Tech

Un « robot lycéen » testé à la rentrée en Rhône-Alpes

ActualitéClassé sous :robotique , robots , lycée

À la prochaine rentrée scolaire, trois lycées de la région Rhône-Alpes accueilleront un robot qui permettra à des élèves absents pour des raisons de santé de suivre les cours et d'interagir avec le professeur et les élèves. Le robot vient des États-Unis, mais la partie logicielle a été développée par la société française Awabot. Pierre Bezina, directeur de la direction des politiques territoriales à la région Rhône-Alpes, et Jérémie Koessler, directeur technique d'Awabot, ont répondu aux questions de Futura-Sciences.

QB le robot voit et écoute. Il peut assurer une téléprésence utilisable dans de multiples situations. En Rhône-Alpes, l'expérience, originale, porte sur l'aide à des élèves empêchés (pour de bonnes raisons...) de venir à l'école. © Anybots

C'est un élève un peu spécial qui fera sa rentrée en septembre prochain dans trois lycées de la région Rhône-Alpes. Il s'agit d'un robot qui joue les doublures pour des étudiants temporairement absents en leur offrant la possibilité de suivre les cours à distance et d'interagir en temps réel avec leurs enseignants et les autres élèves. Trois robots seront installés dans trois lycées pilotes : le lycée La Martinière-Monplaisir à Lyon, le lycée Claude-Fauriel à Saint-Étienne et le lycée Joseph-Marie-Carriat à Bourg-en-Bresse.

L'expérimentation se déroulera sur deux années scolaires complètes avec un budget de 490.000 euros financé par la région Rhône-Alpes, à l'initiative du projet. Pierre Bezina, directeur de la direction des politiques territoriales, a expliqué à Futura-Sciences que « l'idée de ce projet est de faire en sorte que l'enfant ne perde pas le contact avec son environnement social ».

Un logiciel open source développé en France

Le robot, nommé QB, est commercialisé par la société américaine Anybots pour 12.600 euros. Cet engin à l'allure assez simple est juché sur deux roues stabilisées par un système gyroscopique. Une sphère perchée sur un mât ajustable en hauteur (de 80 centimètres à 2 mètres) fait office de tête dans laquelle se trouvent un écran LCD, deux caméras, trois microphones et un haut-parleur. Il est connecté à un serveur par une connexion Wi-Fi chiffrée. Le QB, qui ne pèse que 14,5 kilogrammes, pourra être facilement déplacé pour changer de classe, s'installer au réfectoire ou dans la cour de récréation. L'élève qui le pilote pourra ainsi rester en contact avec ses camarades.

Toute la plateforme logicielle de téléprésence a été développée en France par la société Awabot basée à Villeurbanne. Elle a été créée en 2011 par Bruno Bonnell (président du Syrobo, syndicat des professionnels de la robotique) et se spécialise dans les interfaces homme-machine au travers de solutions logicielles et de robots de téléprésence. « Cette plateforme sera open source et indépendante du robot utilisé. Il sera possible de contrôler et de gérer les robots ainsi que les utilisateurs », nous a expliqué Jérémie Koessler, le directeur technique d'Awabot.

Le robot QB, fabriqué par Anybots, est équipé d’un système gyroscopique pour maintenir l’équilibre sur ses deux roues. Son écran LCD, ses deux caméras, ses microphones et son haut-parleur permettent à l'élève absent d'interagir à distance avec ses professeurs et ses camarades de classe. © Anybots

Chacun des lycées pilotes sera équipé d'un réseau sans fil Wi-fi auquel le robot QB pourra se connecter. De son côté, l'élève utilisera un PC portable fourni par la région, mais il devra disposer d'une connexion à Internet à haut débit. « Le robot est piloté par l'élève depuis chez lui grâce au clavier de son ordinateur », explique le directeur technique d'Awabot, ajoutant que la communication entre l'élève et le professeur se fait par un système de visioconférence IP.

D'ici à la rentrée prochaine, un travail préparatoire sera mené sur les critères de sélection des élèves et « l'acceptabilité sociale » de ce concept de téléprésence. « Elle doit être totale, aussi bien de la part de la famille que du corps enseignant et des élèves », souligne Pierre Bezina. Il faudra également définir les durées minimale et maximale, ainsi que les conditions d'une absence pouvant justifier l'usage du robot. « Nous souhaitons que ce substitut soit limité dans le temps. On ne veut pas partir sur de longs mois ou une année scolaire complète. » Pour autant, un simple rhume ne sera pas une raison suffisante pour avoir droit au QB !

Beaucoup d'autres applications possibles

À l'avenir, il n'est pas exclu que cette technologie puisse être étendue à d'autres domaines. « Nous avons l'impression d'avoir ouvert une boîte de Pandore, dans le bon sens du terme », se réjouit Pierre Bezina. Il souligne que la région Rhône-Alpes étant propriétaire de cet outil logiciel, celui-ci pourrait évoluer vers d'autres usages. « Ce qui vaut pour un lycée vaut pour un collège ou une université. Le principe de l'artefact robotique peut s'appliquer à de nombreux domaines, notamment en entreprise », poursuit-il.

Il faut savoir que le tissu économique de la région compte une cinquantaine d'entreprises spécialisées en robotique et 1.500 autres ayant des compétences en mécanique, électronique et capteurs, matériaux intelligents, logiciels et informatique embarquée. Pour cette raison, les pouvoirs publics locaux ont privilégié la robotique dans leur plan d'action 2014-2020 (accompagnement des entreprises et offre de formation).