Quelle est la vraie valeur d’une découverte scientifique ? Ethique, économique, sociale ? Un demi millier de scientifiques en débattront les 11 et 12 décembre 2007, lors du colloque Création de savoir, Création de valeur, à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon. Jacques Samarut, son administrateur, explique à Futura-Sciences, pourquoi il est important de s’interroger sur ces questions et quel rôle peut jouer l'ENS. Nous reviendrons à l'issue du colloque sur les réponses qui auront été apportées.

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    En France, l'Ecole Normale supérieure (ENS) est présente à Paris et à Lyon. Contrairement à une université, l'ENS ne dispense pas d'enseignement de premier cycle. Les étudiants (900 à l’ENS Lyon) viennent de classes préparatoires (60 % dans le cas de Lyon) ou du premier cycle universitaire (40 %). L'activité de recherche est portée par des laboratoires de toutes disciplines, tous accrédités par les organismes de recherche comme le CNRS, l'Inra, l'Inserm et l'Inria.

    Futura-Sciences : Pourquoi un colloque sur la « création de la valeur » ?

    Jacques Samarut : Les réflexions qui seront débattues dans ce colloque sont celles qui engagent la science pour les vingt années à venir. Pour un établissement comme le nôtre, la question de la valeur est centrale. Pour chaque découverte, nous devons nous demander quelle valeur elle génère. Dans chaque recherche, nous devons trouver un sens à l'acquisition des connaissances. Bien sûr, la notion de valeur est vaste. Il ne s'agit pas que de valeur économique mais aussi éthique, sociale ou autre.

    FS : Cela conduit-il à privilégier la recherche appliquée ?

    Jacques Samarut : Recherches fondamentale et appliquée sont liées sur un même continuum, sans frontière. A partir de travaux à l'ENS Lyon, sept entreprises ont été créées depuis 1999 (date à laquelle Claude Allègre, ministre, a donné cette possibilité par la Loi sur l'Innovation). Deux sont déjà cotées en Bourse et une troisième va certainement l'être. Et, j'insiste sur ce point, toutes ces sociétés se sont créées à partir de recherches très fondamentales.

    FS : L’ENS collabore-t-elle avec des industries ?

    Jacques Samarut : Beaucoup. Il y a une collaboration naturelle entre chercheurs, qui se connaissent. Mais il y a aussi des demandes directes d'industriels. Nous y répondons quand nous le pouvons et quand l'assistance demandée correspond à nos missions de recherche. Des échanges humains ont lieu aussi. Actuellement, 18 % de nos étudiants prennent le chemin d'une entreprise privée après leurs études. Nous aimerions faire monter ce taux à 30 ou 33 %.

    FS : Les étudiants de deuxième cycle approchent-ils le monde de la recherche réelle ?

    Jacques Samarut : Il y a des stages en laboratoire, qui peuvent durer six mois, voire plus, et qui se déroulent en France ou à l'étranger (souvent dans des pays européens). C'est très important. Les entreprises doivent trouver chez nous des scientifiques de haut niveau, formés par la recherche. A l'inverse, la mobilité accrue des étudiants, en particulier au sein de l'Europe, crée une vraie compétition entre les établissements d'enseignement supérieur. Les étudiants, aujourd'hui, se disent : « Je veux me spécialiser dans telle branche, où dois-je aller ? ».

    « L’ENS doit être le lieu d’une approche transdisciplinaire. » © J. Samarut/ENS Lyon

    « L’ENS doit être le lieu d’une approche transdisciplinaire. » © J. Samarut/ENS Lyon

    FS : Comment l’ENS dirige-t-elle son activité de recherche ?

    Jacques Samarut : Nos dix laboratoires touchent tous les domaines et s'inscrivent dans les tendances actuelles. Le dernier que nous avons créé, l'Institut des systèmes complexes, rassemble des chercheurs de plusieurs disciplines, dont des mathématiciensmathématiciens, des informaticiens, des physiciensphysiciens et des biologistes.

    FS : Font-ils bon ménage ?

    Jacques Samarut : Très bien. C'est un phénomène que nous observons et que nous encourageons. Les biologistes, par exemple, sont demandés en astronomie, parce qu'on s'y intéresse aujourd'hui à l'exobiologie, mais aussi par les physiciens, qui apportent des méthodes d'analyse nouvelles des matériaux biologiques. C'est notre rôle de créer les conditions de ces approches transdisciplinaires. Ce sont les plus fécondes aujourd'hui car c'est aux frontières des disciplines que naîtront les avancées conceptuelles !