Et si demain, nous parvenions à lire dans les pensées de nos chiens ? Nous n’en sommes pas là. Mais des chercheurs nous offrent tout de même aujourd’hui, pour la première fois, un aperçu de la façon dont l’esprit des chiens reconstruit ce qu’il voit. N’en déplaise à notre ego, nos meilleurs amis semblent plus intéressés par les actions que nous faisons que par nos petites personnes !

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[EN VIDÉO] Il était une fois un chien qui savait distinguer les langues L’histoire de Kun-Kun, le border collie parti du Mexique pour emménager en Hongrie a permis aux éthologues de l’université Eötvös Lorànd de Budapest de découvrir que les chiens sont capables de distinguer leur langue « maternelle » d’une langue étrangère. Une toute première preuve de cette capacité pour un cerveau non humain. (en anglais) © Family Dog Project Research Group

De manière assez récente, les scientifiques ont appris à décoder le traitement par le cerveau humain des stimuli visuels. Grâce à l'intelligence artificielleintelligence artificielle (IA) et à l'imagerie par résonance magnétiqueimagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMfIRMf). Cette dernière, en effet, permet de visualiser l'activité cérébrale de sujets conscients. Et couplée à l'IA, elle donne accès, en quelque sorte, à ce que le sujet regarde sans même avoir à lui demander. Une manière très scientifique de « lire dans les pensées ».

C'est précisément pourquoi des chercheurs ont voulu tester la technique sur quelques animaux. Des primates, évidemment. Mais aussi des chiens. Pour comprendre enfin comment pensent les animaux. Et des spécialistes des neurosciences canines de l’université Emory (États-Unis) publient aujourd'hui de premiers résultats. Des résultats qui montrent comment l'esprit de notre meilleur ami interprète ce qu'il voit.

Ces travaux très préliminaires n'ont, pour l'heure, pu être menés que sur deux chiens. Mais deux chiens bien éveillés. Entraînés au préalable à entrer dans un scanner et à y rester immobiles, sans avoir besoin d'être retenus. Les chercheurs ont enregistré les données neuronales de l'IRMf alors que les chiens en question regardaient des vidéos. Puis ils ont appliqué un algorithme d'apprentissage automatique pour analyser lesdites données. Ils sont ainsi parvenus, du moins dans une certaine mesure, à reconstruire comment les chiens voient le monde.

Les différences observées par les chercheurs de l’université Emory (États-Unis) entre des cerveaux humains (A) et des cerveaux de chiens (B). © <em>Journal of Visualized Experiments</em> (2022)
Les différences observées par les chercheurs de l’université Emory (États-Unis) entre des cerveaux humains (A) et des cerveaux de chiens (B). © Journal of Visualized Experiments (2022)

Des différences fondamentales entre chiens et humains

Vous vous demandez ce que montraient ces vidéos ? Tout simplement des images de la vie quotidienne d'un chien. Des chiens recevant des friandises, se reniflant, jouant ou marchant en laisse. Mais aussi des voituresvoitures, des vélos, des chats ou des cerfs. Et bien sûr, des humains qui se prennent dans les bras, qui mangent ou qui lancent une balle à un chien. Le tout horodaté par des classificateurs basés sur des « objets » - un chien, une balle, un humain -, d'une part, et sur des actions - renifler, jouer, manger - d'autre part.

Pour comparaison, deux humains ont participé à la même expérience. Et justement, les résultats obtenus par les chercheurs de l'université Emory suggèrent des différences majeures dans le fonctionnement du cerveau des humains et des chiens. « Nous, les humains, sommes très orientés objet », indique Gregory Berns, professeur en psychologie, dans un communiqué. « S'il y a dix fois plus de noms que de verbes en anglais, c'est sans doute parce que nous avons comme une obsession particulière pour nommer des objets. Les chiens, eux, semblent moins préoccupés par qui ou ce qu'ils voient et plus préoccupés par l'action elle-même. »

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Le cerveau des chiens traite la parole comme celui des humains

Un résultat pas très étonnant lorsque l'on sait que les chiens ont une densité légèrement plus élevée de récepteurs visuels conçus pour détecter les mouvementsmouvements que les humains. Quand on est animal, on doit en effet se préoccuper de ce qui se passe dans son environnement, pour éviter la mauvaise surprise. L'action semble alors primordiale.