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Maker Faire européen : le salon du bricolage high-tech !

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Par Sylvain Biget, Futura

La toute première grande messe européenne des « makers », c'est-à-dire, de tous ceux qui aiment fabriquer, bidouiller, créer des objets, s'est tenue à Rome du 3 au 6 octobre. Cette Maker Faire rassemblait environ 200 exposants, venus montrer au public leurs réalisations et échanger des informations sur leurs savoir-faire. Futura-Sciences s'est rendu sur place. Reportage.

ghParmi les 200 exposants provenant de toute l'Europe et rassemblés à Rome pour ce premier Maker Faire d'envergure, les Français étaient une quinzaine. Parmi les créateurs d'objets connectés ou animés par des cartes électroniques Arduino, deux fabricants d'imprimantes 3D pliables se sont distingués. © Sylvain Biget, Futura-Sciences

Alors qu'aux États-Unis, les Maker Faire sont devenus en moins de sept ans des événements incontournables et connus du grand public, en Europe, c'est à Rome du 3 au 6 octobre, que s'est tenu le premier grand rassemblement de « makers ». Ainsi, ils étaient près de 200 exposants rassemblés au palais des congrès pour ce Maker Faire européen. Amateurs éclairés, artisans, fabricants d'imprimantes 3D, programmeurs, artistes ou encore designers se sont côtoyés pour faire découvrir et partager leurs créations et leur envie de construire. Leur philosophie ? Le DIY, autrement dit, le Do It Yourself, « faites-le vous-même ».

Ce rassemblement fut également l'occasion de tenir un certain nombre de conférences dressant l'état des lieux du mouvement. Ainsi, Bruce Sterling, auteur de romans de science-fiction dans la mouvance cyberpunk, considère que les makers se trouvent désormais à la croisée des chemins entre la continuité du « libre » et l'envie d'en tirer profit en fermant leur technologie, comme le font les industriels. Même son de cloche, pour Josef Prusa, le créateur de la RepRap (l'une des premières imprimantes 3D autoréplicable), qui mise toutefois sur la force de l'open source.

Intel s’infiltre chez les makers

Il faut dire qu'un loup s'est invité dans la bergerie. Le fondeur Intel a en effet réussi le coup de maître de se faire accepter et intégrer par la communauté des créateurs de l'Arduino, cette carte électronique que les builders affectionnent particulièrement. Le fondeur avait même envoyé sur place son grand patron, Brian Krzanich, qui s'est défini lui-même comme un maker passionné de cet univers créatif. Intel était surtout là pour dévoiler sa propre plateforme en open source Galileo, dotée d'une puce faible consommation Quark 1.000 et entièrement compatible avec Arduino.

Sur les différents stands, quelques inventions étaient animées par cette plateforme, à l'image d'un amusant détecteur de réseaux sociaux conçu par des chercheurs du Copenhagen Institute of Interaction Design au Danemark. Pour le reste, au fil des stands, les bidouilleurs en tout genre montraient à une fourmilière de jeunes collégiens et lycéens leurs inventions. Au total, plus de 30.000 visiteurs ont fait le tour du salon.

Réunir Massimo Banzi (à gauche), le fondateur d’Arduino, et sa communauté d'adeptes de l'open source avec Brian Krzanich (à droite), le patron d’Intel, est assez inattendu. Les deux personnalités ont pourtant travaillé de pair pour dévoiler une carte électronique baptisée Galileo, équipée d'une puce Quark 1.000 à faible consommation conçue par Intel. L’arrivée d’un industriel dans l’univers des makers reste toutefois inédite. © Sylvain Biget, Futura-Sciences

Les Français et leurs imprimantes 3D pliables

Parmi les 200 exposants, les Français étaient venus en nombre, et la spécialité de ces constructeurs semble être l'imprimante 3D pliable et transportable. Ainsi, la FoldaRap d'Emmanuel Gilloz est l'un des seuls et premiers modèles français d'imprimante 3D. Le jeune créateur de cette imprimante a débuté son activité en 2010 en reproduisant une RepRap« Comme c'était très nouveau, je l'emmenais partout avec moi pour la montrer. Le souci, c'est qu'elle pesait alors sept kilos et qu'elle était encombrante. J'ai donc décidé d'en faire un modèle simplifié, rigide et facilement démontable, pour être transporté. Cette imprimante pliable ne pèse plus que trois kilos », explique-t-il. Après cette expérience de conception collaborative, le jeune homme a décidé de se lancer dans la production d'imprimantes pour les vendre. Pour recueillir des fonds, il a fait appel à un financement participatif. « J'ai commencé par construire 10 imprimantes, puis 30... Depuis, j'en ai vendu 130 ! »

La FoldaRap est une imprimante 3D pliable conçue par Emmanuel Gilloz, un jeune créateur français. Ses kits d’imprimantes 3D à assembler sont vendus 600 euros. Pour lui, l’univers de l’open hardware est très stimulant pour les inventeurs. « Après la conception collaborative et le financement participatif, il a fallu mettre au point la “production distribuée” pour fabriquer un volume d'imprimantes 3D suffisant », confie-t-il. © Sylvain Biget, Futura-Sciences

Pour cela, il lui a fallu également inventer un moyen de production expérimental très différent des schémas classiques. « J'achète certains éléments que je ne peux pas fabriquer, comme les pièces mécaniques, les moteurs, la visserie. Pour ce qui est des pièces en plastique, sachant qu'il faut 20 h pour imprimer un kit complet, pour gagner du temps, je fonctionne donc en réseau avec les personnes qui possèdent une imprimante 3D. Je leur achète les pièces qu'ils produisent à la demande. C'est un modèle de "production distribuée", autrement dit, tout à fait en accord avec la philosophie de l'open hardware. »

La philosophie du chacun pour soi commence à s'installer

Emmanuel Gilloz a également expliqué à Futura-Sciences qu'en quelques années, le milieu des fabricants d'imprimantes 3D en open source a modifié sa philosophie originelle. « Au début, tous les éléments pour concevoir soi-même une imprimante 3D étaient mis à disposition de la communauté. Aujourd'hui, les constructeurs livrent toujours tous les détails techniques et les fichiers 3D permettant de créer les pièces en plastique. Toutefois, ils se gardent bien d'expliquer comment se procurer les autres éléments, ce qui leur permet d'inciter les personnes intéressées à acheter leurs propres kits, plutôt que de se lancer tout seuls dans l'aventure », ajoute-t-il. Ce n'est cependant toujours pas l'état d'esprit d'Emmanuel Gilloz qui fournit, « la recette de cuisine, les ingrédients, leur quantité et surtout les endroits où les trouver ».

Sur un stand situé pratiquement en face du constructeur, se trouve Adrien Grelet, un autre fabricant d'imprimantes 3D. Baptisé Tobeca 3D Printer, son modèle est également pliable et transportable. Un peu plus grande que la FolderRap, la machine est protégée par un boîtier en bois, pour éviter de l'endommager durant le transport. Son prix est de 700 euros pour un kit à assembler, ou de 900 euros pour une imprimante 3D clé en main. Il en a déjà vendu 30 depuis le mois de mars.

Un robot humanoïde imprimé en 3D

Parmi les autres makers français, un stand attirait particulièrement l'attention des jeunes visiteurs, avec un buste de robot humanoïde, doté de deux bras articulés. Il s'agit du projet de robot InMoov, en open source. Son concepteur, Gaël Langevin n'avait que son métier de sculpteur et la volonté de créer un robot humanoïde digne de Star Wars, lorsqu'il s'est lancé dans l'aventure. Il nous l'a avoué : « En 2012, je n'y connaissais absolument rien en matière de robotique et d'électronique. Mes proches me prenaient pour un fou et n'auraient jamais cru que je puisse construire un robot fonctionnel. Grâce à Internet, j'ai pu rencontrer des amateurs d'open source qui m'ont aidé à développer l'électronique du robot, la partie logicielle, etc. »

Toutes les pièces en plastique de InMoov, le robot de Gaël Langevin, ont été réalisées grâce à une imprimante 3D. Le robot est animé par des petits moteurs utilisés en modélisme et son « système nerveux » repose sur une carte Arduino. Il est pilotable grâce à un logiciel de reconnaissance vocale conçu en open source. InMoov est même doté d’un système de suivi et de reconnaissance des visages. © Sylvain Biget, Futura-Sciences

Le robot est articulé par des petits moteurs que l'on retrouve en modélisme, et les pièces en plastique ont toutes été conçues à partir d'une imprimante 3D. Aujourd'hui, son projet InMoov est bien avancé. En tout cas, la démonstration laisse bouche bée les collégiens rassemblés autour du robot, quand il exécute des gestes précis selon des ordres donnés via un casque avec micro par Gaël Langevin. Avec ses petits capteurs vidéo en guise d'yeux, il est aussi capable de suivre du regard un visage grâce à un logiciel programmé en open source.

S'il est loin d'être terminé, le robot se développe progressivement. « Depuis peu, j'ai installé un Kinect qui lui permettra d'identifier des objets en 3D et de les mémoriser », commente-t-il en montrant un second buste de robot conçu par un maker italien sur un autre modèle. Avant d'ajouter, « ces deux robots fonctionnent en réseau. Ce que l'un apprend, l'autre le sait automatiquement ». Alors que les humains s'évertuent, non sans difficultés, à chercher à maintenir des modèles collaboratifs pour partager leurs compétences, les robots qu'ils ont conçus ont déjà de l'avance !

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