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La vague miniaturisée des espions électroniques inquiète la Cnil

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Alors que le gouvernement français envisage de multiplier le nombre de caméras de surveillance dans le cadre d'une meilleure sécurisation du territoire, la Cnil (Commission nationale de l'informatique et des libertés) annonce ses inquiétudes face à cette vague miniaturisée d'espions électroniques ainsi que la menace qui pèse sur la protection de nos données et de notre liberté.

Caméra de surveillance.

Le rapport annuel de la Cnil, publié lundi dernier, mentionne en effet que si en 2005, 300 déclarations de mise en place de caméras de surveillance avaient été officiellement introduites, ce nombre a été porté à 880 en 2006 alors que parallèlement, le nombre de demandes d'autorisation pour des dispositifs de biométrie étaient multiplié par dix. Son président, Alex Türk, y précise : "L'innovation technologique est à la fois porteuse de progrès et de dangers. Les individus sont tentés par le confort qu'elle procure, mais ils sont peu conscients des risques qu'elle comporte. Ils ne se préoccupent guère de la surveillance de leurs déplacements, de l'analyse de leurs comportements, de leurs relations, de leurs goûts".

Le perfectionnement continu des techniques de surveillance n'est pas étranger à cette explosion d'espions électroniques, dont les yeux de silicium sont sollicités dans un éventail de cas sans cesse accru, non seulement pour la surveillance, mais aussi dans la technique marketing allant jusqu'au comptage de clients entrants ou sortants ou dans la traque de colis abandonnés ou suspects...

Des mesures appropriées

Désireuse de classifier les demandes d'autorisation en fonction de leur pertinence, la Cnil a adopté en avril 2006 des procédures simplifiées dans trois cas : l'accès aux restaurants scolaires par reconnaissance du contour de la main et l'accès aux lieux de travail par la même méthode ou par identification de l'empreinte digitale, à condition que ces données ne soient enregistrées que sur un support individuel.

Parmi les autres domaines de surveillance figure la géolocalisation des véhicules des salariés d'entreprise, rendue aisée grâce au système GPS. Ouvrons ici une petite parenthèse pour signaler que le fait de disposer d'un récepteur GPS dans votre véhicule ne vous rend pas "repérable" comme on l'entend dire trop souvent, car l'appareil ne se comporte qu'en récepteur passif et ne communique pas votre position. Il faudrait pour cela que soit annexé un dispositif émetteur qui répercute les données vers un destinataire, par exemple via le réseau GSM.

Aussi, la Cnil a adopté en 2006 une recommandation destinée à restreindre l'usage d'un tel dispositif dans les seuls cas où il est rendu nécessaire pour la sécurité de l'employé ou du véhicule lui-même ainsi que de la marchandise qu'il transporte, en souhaitant que le salarié soit préalablement informé de cette surveillance, car "il n'est pas question d'espionner ses heures de travail ou de contrôler sa vitesse", mentionne le rapport.

Autre inquiétude soulevée par la Cnil, l'invisibilité de la technologie de collecte et de traitement des données. En premier lieu, le rapport dénonce la possibilité sans cesse accrue de tracer le comportement des individus dans divers cas comme leurs déplacements dans les transports en commun, leurs préférences à travers leurs consultations sur internet ou leurs communications téléphoniques. Si celles-ci passent par un téléphone portable, l'endroit précis où il se trouve peut aussi être connu.

Mais aussi, les nanotechnologies permettront bientôt de dissimuler complètement une technologie informatique en la réduisant à l'échelle du millionième de millimètre, et Alex Türk craint de voir les règlements suggérés par la Cnil complètement submergés et contournés par ce qu'il qualifie de "nouvelle vague miniaturisée".

Le nerf de la guerre…

Mais au-delà de ces prévisions, Alex Türk se lamente du peu d'importance accordé par le gouvernement à la Commission. Alors que les demandes explosent, les moyens alloués à la Cnil, rattachée au budget de la Justice, stagnent. Et de signaler que sur les 27 organismes similaires de contrôle européen, celui de la France arrive bon dernier, enterré derrière ceux de pays comme la Roumanie et la Pologne...

"Quand nos collègues allemands sont 400 et nos voisins britanniques 250, en France la Cnil ne dispose que de 95 collaborateurs. A l'occasion de la mise en oeuvre du budget 2008, nous allons demander un doublement de nos moyens sur les cinq ans à venir", annonce Alex Türk. "Pendant la campagne électorale, le candidat Nicolas Sarkozy s'était prononcé en faveur d'une augmentation de notre budget", ajoute-t-il en forme d'espoir.