Sous l’effet du réchauffement climatique, la glace de mer arctique fond. Mais des chercheurs nous apprennent aujourd’hui qu’inversement, la fonte de la glace de mer peut provoquer un réchauffement climatique brutal. Une rétroaction plutôt inquiétante dans le contexte de changement climatique anthropique que nous vivons actuellement.


au sommaire


    Il y a plusieurs décennies, des carottes glaciaires du Groenland ont montré des fluctuations rapides du climat au cours de la dernière période glaciaire -- il y a entre 10.000 et 110.000 ans -- qu'a connue la Terre. Les températures de la calotte ont alors pu atteindre les 16,5 °C ! Mais les chercheurs peinent à expliquer les causes de ces événements dits de Dansgaard Oeschger (ou événements D-O).

    Aujourd'hui, de nouveaux travaux menés par l’université de Copenhague (Danemark) montrent que ces changements climatiqueschangements climatiques brutaux pourraient avoir été liés à un déclin rapide et étendu de la couverture de glace de mer dans les mers du nord de notre hémisphère. Un résultat qui revêt une importance particulière alors que la glace de mer recule de nouveau de manière marquée.

    « Nous avons étudié les changements dans la couverture de glace de mer au cours de la dernière période glaciaire dans des carottes marines et de glace », explique Helle Astrid Kjaer, climatologueclimatologue à l'Institut Niels BohrNiels Bohr (Danemark), dans un communiqué. Les chercheurs ont notamment observé la relation entre des moléculesmolécules organiques spécifiques produites par les alguesalgues vivant dans la glace de mer et d'autres produites par des algues vivant dans les eaux libres de glace.

    Dans les années 1980, Willie Dansgaard (université de Copenhague) et Hans Oeschger (université de Berne) sont les premiers à déceler des cycles de variations de température surprenantes dans des forages effectués au Groenland. Leur nom sera donné au cycle court – réchauffement brutal de 10 °C au moins en quelques dizaines d’années seulement dans l’hémisphère nord. Des chercheurs de l’université de Copenhague (Danemark) pensent aujourd’hui avoir trouvé une explication à ces cycles dans la fonte des glaces de mer. © ENS Lyon
    Dans les années 1980, Willie Dansgaard (université de Copenhague) et Hans Oeschger (université de Berne) sont les premiers à déceler des cycles de variations de température surprenantes dans des forages effectués au Groenland. Leur nom sera donné au cycle court – réchauffement brutal de 10 °C au moins en quelques dizaines d’années seulement dans l’hémisphère nord. Des chercheurs de l’université de Copenhague (Danemark) pensent aujourd’hui avoir trouvé une explication à ces cycles dans la fonte des glaces de mer. © ENS Lyon

    Une boucle de rétroaction inquiétante

    « Grâce à la haute résolutionrésolution de nos données, nous pouvons voir que les mers nordiques, au cours des changements climatiques rapides de la période glaciaire -- les événements D-O --, passent d'une couverture de glace toute l'année à une couverture de glace saisonnière. Ce sont des connaissances que nous pouvons appliquer pour mieux comprendre comment le déclin de la glace de mer que nous observons aujourd'hui peut avoir un impact sur le climat dans l’Arctique », poursuit Helle Astrid Kjær.

    Ces travaux montrent en effet que la glace de mer a pu, par le passé, décliner de manière importante, en moins de 250 ans. Simultanément, les eaux des océans se sont mélangées. Un excès de chaleurchaleur a été libéré dans l'atmosphèreatmosphère, entraînant un soudain réchauffement du climat.

    Voir aussi

    Réchauffement climatique : la fonte des glaces aux pôles est six fois plus rapide qu’il y a 30 ans

    Selon les chercheurs de l'université de Copenhague, la glace de mer constitue donc « un élément de basculement » dans un système océan-glace-climat très étroitement couplé. Une information cruciale à l'heure où, en réponse au réchauffement climatique anthropique, la superficie de l'océan ArctiqueArctique couverte par la glace de mer diminue rapidement. Un phénomène qui donc, à en croire ces derniers travaux, pourrait entraîner... un changement climatique soudain !