vacances en Espagne.