« Bêtes de science », c’est comme un recueil d’histoires. De belles histoires qui racontent le vivant dans toute sa fraîcheur. Mais aussi dans toute sa complexité. Une parenthèse pour s’émerveiller des trésors du monde. Pour ce nouvel épisode, partons à la rencontre d’un animal de légende : l’ours brun.


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    Bouba. C'est bien sûr le nom de cet adorable petit ourson de dessin animé. Tendre et innocent. Mais c'est aussi celui de l'ours en peluche qui veillait sur mes nuits d'enfant. Comme un ange gardien qui partageait mes peurs autant que mon lit. Et voilà que je découvre aujourd'hui que le réflexe semble bien plus ancien. Les Hommes du Paléolithique partageaient déjà avec le plantigrade, leurs frayeurs... et surtout leurs cavernes. Dans la grotte de Chauvet, en Ardèche, les chercheurs ont trouvé des crânescrânes d'ours disposés en demi-cercle. Même la plus ancienne statue modelée découverte à ce jour est un hommage à l'ours. On l'a retrouvée dans la grotte de Montespan en Haute-Garonne.

    Admiré et même vénéré parfois, l'ours brun a ainsi été, pour nos ancêtres européens, le premier véritable roi des animaux. Jusqu'à ce que l'Église le prenne en grippegrippe, justement pour la fascination qu'il semblait exercer sur les Hommes. Pour faire tomber l'ours de son piédestal, elle n'a pas hésité à l'accuser non pas d'un ou de deux péchés capitaux. Mais bien de cinq ! La colère, la gourmandise, la paresse, l'envie... et même la luxure. Car la légende disait alors que les ours mâles étaient attirés par les jeunes bergères et que de leur union coupable naissaient des guerriers redoutables. Les rois du Danemark et de Norvège en seraient les descendants. L'Église, vous l'aurez compris, craignait tout particulièrement la force bruteforce brute de l'ours.

    Le saviez-vous ?

    Depuis une quinzaine d’années, des études scientifiques s’intéressent aux comportements et au métabolisme de l’ours brun. Les chercheurs espèrent en effet en tirer des enseignements pour l’homme. Approfondir leurs connaissances de certains phénomènes biologiques ou de certaines maladies comme l’ostéoporose ou les dysfonctionnements rénaux.

    Sa force brute ? L'expression ne dit-elle pas justement : « Fort comme un ours » ? Alors peut-être. Mais en tout cas, une force non dénuée d'intelligenceintelligence, nous assurent aujourd'hui les chercheurs. Car l'ours brun est capable de lire son environnement. De s'y adapter. Et même, de l'analyser. Des chercheurs racontent pour exemple l'histoire d'une maman ourse qui avait choisi de laisser ses petits seuls pendant qu'elle-même partait chasser. Avec la certitude que les ours mâles n'oseraient pas s'en prendre aux oursons car des chercheurs s'activaient à proximité de l'abri.

    Plus généralement, l'ours brun a des relations sociales. Il est curieux. Il est capable d'apprendre. Et il est l'un de ces mammifères qui savent utiliser des outils. D'autres le font, mais ce sont surtout des grands singes.

    Cet ours brun a ramassé une pierre pour se gratter le museau avec. © Volker B Deecke, Université de Cumbria
    Cet ours brun a ramassé une pierre pour se gratter le museau avec. © Volker B Deecke, Université de Cumbria

    Une pierre pour se gratter le museau

    C'est en Alaska qu'un ours a été surpris pour la première fois en train de se servir d’un outil. D'une pierre plus exactement. Une pierre recouverte de bernacles -- des petits crustacés -- et ramassée au fond d'une rivière. Il s'en est servi pour... se gratter le museau. Hé bien quoi ? Quand ça gratouille...

    Plus sérieusement, s'il s'était gratté sur un arbrearbre ou même un rocher, cela n'aurait pas interpellé les chercheurs. Mais nous sommes là en présence d'un comportement complètement différent, selon les spécialistes. Un arbre peut en effet être considéré comme le prolongement de l'environnement. Ramasser une pierre, la manipuler et l'utiliser pour se soulager, c'est un peu comme étendre les limites de son corps.

    Le plus étonnant, dans cette histoire, c'est peut-être que l'ours en question était un ours sauvage. Entendez par là qu'il n'avait jamais vécu en captivité. Il n'avait même pas eu de contact avec les Hommes jusque-là. Ainsi la découverte appelle à se remettre en question. Les ours bruns semblent bien capables de comportements complexes qui supposent une perception spatiale et des capacités motrices avancées. Pour préciser tout ça, les chercheurs devront se pencher un peu plus sur la question. Ils supposent simplement pour l'heure que ce comportement pourrait avoir été rendu possible par un cerveau d’une taille importante par rapport à celle de son corps. Alors, pas si bête, l'ours brun ?