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Avec le réchauffement, les plantes de montagne migrent en altitude

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Une étude détaillée d'un siècle de peuplement végétal dans les montagnes françaises a montré que les espèces migrent à raison d'une moyenne de 29 mètres par décennie vers les altitudes plus hautes, chacune à son rythme... C'est la première fois qu'une telle dynamique est mise en évidence avec autant de précision et sur une telle ampleur.

Les plantes savent gagner de l'altitude pour éviter la chaleur. © Kosare / Flickr - Licence Creative Common (by-nc-sa 2.0)

Comment les plantes réagissent-elles aux changements climatiques ? Comme on l'a déjà observé, quand les conditions se modifient, les populations végétales disparaissent ou colonisent. Mais on connaît mal les détails de cette adaptation, sa vitesse, les différentes entre espèces, etc.

Une équipe de chercheurs d'AgroParisTech (Institut des sciences et industries du vivant et de l'environnement), de l'Université Catholique du Chili et du CNRS ont réalisé une étude à grande échelle concernant les massifs montagneux français, qui constitue une première du genre. En consultant des milliers d'inventaires floristiques établis entre 1905 et 2005, ces botanistes (Jonathan Lenoir, Jean-Claude Gégout, P. A. Marquet, Patrice de Ruffray et Henry Brisse) ont pu suivre sur un siècle 171 espèces (115 herbacées et 66 arbres ou arbustes). Les zones étudiées, des forêts peu perturbées par l'activité humaine, s'étendent de la surface de la mer jusqu'à 2.600 mètres d'altitude.

Au cours de cette période, la température moyenne a augmenté d'environ 0,6°C. Pour établir une comparaison, l'équipe a considéré une date pivot, 1985, qui sépare nettement deux périodes différant par la température.

Plante grimpante cherche fraîcheur

Les résultats, qui viennent d'être publiés dans la revue Science, sont très nets. Sur les 171 espèces répertoriées, en réponse à l'élévation des températures, la plupart ont migré vers le haut. Depuis le milieu des années 1980, la vitesse est de 29 mètres par décennie en moyenne pour l'ensemble des espèces. Cette grimpée est la même à toutes les altitudes et ne dépend pas des préférences thermiques des plantes.

Une particularité de ce travail permet de mieux comprendre ce phénomène. Ordinairement, les études de ce genre s'intéressent aux variations observées aux marges de l'aire de répartition. On met ainsi en évidence les zones de progression et de régression. Les auteurs de cette étude, eux, ont considéré toute l'aire géographique de chaque espèce et y ont déterminé la densité de population. Ils ont ainsi découvert que c'est l'ensemble du peuplement végétal, partout sur son aire de répartition, qui est affecté par le changement climatique. Ce n'est donc pas seulement la frontière de l'aire de répartition qui bouge. Les zones de densité maximale changent également d'emplacement. L'espèce migre pour centrer son aire de répartition sur les conditions qui sont pour elle optimales.

La vitesse diffère d'une espèce à l'autre et le critère est la durée de vie de la plante et donc le rythme des générations. Ainsi, les herbes grimpent plus vite que les arbres. Cette randonnée vers le haut à vitesses variables modifie bien sûr les compositions des peuplements végétaux, les herbacées colonisant actuellement des milieux où les arbres ne parviendront pas avant longtemps. Les populations migrent à leur rythme, mais l'écosystème, lui, se modifie.

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