La reconnaissance faciale bientôt utilisée par l’Ukraine sur les check-points

L'Ukraine dispose désormais gratuitement du puissant outil de reconnaissance faciale Clearview pour identifier les soldats tués et d'éventuels agents russes aux check-points.

[EN VIDÉO] Les algorithmes et leur prise de décision De plus en plus, les algorithmes se substituent aux êtres humains dans les prises de décision ou la réalisation des tâches. Ils prennent en compte nombre de paramètres mais la question de la transparence des algorithmes se pose : peuvent-ils expliquer leur décision ? 

Il y a les travaux de la communauté internationale sur le renseignement en sources ouvertes (OSINT), comme Futura l'évoquait avec la reconnaissance faciale pour identifier les soldats russes (voir l'article précédent ci-dessous). Il y a aussi les puissants outils de reconnaissance faciale pour assurer la sécurité sur le terrain en Ukraine. Parmi les outils professionnels, il y a celui de l'Américain Clearview AI, un système qu'affectionnent les autorités américaines et qu'il est possible de tester en version de démonstration. Le moteur de recherche fait d'ailleurs partie des outils exploités par la société française Tactical Systems Académie qui a permis d'identifier les combattants russes et tchétchènes en Ukraine. Il vient compléter avantageusement les résultats de l'outil PimEyes employé par la communauté OSINT.

La reconnaissance faciale est une façon de donner des noms aux morts du côté russe et de lever le doute sur d'éventuelles fausses attributions. Et justement, pour aider l'armée ukrainienne, Clearview vient de lui donner un accès gratuit à son puissant moteur de recherche. Lors d'une interview à l'agence Reuters, le patron de la société a tenu à préciser que Clearview ne sera pas commercialisé à la Russie. En revanche, le moteur a déjà indexé plus de 2 milliards d'images provenant du réseau social russe VKontakte, c'est-à-dire l'équivalent de Facebook en Russie. Cette base de données devrait servir aux Ukrainiens à identifier les morts, même si le visage des personnes décédées a été abimé.

Clearview est un puissant outil de reconnaissance faciale. Il a été exploité pour identifier les auteurs de l'assaut du Capitol à Washington, par les partisans de Donald Trump. L'outil est souvent attaqué par les États de l'Union européenne en raison de sa capacité « à aspirer » des photos émanant des réseaux sociaux, sans aucun consentement. © Clearview

Clearview AI régulièrement condamnée en Europe

Il semble que seule la décomposition des corps vient altérer la reconnaissance faciale selon des recherches réalisées pour le département américain de l'énergie. L'outil pourrait aussi aider à identifier les agents russes tentant de s'infiltrer via les nombreux check-points gardés par les bataillons des volontaires de la défense territoriale. Mais du propre aveu du patron de Clearview auprès de l'agence de presse, il ne faut pas se reposer uniquement sur cette solution comme unique source d'identification.

Le patron de Clearview a également déclaré à Reuters que la technologie pourrait être utilisée pour faciliter les recherches et réunir les réfugiés séparés de leurs familles. Pour le moment, le dirigeant a avoué qu'il ne savait pas vraiment comment le ministère ukrainien de la Défense allait utiliser la technologie.

Reste que si la technologie semble efficace, elle nécessite d'aller piocher dans les bases de données d'images des réseaux sociaux. Même si ce procédé est similaire au fonctionnement de l'indexation du moteur de recherche de Google a été refusé par Meta et donc Facebook et Instagram. De son côté, l'Italie vient de condamner la société Clearview AI à une amende de 20 millions d'euros pour avoir illégalement collecté et traité les données personnelles des Italiens sans base légale. De même, en décembre, la Cnil française l'a mise en demeure de cesser d'exploiter l'aspiration de photos et de vidéos. Reste à savoir si VKontakte va se laisser faire alors que ce réseau social dispose d'une base de données d'environ 10 milliards de photos et qu'il est tenu par des proches du Kremlin.


Une société française identifie les soldats russes en Ukraine par reconnaissance faciale

En une heure et grâce à des outils de reconnaissance faciale accessibles librement, la société française Tactical Systems Académie a pu identifier un combattant tchétchène envoyé en renfort des troupes russes sur les champs de bataille ukrainiens. Un exemple parmi de nombreux autres de ce qu'un internaute peut faire de chez lui pour documenter cette guerre.

Article de Sylvain Biget, publié le 11/03/2022

Avec une connexion cellulaire restant opérationnelle sur pratiquement tout le territoire ukrainien et des milliers de vidéos et de clichés publiés en temps réel sur les réseaux sociaux, la guerre en Ukraine est un terrain propice au développement de ce que l'on appelle l'OSINT (Open Source Intelligence), c'est-à-dire le renseignement en sources ouvertes. Avec les données disponibles et quelques outils accessibles à tous, tout un chacun peut révéler des informations concernant les pertes de matériel ou d'hommes, ou encore l'emplacement des unités et les zones bombardées par l'armée russe. C'est d'ailleurs ce qui a rendu célèbre le site Bellingcat, dont les travaux des investigateurs ont permis d'établir que c'est bien un missile russe qui avait abattu le vol MH17 de la Malaysian Airlines au-dessus du Donbass en 2014, et d'identifier les auteurs impliqués dans ce drame.

L'un des outils de l'OSINT durant ce conflit repose sur la reconnaissance faciale. Certains services sont accessibles au grand public, comme FindClone, qui permet de reconnaître le visage de certains soldats russes et de les retrouver sur l'équivalent russe de Facebook, VKontakte. C'est ainsi que la société française Tactical Systems Académie a pu identifier en à peu près une heure, Hussein Mezhidov, un commandant tchétchène envoyé sur le front ukrainien. La reconnaissance faciale de FindClone a permis de retrouver une photo de ce combattant à proximité du président tchétchène Kadyrov sur son compte Instagram. Cette société française, qui travaille notamment pour l'armée française, a également employé plusieurs autres outils, comme le moteur de recherche de visage PimEyes pour confirmation. Interrogé par Wired, l'un des responsables de Tactical Systems Académie a précisé que ces recherches menées par la communauté OSINT permettent de suivre les mouvements des individus et que s'ils se savent traqués, cela pourrait permettre d'éviter qu'ils commettent des crimes de guerre.

1/15 OSINT: Open Source Intelligence investigation & the use of facial recognition. Trigger to the investigation: ➡️ Russian propaganda Military video posted on Telegram by what seems to be a Chechen Muslim fighter. #ukraine#islamicfighters#chechen#osint#Telegram#facialrecpic.twitter.com/uaLpoLSQO3

— ???????????????????????????????? ???????????????????????????? ???????????????????????????? (@OSINT_Tactical) March 1, 2022
Sur son fil Twitter, Tactical System explique comment l’équipe est parvenue à identifier précisément un commandant tchétchène impliqué dans la guerre en Ukraine aux côtés de l’armée russe. © Twitter

Attention aux sosies !

Alors que ce travail de reconnaissance faciale était auparavant réservé aux seuls services de renseignement, aujourd'hui tout le monde peut le faire de chez soi. Le souci, c'est que l'authentification est parfois hasardeuse et certaines personnes peuvent être mal identifiées par les amateurs d'OSINT. Dans ce cas, et puisque les données sont partagées de façon ouverte, cela peut engendrer des conséquences sur des personnes et leurs familles qui n'ont rien à voir avec la cible. C'est pourquoi, pour parer les erreurs des algorithmes de reconnaissance faciale, l'utilisation de plusieurs outils de recherche ainsi que l'attention d'un regard humain expérimenté sont indispensables.

Mais ces outils de reconnaissance faciale permettent aussi de limiter certains actes de propagande. Ainsi, un média ukrainien prétendait dernièrement qu'un pilote de chasse russe capturé par l'armée ukrainienne avait été identifié sur une photo alors qu'il se trouvait aux côtés de Vladimir Poutine et de Bachar al-Assad en Syrie en 2017. En utilisant un puissant moteur de reconnaissance mis au point par Microsoft, Bellingcat a conclu qu'il ne s'agissait pas de lui, même s'il y avait une grande ressemblance.