À gauche, le sujet, porteur d'un casque EEG, vient de penser à bouger ses pieds. En guise de confirmation du message envoyé (un « 0 » en l'occurrence), la balle et la barre de l'écran sont descendues vers le bas. L'information est transmise sur le réseau Internet (par courrier électronique) au destinataire (à droite), équipé d'un dispositif transmettant des signaux magnétiques à son cerveau. Selon que l'expéditeur a envoyé un « 1 » ou un « 0 », il percevra, ou non, un illusion lumineuse. © 2014 Grau et al.

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Une expérience de télépathie… par courrier électronique

ActualitéClassé sous :technologie , télépathie , transmission de pensée

Une équipe internationale revendique la première réussite de transmission de pensée entre deux personnes. Sans prononcer une seule parole ni bouger un membre, sans qu'un signal sonore, lumineux ou tactile soit émis, les interlocuteurs ont pu échanger un « bonjour » et un « au revoir ». Une pensée transmise de cerveau à cerveau, donc, entre l'Inde, l'Espagne et la France, qui plus est via Internet. L'expérience, toutefois, reste très limitée.

L'un est en Inde, à Thiruvananthapuram. L'autre est à Strasbourg. Les deux portent sur la tête un casque. Le premier pense très fort soit à bouger les mains, soit à remuer les pieds. Son activité cérébrale est détectée et analysée par un ordinateur. Le code résultant est expédié par courrier électrique au second, dont le casque émet une stimulation magnétique transcrânienne (TMS). Il perçoit alors (du moins parfois) des illusions lumineuses, des « phosphènes », comme si une lumière apparaissait de son champ visuel. Il peut ainsi comprendre ce que voulait dire l'expéditeur.

Cette étonnante expérience de télépathie a été réalisée par une équipe de chercheurs de l'université de Barcelone, de l'entreprise espagnole Starlab, de l'entreprise française Axilum Robotics (Strasbourg) et de l'école médicale de Harvard, aux États-Unis. Réitéréeentre l'Espagne et la France et sous deux formes différentes en mars et en avril 2014, elle repose sur des techniques maintenant connues.

Des casques EEG (électro-encéphalographes)peuvent recueillir suffisamment d'informations de l'activité cérébrale pour que leur analyse puisse permettre de déterminer des pensées très simples, comme bouger un membre. On sait, de cette manière, envoyer des ordres à une machine par le seul effort de la pensée. L'ouverture du Mondial de football par un exosquelette commandé de cette manière est un exemple et certains veulent même piloter des avions sans les mains ni les pieds...

Localisation des stimulations sur le cerveau du receveur (à gauche). Les deux autres images montrent l'orientation du signal magnétique pour produire (en orange) ou ne pas produire (en rouge) l'illusion visuelle d'un phosphène. © 2014 Grau et al.

Une transmission de pensée très binaire

Ici, il faut aller un cran plus loin à la réception, car la personne a elle aussi un casque sur la tête et aucun signal, ni lumineux, ni sonore ni tactile, ne lui est transmis. Là encore, l'expérience n'est pas nouvelle. En 2013, à l'université de Washington, un chercheur a pu d'une manière semblable indiquer à un collègue, installé dans une autre pièce, le moment où il fallait appuyer sur une touche du clavier dans un jeu vidéo. Mieux, la même année, une autre équipe, internationale, mettait en relation deux cerveaux de rats pour que l'un apprenne plus vite ce que l'autre avait déjà compris. Mais il avait fallu planter des électrodes dans le cerveau de ces animaux.

Les résultats semblent impressionnants et spectaculairement renforcés par la distance et l'utilisation du courrier électronique. L'expérience reste cependant assez limitée. L'émetteur ne peut produire qu'un signal binaire : « 0 » quand il pense à bouger les pieds et « 1 » quand il pense à remuer les mains. L'équipe a sophistiqué l'expérience dans une seconde version en se servant de ce signal pour coder un mot, « hola » (bonjour en catalan) ou « ciao » (au revoir en italien). Le destinataire devait connaître le code pour comprendre le mot. On n'est pas loin du Morse. Les chercheurs annoncent un taux d'erreurs total assez faible, de 15 % seulement.

Les résultats viennent d'être publiés dans la revue scientifique gratuite Plos One, qui, comme c'est l'usage, signale les conflits d'intérêt qui concernent les auteurs de l'étude appartenant à deux entreprises, Axilum Robotics et Starlab, toutes deux fabricantes de matériels et pour lesquelles cette réussite assure une certaine promotion. Le travail s'inscrit néanmoins dans un courant de recherche régulièrement alimenté ces dernières années. Qu'en sortira-t-il ?