Le coronavirus va-t-il nous engloutir sous une montagne de déchets ?

Des centaines de milliards de masques et de matériel médical à usage unique. De plus en plus d'achats de produits suremballés et de sacs plastique jetables. Des centres de tri à l'arrêt et des décharges sauvages qui se multiplient. La crise du coronavirus semble avoir relégué aux oubliettes les problématiques environnementales et génère un gaspillage sans précédent.

Il y a quelques semaines encore, on ne parlait que de lutte contre le gaspillage, de réduction des emballages plastique et de sacs réutilisables. Ça, c'était avant la crise du coronavirus. Car depuis, c'est le tout-jetable qui est devenu la norme. « La fermeture des restaurants entraîne mécaniquement une augmentation de la consommation vers des produits emballés vendus en grande distribution », rapporte Emmanuel Guichard, délégué général d'Elipso, la fédération professionnelle du secteur de l’emballage plastique. « Nous avons à peu près 30 % de production en plus. C'est vraiment énorme », confirme-t-il à l'AFP.

Plastique, carton : la demande d’emballages explose

D'autant plus que dans les magasins, la fermeture des rayons à la coupe a entraîné une surconsommation des produits préemballés. L'interdiction des marchés et la méfiance envers les fruits et légumes en vrac a encore renforcé le phénomène. Début mars, Starbucks a banni les tasses réutilisables de ses cafés aux États-Unis et au Canada, expliquant vouloir ainsi prévenir la propagation du coronavirus auprès de ses employés et clients. Le 31 mars, l'état du New Hampshire (États-Unis) a interdit l'usage des sacs réutilisables, alors que plusieurs études ont montré que le coronavirus peut persister jusqu’à cinq jours sur le plastique. La production de carton et papier est également en surchauffe, alors que les consommateurs ont multiplié les commandes sur Internet.

Près de la moitié des centres de tri à l’arrêt

Cette explosion de la quantité de déchets est d'autant plus problématique que le tri sélectif est en panne. Selon Le JDD, entre 42 % et 45 % des centres de tri français ont fermé leurs portes, tout comme 99 % des déchetteries. La plupart des communes stockent les déchets d'emballage dans l'attente d'un déblocage de la situation. D'autres les mélangent aux autres déchets pour les enfouir ou les incinérer, comme à Paris, où le tri a été arrêté afin d'économiser les équipes et de réduire les risques de contamination. Dans plusieurs départements, on observe aussi une recrudescence des dépôts d'ordures sauvages, rapporte Le JDD. Dans certaines métropoles, des rues sont jonchées de masques et gants usagés, ce qui entraîne un risque supplémentaire de propagation du virus, s'inquiètent les élus.

Masques, gants, cathéters : la quantité de déchets médicaux explose. © ADELART, Adobe Stock  

Déchets médicaux : une multiplication par quatre durant l’épidémie de coronavirus

Les centaines de milliards de masques commandés en France et dans le monde, justement, commencent à s'amonceler en véritables montagnes de déchets, tout comme les autres types de matériel médical. Spécialiste des emballages stériles pour l'univers médical (seringues, cathéters...), le groupe Sterimed basé à Amélie-les-Bains-Palalda (Pyrénées-Orientales), a vu ses commandes exploser depuis ces dernières semaines. « Nous connaissons une poussée de 30 à 40 % des demandes clients par rapport aux chiffres 2019 », confirme Thibaut Hyvernat, son président, à L’Usine Nouvelle. Dans la province du Hubei, en Chine, la quantité de déchets médicaux a atteint 665 tonnes par jour début mars, contre 180 tonnes par jour avant le 20 janvier, selon le ministère de l'Écologie et de l'Environnement. Dans le pays, plus de 136.000 tonnes de déchets médicaux ont été incinérées entre le 20 janvier et le 7 mars 2020.

Désinfection des rues à l’eau de Javel : une pratique dangereuse pour l’environnement

La pollution ne s'arrête d'ailleurs pas aux déchets. Plusieurs communes françaises comme Reims, Colmar, Nice ou Menton ont entrepris de désinfecter leurs rues à l'eau de Javel diluée, s'inspirant d'une pratique en vigueur en Chine, en Corée du Sud et dans certaines villes africaines. Une pratique pourtant jugée « inutile et dangereuse pour l'environnement » par les Agences régionales de santé (ARS), avec notamment le risque pour les cours d'eau où peuvent s'écouler les désinfectants utilisés.

Alors oui, la pollution atmosphérique a drastiquement diminué en Chine et en Europe en raison de l'effondrement des transports et de l'arrêt de nombreuses usines polluantes. Mais l'environnement ne sortira pas forcément gagnant de la crise du coronavirus.