Des travaux réalisés par des chercheurs de l’Imperial College London (Royaume-Uni) montrent que la calotte glaciaire de l’ouest de l’Antarctique pourrait être plus vulnérable au réchauffement climatique qu’ils ne le pensaient jusqu’alors. © conceptcafe, Adobe Stock
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La calotte glaciaire de l’Antarctique pourrait s'effondrer beaucoup plus tôt qu'on ne le pensait

ActualitéClassé sous :Antarctique , Réchauffement climatique , Fonte des glaces

Dans l'espoir de mieux comprendre ce qui attend l'Antarctique pour les années à venir, les chercheurs ont une nouvelle fois interrogé le passé. Leur objectif : révéler comment la glace a réagi à des changements climatiques il y a plusieurs millions d'années. Et ils ont découvert que l'Antarctique pourrait être plus vulnérable au réchauffement climatique anthropique qu'ils ne le pensaient jusqu'alors.

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Nous avons beaucoup à apprendre du passé. Les scientifiques le savent. Et c'est pourquoi ils s'appliquent à explorer comment les systèmes terrestres ont réagi à des changements climatiques survenus, pour certains, il y a plusieurs millions d'années. Ils savent ainsi que pendant les périodes les plus chaudes du début de l'ère du Miocène -- avec des températures comparables à celles éventuellement attendues d'ici 2100 --, il y a environ 16 à 18 millions d'années, le niveau des mers du monde s'est élevé jusqu'à 60 mètres au-dessus de ce qu'il est actuellement. Ils estiment que cela correspond à l'équivalent de la fonte de toute la glace qui constitue aujourd'hui l'Antarctique.

Mais pour prévoir comment la région va réagir au changement climatique anthropique en cours, il faut rentrer plus dans le détail. Savoir quelles ont pu être les contributions respectives de la grande calotte glaciaire située à l'est de l'Antarctique -- notée EAIS pour East Antarctic ice sheet -- et de la petite calotte qui se trouve à l'ouest - notée WAIS pour West Antarctic ice sheet. Et des chercheurs de l’Imperial College London (Royaume-Uni) apportent aujourd'hui un éclairage à ce sujet. Selon eux, la WAIS était, pendant les périodes froides du Miocène, bien plus grande qu'ils le pensaient jusqu'alors. Elle aurait ainsi contribué de manière plus marquée à l'élévation du niveau de la mer.

De quoi expliquer pourquoi les modèles montraient que des parties de l'EAIS avaient pu subsister, même pendant les périodes les plus chaudes de ces 23 derniers millions d'années. Alors même que les enregistrements géologiques montraient d'importants événements d'élévation du niveau de la mer. Parce qu'une WAIS plus étendue -- les chercheurs en ont trouvé des preuves loin au large -- avait elle aussi fondue. Les chercheurs expliquent que la calotte glaciaire ouest a pu ainsi s'étendre par le passé notamment parce qu'alors, une plus grande partie de la surface de la terre était au-dessus du niveau de la mer.

Sur ces cartes, l’Antarctique durant les périodes froides (en haut à gauche) et chaudes (en haut à droite) du Miocène. Et l’Antarctique tel que nous le connaissons aujourd’hui (en bas). © Jim Marschalek, Imperial College London

Connaître le passé pour préparer l’avenir

L'ennui, c'est que la partie ouest de la calotte glaciaire de l'Antarctique est considérée par les experts comme particulièrement vulnérable à la fonte des glaces qui se produit aujourd'hui sous l'effet du réchauffement climatique anthropique. Car vulnérable au réchauffement à la fois de l'océan et de l'atmosphère. Le fait que la WAIS se soit, au cours du Miocène, considérablement étendue et contractée, laisse entendre que même avec des surfaces émergées aujourd'hui moins importantes, la calotte ouest de l'Antarctique pourrait, à l'avenir, contribuer à une élévation significative du niveau de la mer.

« La bonne nouvelle, c'est que les grandes calottes glaciaires sont relativement lentes à réagir aux changements environnementaux, nous pourrions donc encore être en mesure d'éviter une perte de glace majeure dans de nombreuses régions. La mauvaise nouvelle c'est que les zones basses de la calotte glaciaire présentent un "point de basculement", et nous ne comprenons pas encore pleinement où se situe ce point de non-retour », précise Tina van de Flierdt, chercheur à l'Imperial College London, dans un communiqué.

Ce dessin donne un aperçu des conséquences d’une fonte de la glace antarctique sur le niveau des mers. Si la calotte ouest de l’Antarctique venait à fondre, l’eau monterait jusqu’à submerger l’équivalent des habitations de Londres. Si la calotte est devait disparaître, c’est l’équivalent de la Colonne Nelson qui se retrouverait sous les eaux. Si toute la glace de l’Antarctique disparaissait, l’eau monterait virtuellement presque jusqu’au sommet de Big Ben. © Imperial College London

La situation s'est déjà produite par le passé. Et les chercheurs estiment que maintenir le réchauffement en dessous de 2 °C, et idéalement même de 1,5 °C, doit rester l'objectif à viser. D'autant que leurs travaux montrent aussi que la WAIS était très sensible à l'érosion. Ainsi, plus le temps passe, plus la surface terrestre descend sous le niveau de la mer. De quoi augmenter de manière permanente la sensibilité de la calotte glaciaire de l'Antarctique occidental aux conditions océaniques changeantes.

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