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Roland Moreno disparaît, la carte à puce est orpheline

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L'inventeur aux cheveux fous, le « professeur Nimbus », Roland Moreno, donc, dont le nom restera à jamais associé à la carte à puce, s'est éteint ce weekend à l'âge de 66 ans. Il laisse des idées, des livres... et des puces.

La théorie du bordel ambiant, ici illustré par Gotlib pour les éditions Le livre de poche (l'ouvrage est initialement paru aux éditions Belfond en 1990). Sur la couverture, Superdupont, un superhéros hexagonal des années 1970, brandit une carte de téléphone, très utilisée dans la civilisation d'avant le téléphone portable. © RolandMoreno.com

Qui a inventé un objet qui existe aujourd'hui à des milliards d'exemplaires ? Steve Jobs ? Bill Gates ? Non, Roland Moreno. Carte bancaire, carte Vitale, passe Navigo, carte Sim, les puces intégrées à ces rectangles en plastique et dont les contacts dorés cachent un petit processeur et quelques unités de mémoire pullulent dans nos poches ou nos sacs à main. Même aux États-Unis, où l'on a attendu que les brevets de l'invention tombent dans le domaine public pour compléter d'une puce les primitives bandes magnétiques des cartes bancaires.

Roland Moreno est bien « l'inventeur de la carte à puce ». Cet iconoclaste, homme de lettres et d'électronique, l'invente en 1974, et sa société Innovatron, créée deux ans plus tôt, s'occupe d'en gérer les brevets et de promouvoir des applications. Personne n'y croit guère, alors, et il faudra une petite décennie pour qu'elle prenne corps, d'abord dans des cartes de téléphone et de paiements de parking (la carte « Piaf »).

On ne comprend pas toujours, à l'époque, comment ça marche. S'il y a une puce, il suffit de l'analyser ou d'y connecter des petits fils pour la pirater. Lorsque des journalistes lui posent la question, au siècle dernier, il s'énerve. « C'est comme si vous disiez qu'il suffit d'un photocopieur couleur pour faire de la fausse monnaie. » D'ailleurs, explique-t-il, « l'astuce n'est pas dans le montage du circuit mais dans les échanges entre la carte et le lecteur. Les deux calculent un code et il faut qu'ils trouvent le même. Les brevets portent là-dessus ». Roland Moreno finira, en 2000, par lancer un défi et promettre une récompense à qui réussira à casser la protection de son système. Défi gagné.

Sur le site de Roland Moreno, un extrait du dictionnaire Larousse des noms propres. Il manque la date du décès de l'inventeur de la carte à puce : 29 avril 2012. © RolandMoreno.com

Roland Moreno, l'homme qui aimait les mélanges

Les brevets rapporteront une petite fortune (on parle de 100 millions d'euros) à Innovatron et Moreno mais beaucoup plus encore, après qu'ils furent tombés dans le domaine public, à de vrais industriels, comme GemPlus et Schlumberger.

Roland Moreno n'est pas un business man, il est d'abord un inventeur, au vrai sens du terme. Il bouillonne d'idées. Dès les années 1980, il imagine un logiciel pour aider à trouver des noms de marque, en fabriquant de nouveaux mots, selon certaines règles de prononciation et en s'appuyant dans un vocabulaire connu. Il en racontera le principe, baptisé Le Radoteur, dans une anthologie du désordre : La théorie du bordel ambiant, dont on ne peut que préconiser la (re)lecture.

Il y résume sommairement ses débuts ratés à la faculté de Lettres, au ministère du Travail et au journal Détective, pour aborder ensuite des thèmes bien plus sérieux, comme le logiciel à inventer des nouveaux proverbes, le fonctionnement du système politique ou l'influence de la télévision.

On peut aussi consulter son site Web où, dans Mes Célimènes, Roland Moreno expose les chansons créées par un logiciel apposant des paroles sur une musique, en l'occurrence celle de Jean-Sebastien Bach. Roland Moreno aimait bien les mélanges...