Concentration record de CO2 dans l'atmosphère : + 45 % en 30 ans !

[EN VIDÉO] Interview 1/5 : la pollution de l'air est omniprésente Nous sommes en permanence confrontés à une menace invisible et insidieuse : la pollution atmosphérique. Philippe Hubert, directeur des risques chroniques de l’Ineris (Institut national de l'environnement industriel et des risques), nous en explique les causes et nous décrit les normes en matière de pollution de l’air. 

Provoquant un ralentissement de l'économie et des industries, la crise sanitaire mondiale a eu un effet spectaculaire sur l'atmosphère. Toutefois, cela n'a pas diminué les concentrations de CO2, principal gaz à effet de serre persistant dans l'air, qui atteignent un niveau record, a indiqué l'ONU lundi.

Selon le Bulletin annuel de l'Organisation météorologique mondiale (OMM), une agence de l'ONU, la concentration de dioxyde de carbone dans l'atmosphère a brutalement augmenté en 2019, la moyenne annuelle franchissant le seuil de 410 parties par million, et la hausse s'est poursuivie en 2020, alors que la pandémie de Covid-19 a forcé de nombreux pays à mettre à l'arrêt leur économie. « La baisse des émissions liée au confinement ne représente qu'un petit point sur la courbe à long terme. Or, nous devons aplatir cette dernière de façon durable », a déclaré le Secrétaire général de l'OMM, Petteri Taalas.

CO₂ emission of 4-7% means atmospheric CO₂ concentrations less (0.08–0.23 ppm lower) than without the pandemic.

This is within 1ppm natural variability & means the impact of the lockdown is small.

Via @Peters_Glen

WMO GreenhouseGas Bulletin https://t.co/eXI6aQv480pic.twitter.com/uL3obiSe0R

— World Meteorological Organization (@WMO) November 24, 2020

Selon le bulletin de l'OMM, pendant la période la plus intense d'arrêt des activités économiques, les émissions quotidiennes mondiales de CO2 ont enregistré une diminution allant jusqu'à 17 % en raison du confinement. Alors que la durée et la sévérité des mesures de confinement restent encore floues, l'OMM juge très difficile d'estimer la réduction annuelle totale des émissions en 2020, mais elle estime toutefois que, selon des estimations préliminaires, cette réduction sera de l'ordre de 4,2 à 7,5 %. Une telle réduction des émissions n'entraînera toutefois pas de diminution des concentrations de CO2 dans l'atmosphère cette année car ces concentrations sont le résultat des émissions passées et actuelles cumulées.

En résumé, la concentration de CO2 va continuer à augmenter cette année, mais à un rythme légèrement réduit, ne dépassant pas les fluctuations habituelles du cycle du carbone observées d'une année sur l'autre.

La basilique Notre-Dame de Fourvière, noyée dans un nuage de pollution et de brume, le 7 décembre 2016, à Lyon. © Jeff Pachoud, AFP, Archives  

S'appuyer sur la pandémie pour en faire « un tremplin »

« La pandémie de Covid-19 ne résoudra pas le problème du changement climatique. Toutefois, elle représente un tremplin pour lancer une action climatique plus soutenue et plus ambitieuse visant à réduire les émissions nettes à zéro en transformant complètement nos industries, nos systèmes énergétiques et nos transports », a souligné le Finlandais Petteri Taalas.

Les gaz à effet de serre emprisonnent la chaleur dans l'atmosphère, font monter les températures et intensifient les conditions météorologiques extrêmes, la fonte des glaces, l'élévation du niveau de la mer et l'acidification des océans.

Les trois principaux gaz à effet de serre persistants -- le dioxyde de carbone, le méthane et le protoxyde d'azote -- ont encore atteint des records de concentration en 2019, selon l'OMM. Or, le dioxyde de carbone, résultant notamment de l'utilisation des combustibles fossiles, de la production de ciment et de la déforestation, demeure pendant des siècles dans l'atmosphère et encore plus longtemps dans les océans. Sa teneur dans l'atmosphère a augmenté plus rapidement entre 2018 et 2019 qu'entre 2017 et 2018 et que sur les dix dernières années en moyenne.

La pandémie de Covid-19 représente un tremplin pour lancer une action climatique plus soutenue et plus ambitieuse (…).

« La dernière fois que la Terre a connu une teneur en CO2 comparable, c'était il y a 3 à 5 millions d'années : la température était alors de 2 à 3 °C plus élevée qu'aujourd'hui et le niveau de la mer était supérieur de 10 à 20 mètres au niveau actuel, mais nous n'étions pas 7,7 milliards [d'êtres humains] », a souligné M. Taalas.

Quant au méthane, dont 60 % des rejets dans l'atmosphère sont d'origine humaine (élevage de ruminants, riziculture, exploitation des combustibles fossiles, décharges...), sa teneur a augmenté légèrement moins rapidement entre 2018 et 2019 qu'entre 2017 et 2018, mais plus vite que sur les dix dernières années en moyenne.

Enfin, le taux d'accroissement de la concentration de protoxyde d'azote, à la fois un gaz à effet de serre et un produit chimique appauvrissant la couche d'ozone, est resté pratiquement égal à la moyenne des dix années précédentes. Ses émissions dans l'atmosphère sont à 40 % d'origine humaine (engrais, procédés industriels...) mais pour le reste d'origine naturelle.


CO2 dans l'atmosphère : du jamais vu depuis 23 millions d'années !

Article de Julie Kern, publié le 2 juin 2020

Le taux de CO2 dans l'atmosphère est au cœur de la lutte contre le réchauffement climatique. Malheureusement, il ne cesse d'augmenter faisant des taux récemment enregistrés les plus hauts depuis des millions d'années.

Un argument revient souvent pour remettre en cause le réchauffement climatique, celui des taux importants de CO2 atmosphérique durant les périodes géologiques passées. Mais, une étude publiée dans Geology vient tordre le cou à ce raisonnement.

En effet, grâce à une nouvelle technique de datation, les scientifiques américains ont pu remonter le temps pour mesurer les concentrations de CO2 atmosphérique des derniers 23 millions d'années. Résultats, l'anthropocène bat tous les records.

En ordonnée, les concentrations de CO2 en ppmv selon le temps en millions d'années. La fourchette estimée est représentée en vert. L'étoile rouge montre le taux de 2019. © Adapté de Yung Cui et al. Geoscience World  

Estimer le taux de CO2 grâce aux plantes

La technique mise au point par les chercheurs se base sur l'analyse du carbone 13 dans les plantes terrestres appelées « C3 », en référence à la voie de la photosynthèse utilisées par ces dernières. Ils ont ainsi pu remonter 23 millions d'années en arrière et selon leur estimation, les taux de CO2 atmosphérique se sont échelonnés de 230 ppm à 350 ppm. Ces résultats sont tout de même à prendre avec recul puisqu'ils n'ont été obtenus qu'avec 68 % de confiance.

Les périodes où les concentrations de dioxyde de carbone étaient les plus élevées durant la première moitié du Miocène et au Pliocène où les taux atteignaient environ 400 ppm. Mais aucune époque géologique ne bat les records de CO2 enregistrés en 2019 qui sont de 412 ppm.