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Des micro-ondes pour neutraliser un véhicule à distance

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Dans quelques années, les policiers pourraient utiliser un faisceau d'énergie pour stopper à distance n'importe quel véhicule présentant un danger potentiel immédiat, sur terre ou sur l'eau.

Principe du dispositif installé sur un véhicule de police. Crédit : Eureka Aerospace

Si le radar et le laser, couplés à la prise de vues et des systèmes informatiques permettent déjà d'identifier et localiser n'importe quel véhicule, il n'est toutefois pas possible - sauf dans de rares cas - de les neutraliser sans interception physique. Le dispositif imaginé et présenté par James Tatoian, cadre supérieur de la firme Eureka Aerospace à Pasadena (Californie), nommé le High Power Electromagnetic System, pourrait pallier cet inconvénient.

« Depuis les années 1970, chaque voiture comporte un certain nombre de systèmes de contrôle reposant sur l'emploi de microprocesseurs qui organisent le fonctionnement de l'allumage électronique et de l'injection d'essence ainsi que d'autres systèmes essentiels de chaque véhicule, rappelle Tatoian. Si vous introduisez un courant électrique parasite dans leurs câblages, cela provoque des perturbations en cascade qui perturbent ou même peuvent griller ces microprocesseurs. »

Si cette idée de base peut être réalisée aisément par un flux de micro-ondes, l'innovation consiste à focaliser et diriger précisément l'émission de façon à n'atteindre que la cible visée, évitant tout dommage envers les autres moyens de transport ou des téléphones portables des piétons. James Tatoian précise que si le programme de recherches est essentiellement financé par l'Armée américaine, les retombées dans le domaine civil apparaissent clairement.

Selon le service de recherches de la société, aucun effet dommageable n'est à craindre envers les personnes situées accidentellement dans le faisceau. Sa fréquence d'émission est calculée de façon à perturber certaines fonctions précises du véhicule, à savoir les plus vulnérables telles l'allumage ou l'ordinateur de bord. Pour les premiers essais, l'émetteur a été fixé sur le toit d'un véhicule terrestre, et s'est montré capable de griller des microprocesseurs jusqu'à une distance de 100 mètres.

« Il est intéressant de savoir que chaque véhicule possède sa propre plage de fréquences vulnérables, qui peut varier de 350 à 1.300 MHz, explique Tatoian. Le scénario idéal serait celui où les poursuivants connaissent la marque et le type exact de la cible, afin de régler le dispositif émetteur le plus sélectivement possible. »

Encore bien lourd

L'émetteur se présente actuellement sous la forme d'un boîtier de 1 m x 1,30 m pesant environ 100 kg, et ce canon futuriste n'est donc utilisable que depuis un véhicule, voiture, bateau ou hélicoptère. Des efforts de miniaturisation se poursuivent cependant. La réalisation d'un appareil portatif et individuel paraît encore assez éloignée... tout comme l'était celle de radars à main il n'y a pas si longtemps.

Cependant, rien ne s'oppose techniquement à l'utilisation immédiate de l'appareil par divers services de sécurité, comme les garde-côtes, où il pourrait aider efficacement à la lutte contre la contrebande. Une autre option envisage d'en doter l'armée ou les dispositifs de contrôle douanier afin de stopper à distance les véhicules dont le conducteur refuse d'obtempérer.

Tatoian insiste aussi sur la sécurité apportée par le High Power Electromagnetic System par rapport à d'autres méthodes couramment utilisées par les forces de l'ordre pour stopper un véhicule en fuite, telles les herses déployées en travers de la route ou même le fait de tirer dans les pneus. Dans ces cas, précise-t-il en substance, le véhicule roulant à grande vitesse devient brutalement incontrôlable et risque de provoquer un grave accident, tandis que la neutralisation de ses organes électroniques entraîne un arrêt progressif.

Mais plusieurs difficultés restent à résoudre avant l'utilisation du système. Par exemple, l'utilisation de la fréquence vulnérable propre aux différents véhicules n'a pu être testée que sur 13 voitures, chaque modèle demandant une analyse poussée avant application de ce principe. D'autres facteurs difficilement contrôlables entrent encore en ligne de compte, comme l'usage de plus en plus répandu de matériaux composites mauvais conducteurs d'énergie, ou les nombreuses couches de rouille ou de peinture perturbant le faisceau micro-ondes.