L'effet combiné du réchauffement climatique et de la déforestation contribuent à la multiplication des incendies de forêt. © Pedarilhos, Adobe Stock

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La forêt amazonienne en proie à un cercle vicieux d'incendies

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Une nouvelle étude publiée par l'Institut de physique atmosphérique en Chine met en lumière un phénomène alarmant en Amazonie : la multiplication des incendies, provoquée par le changement climatique et la déforestation.

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L'année dernière, la Nasa mettait en garde contre l'assèchement de l'atmosphère au-dessus de l'Amazonie, due à l'augmentation des gaz à effet de serre et à la déforestation, et causant une augmentation du nombre d'incendies dans la région. Cette fois-ci, c'est une étude menée par l'Institute of Atmospheric Physics (IAP) de l'Académie chinoise des Sciences qui vient renouveler ce constat, alors que la forêt amazonienne vient de connaître sa pire année.

L'atmosphère de l'Amazonie s'assèche

« Je n'ai jamais été dans la forêt amazonienne, raconte Gensuo Jia, l'un des auteurs de l'étude parue dans la revue Global Change BiologyMais j'en ai pris une photo depuis mon siège alors que je survolais l'Amazone durant la saison des feux de 2018. Ça m'a fait mal au cœur de songer que tant de verdure et de fraîcheur avaient pu être réduites en cendres. » Le changement climatique et la déforestation sont indéniablement des facteurs de taille dans la multiplication des incendies, mais les interactions entre ces variables et les processus en découlant sont encore très peu compris.

D'après le travail de Jia et de ses collègues, la combinaison de ces deux éléments contribue à une augmentation des jours chauds et secs, tandis que la déforestation participe à l'assèchement de l'atmosphère au-dessus de la forêt. L'apport accru de vapeur d'eau en provenance des océans Pacifique et Atlantique participe en parallèle à la multiplication des averses, néanmoins celles-ci ne suffisent pas à pallier les longues périodes de sécheresse intense. En effet, à cause de la déforestation et de l'assèchement de la canopée, les précipitations circulent plus librement une fois au sol, formant des canaux au lieu d'être absorbées et évapotranspirées.

La mise en parallèle de la perte de forêt entre 2001 et 2017 (à gauche) et le changement de régime de feux durant l'inter-saison de mai-juin (à droite) suggère clairement une corrélation entre ces deux éléments. © Xiyan Xu

L'urgence d'enrayer le cercle vicieux

La région sud-est de l'Amazonie, caractérisée par des savanes traversant de longues périodes sèches, est la plus exposée au risque d'incendies à répétition. Si les savanes concentrent à ce jour 90 % des incendies du bassin amazonien, cela ne veut pas dire que la forêt pluviale est hors de danger. Le recul de la canopée et la déforestation permettent à la lumière du soleil d'atteindre et d'assécher le sol, recouvert de feuilles, de bois et de composés organiques qui, ensemble, créent le parfait mélange pour un départ de feu.

Au fil des années, la sécheresse s'immisce progressivement et perturbe la saison des pluies et les inter-saisons. Et malheureusement, plus le changement climatique et la déforestation progressent, plus la forêt se retrouve enfermée dans une boucle vouée à se détériorer.

« L'augmentation de la part de surface brûlée dépend largement de la proportion de forêt perdue », écrivent les chercheurs. Ainsi, plus la forêt se dénude, plus les incendies se multiplient, dénudant plus de forêt encore. « Il est crucial de promouvoir la conservation de la forêt et la protection contre les incendies afin de sauvegarder l'Amazonie contre de plus amples changements du climat et du régime de feux, qui compromettent la durabilité régionale », conclut l'équipe.

Pour en savoir plus

Les activités humaines assèchent l'Amazonie, alerte la Nasa

Article d'Éléonore Solé, publié le 11 novembre 2019

Chaque année, une partie de la forêt amazonienne brûle. Aussi spectaculaire soit-il, ce processus est normal. Néanmoins, il est aggravé par les activités humaines... et le point de non-retour pourrait être atteint. Zoom sur la faiblesse du poumon vert de la planète : son approvisionnement en eau.

En août dernier, le monde entier s'est ému pour l'Amazonie, dont 7.853 km² sont partis en fumée au cours des neuf premiers mois de l'année 2019. Par rapport à l'an passé, le Brésil, qui abrite 60 % de la forêt amazonienne, a recensé une hausse de 84 % des départs de feux. Et elle brûle toujours en ce mois de novembre.

Pour comprendre ce phénomène, la Nasa a analysé les données des 20 dernières années. Ses conclusions sont sans appel : l'atmosphère au-dessus du poumon vert de la planète s'est considérablement asséchée, le rendant plus vulnérable aux incendies. L'auteure principale de l'étude, Armineh Barkhordarian, du Jet Propulsion Laboratory de la Nasa, explique que plus de la moitié de cette aridité est due à l'augmentation des gaz à effet de serre, tandis que le reste est causé par la déforestation. La fragilité de l'Amazonie est donc entièrement due aux activités humaines.

Un des moyens utilisés pour déforester est... l'incendie. © Alexpunker, Adobe Stock

L'eau s'évapore, la forêt se meurt

Plus grande forêt tropicale du monde, elle demeure un écosystème délicat. Les arbres et plantes y absorbent l'eau par leurs racines, puis la relâchent sous forme de vapeur via leurs feuilles. L'eau peut ainsi refroidir l'air et conduire à la formation des nuages afin que la pluie boucle le cycle. Par ce fonctionnement, l'Amazonie génère 80 % de la pluie dont elle a besoin.

Lorsque l'air est asséché et que la température augmente, les arbres doivent transpirer pour se refroidir, mais le sol ne contient plus assez d'eau pour recharger leurs réserves. La végétation se tarit. Les départs de feux prennent et grossissent plus facilement. Sassan Saatchi, co-auteur de l'étude, également chercheur au JPL, prévient : « Si cela continue, la forêt pourrait ne plus être capable de s'alimenter seule » et la biodiversité amazonienne n'y survivra pas.

Le taux d’humidité de l’air en Amérique du Sud au cours des saisons sèches (Amazonie) entre 1987 et 2016. Le déficit se creuse particulièrement dans le sud et le sud-est de la forêt amazonienne ces 30 dernières années, selon l’étude de la Nasa. © Nasa, JPL-Caltech, NASA Earth Observatory
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