Le site The Guardian a mené une vaste étude de résultats sur le principal fournisseur de compensation carbone pour les grandes entreprises. Plus de 90 % des projets de compensations carbone en faveur des forêts tropicales seraient complètement inutiles, et certaines actions seraient même carrément néfastes.

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L'idée, derrière le mécanisme de la compensation carbone, est d'atténuer son impact écologique en finançant un projet permettant de séquestrer les émissionsémissions de gaz à effet de serre. Concrètement, pour une entreprise industrielle dont les activités rejettent beaucoup de CO2, cela consiste, par exemple, à soutenir des actions de reforestation de la forêt tropicale. Et comme le carbone n'a pas de frontière, ces projets sont bien souvent menés à l'autre bout du monde. Chaque « crédit carbone » accumulé par ces projets représente ensuite l'équivalent d'une tonne de CO2 réduite ou séquestrée dans les sols ou océans. Qu'il s'agisse de véritables actions ou bien purement d'une stratégie de communication, la compensation carbone est de plus en plus utilisée par les entreprises. Mais que vaut-elle réellement ? C'est à cette question qu'a tenté de répondre l'enquête du site The Guardian publiée le 18 janvier.

94 % des crédits carbone donnés aux entreprises n'auraient pas dû être approuvés

Les résultats de cette étude de neuf mois sont consternants : plus de 90 % des projets liés aux forêts tropicales sont complètement inutiles. Pour avancer de tels chiffres, l'enquête se base sur les projets du principal fournisseur de compensation carbone, l'entreprise Verra, qui travaille avec de grands groupes comme Disney, Shell, EasyJet, Gucci, mais aussi le groupe de rock Pearl Jam.  

Menée en partenariat avec le journal allemand Die Zeit et l'association SourceMaterial, l'étude dénonce le fait que quasiment aucun des projets financés n'ont eu d'impact bénéfique sur la réduction de la déforestation. L'attribution de crédits carbone aux entreprises serait également faussée : 94 % de ces crédits carbone n'auraient pas dû être approuvés. Grâce à ces crédits carbone, de nombreuses entreprises ont alors pu communiquer sur leur « neutralité carbone » : celle-ci est définie par un équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre liées aux activités de ces entreprises et les absorptionsabsorptions. Ces absorptions passant évidemment, dans ce cas, par les projets consistant à soutenir les forêts tropicales par des actions de reboisement.   

La compensation carbone passe souvent par la reforestation des forêts tropicales. © Ilya, Adobe Stock
La compensation carbone passe souvent par la reforestation des forêts tropicales. © Ilya, Adobe Stock

Des projets de reforestation dans des zones où les forêts se portent bien

Sur 29 projets de Verra étudiés par les enquêteurs (les autres projets ne permettaient pas d'avoir d'informations disponibles), 8 ont réussi à prouver leur effet sur la réduction de la déforestation. Certains projets ont également pris place dans des forêts où la déforestation a été largement surestimée, et non pas dans des forêts qui avaient réellement besoin d'être soutenues.  

Les projets de Verra auraient même eu des conséquences très négatives sur les populations indigènesindigènes de ces forêts tropicales : en interrogeant les habitants des sites concernés, les enquêteurs ont découvert que des villageois ont vu leurs habitations détruites de manière intentionnelle par les responsables des projets. Alors même que ces populations locales sont considérées comme des alliées dans la protection des forêts. De son côté, l'entreprise Verra estime que les accusations de The Guardian sont faussées et que les enquêteurs n'ont pas compris la méthodologie utilisée pour les projets de reforestation.   

Des actions auraient été menées dans des forêts qui n'avaient pas besoin d'aide. © FG Trade, iStock
Des actions auraient été menées dans des forêts qui n'avaient pas besoin d'aide. © FG Trade, iStock

La moitié des entreprises n'a pas confiance en la compensation carbone

Une enquête mondiale, « Carbon Offsetting », menée par AiDash auprès de plus de 500 responsables du développement durable montre que 41 % d'entre eux déclarent ne pas utiliser les crédits carbone en raison d'un manque de confiance. L'étude explique également que 56 % des entreprises ne mesurent pas la plupart de leurs émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, 43 % utilisent des crédits carbone. Cela revient donc à dire que beaucoup d'entreprises utilisent des crédits carbone, et communiquent dessus, alors même qu'elles ne connaissent pas les niveaux exacts des émissions de gaz à effet de serre qu'elles rejettent !