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Un smartphone peut prédire un tremblement de terre

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Marc Zaffagni, Futura-Sciences

Mettant à profit les accéléromètres équipant tous les smartphones, l’université de Berkeley veut collecter des informations sur les secousses sismiques qu'ils peuvent détecter, afin, dans un premier temps, de mieux comprendre les séismes et leur propagation. À terme, l’application MyShake pourrait aussi servir d'alerte quelques précieuses secondes avant que la terre ne tremble.

L'application MyShake peut détecter un séisme de magnitude 5 ou davantage dans un rayon de 10 km. La collecte de ces informations serait précieuse pour les sismologues, qui disposeraient ainsi d'une sorte de réseau de sismographes supplémentaire. © Hakandogu, Shutterstock

Il y a presque un an, un terrible tremblement de terre frappait le Népal, faisant plus de 7.500 victimes. Il y a seulement quelques jours, la terre a tremblé du côté de Taiwan (magnitude de 6,5), entraînant la mort de 116 personnes. Le jour de la Saint-Valentin, c'est sous la mer, à 17 kilomètres de la ville de Christchurch en Nouvelle-Zélande, qu'un séisme de magnitude 5,8 s'est produit. Aucune victime cette fois, mais un spectaculaire effondrement d'une falaise (voir la vidéo amateur reprise par 20minutes.fr).

Ces exemples parmi tant d'autres nous rappellent régulièrement que plusieurs centaines de millions de personnes vivent dans des zones présentant un risque sismique plus ou moins important. Or, un grand nombre d'entre elles possèdent ou possèderont un jour un smartphone qui pourrait bien leur sauver la vie. En Europe, le réseau du CSEM (Centre de sismologie euro-méditerranéen) utilise depuis longtemps le réseau Internet ainsi que les smartphones pour une « sismologie citoyenne ». L'application LastQuake permet d'être prévenu du dernier séisme mais aussi, pour les témoins d'un évènement, d'envoyer des informations et des photographies. D'une manière générale, les réseaux sociaux transmettent désormais une copieuse quantité d'informations sur les séismes, exploitable par les sismologues, comme en témoigne par exemple l'avalanche de tweets lors du séisme de mars 2011 au Japon.

Mais les smartphones peuvent aussi, par eux-mêmes, détecter les secousses sismiques. C'est l'idée qu'explore Richard Allen, directeur du laboratoire de sismologie de l'université de Californie à Berkeley (États-Unis). En partenariat avec l'opérateur allemand Deutsche Telekom, il a créé avec son équipe une application mobile destinée à détecter les séismes.

L’application MyShake est déjà disponible gratuitement sur Android. Pour que son fonctionnement soit optimal, il faut que le smartphone soit placé sur une table ou un meuble stable. © UC Berkeley Seismologicial Laboratory

L’accéléromètre d’un smartphone est très sensible

MyShake, c'est son nom, collecte les données issues de l'accéléromètre, un capteur présent dans la plupart des smartphones. C'est lui qui sert à déterminer si la personne tient son mobile dans le sens de la hauteur (portrait) ou de la largeur (paysage) pour adapter l'affichage en conséquence. Ce capteur est aussi utilisé par les applications d'activité physique pour déterminer si une personne se déplace, et à quelle vitesse. Plusieurs équipes de chercheurs ont démontré comment la lecture des données émises par l’accéléromètre peut servir notamment à identifier un terminal mobile, à enregistrer tout ce qui est tapé sur le clavier d’un ordinateur voire à pirater les codes secrets depuis une montre connectée.

L'application MyShake est capable de distinguer un mouvement normal d'une secousse sismique. Elle peut détecter un séisme d'une magnitude supérieure à 5 dans un rayon de 10 kilomètres. Les données sont collectées puis transmises aux serveurs de l'université de Berkeley. Les chercheurs vont alors les exploiter pour parfaire leur connaissance des phénomènes sismiques et étudier la manière dont les bâtiments réagissent. Selon Richard Allen, ce système d'information participatif va améliorer les réseaux sismiques existants en fournissant une cartographie beaucoup plus fine. De quoi perfectionner les systèmes d'alertes préventives dans les pays qui en disposent.

« Mais dans d'autres régions du monde où il n'y a pas de réseaux sismiques traditionnels, il y a toujours des millions de smartphones. Et donc, MyShake pourrait aussi apporter ce type d'alertes préventives à ces régions », estime le professeur Allen. Selon lui, plus le nombre de participants sera élevé, plus la précision sera importante. Il sera alors possible de faire évoluer MyShake pour en faire un système d'alerte à part entière, capable d'envoyer une alerte quelques secondes avant qu'un tremblement de terre ne frappe. Quelques secondes qui pourraient suffire à sauver un grand nombre de vies. L'application est disponible gratuitement pour les smartphones Android sur Google Play. Une version iOS est en préparation.

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