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L'intelligence artificielle (IA) fête ses 50 ans

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Auteur : Internet-Actu - License CC

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C'est en 1956 qu'avait été organisée aux Etats-Unis la "Conférence de Dartmouth", un événement fondateur qui donnera naissance à la discipline de l'"intelligence artificielle" (IA). "Notre but est de procéder comme si tout aspect de l'apprentissage ou de toute autre caractéristique de l'intelligence pouvait être décrit d'une manière suffisamment précise pour être simulé par une machine", écrivaient alors les responsables de l'événement.

HRP-2 : ce robot humanoïde est en fait un instrument de recherche qui servira à tester les logiciels des différents domaines d'intelligence artificielle : locomotion, perception, prise de décision.

Cinquante ans plus tard, un symposium se tenait en Allemagne mi-juin dans le but de faire un bilan de ces "50 ans d'IA" . L'événement avait lieu à l'occasion de l'édition 2006 de la Robocup, une manifestation annuelle internationale qui voit s'opposer des robots autonomes sur des terrains de football miniatures.

Marvin Minsky, l'un des initiateurs de Dartmouth et co-fondateur du laboratoire d'IA du MIT, auprès duquel il est toujours professeur, se montre volontiers critique : "En termes d'IA, moins de progrès a été accompli au cours des 40 dernières années qu'au terme des 10 premières". Il reconnaît toutefois que les choses ne se sont pas déroulées comme on aurait pu l'imaginer : "les choses les plus simples à faire par un humain (par exemple adapter son geste lorsqu'il saisit un objet) se sont avérées extrêmement complexes à reproduire sur une machine, tandis que des choses difficiles pour un humain (comme résoudre un problème d'échec) se sont avérées très simples".

"Mais on ne sait toujours pas faire de machines qui raisonnent", insiste-t-il.

Les grands "défis" de l'IA, tels qu'on les imaginait en 1988. Comme le faisait remarquer un conférencier, tous ont quasiment été résolus, ou sont sur le point de l'être. (crédit : C. Fievet)

Pour Minsky, les chercheurs se sont dévoyés en s'ultra-spécialisant : "Chaque spécialiste a des résultats dans son domaine, mais n'a aucune compétence dans les autres domaines", regrette-t-il. La conséquence : les machines sont très loin de disposer du moindre bon sens qui caractérise la pensée humaine et paraît indispensable à tout raisonnement. Rendant hommage au projet Cyc, le seul au monde dont le but est de constituer une base de connaissance du "bon sens", Minsky n'hésite pas à tancer ses pairs : "Les chercheurs en IA sont des couards ! Des centaines d'entre eux travaillent sur les mêmes sujets, mais quasiment aucun ne veut prendre des risques et choisir des voies moins classiques..."

Aaron Sloman, philosophe et informaticien à l'Université britannique de Birmingham, fait ensuite d'intéressants parallèles entre l'IA et la quête de sens : "La philosophie a besoin de l'IA, notamment quand elle aborde des questions touchant à la notion de volonté ou de conscience ; l'IA a besoin de la philosophie, car elle soulève des questions qui sont forcément de nature philosophique" . "Il est très dommage que la plupart des philosophes soient très ignorants en matière d'informatique et d'IA", ajoute-t-il.

Wolfgang Bibel, pionnier de l'IA en Allemagne et professeur au Darmstadt Institute of Technology se veut pourtant confiant sur l'avenir : "Les progrès de l'IA sont lents mais impressionnants" , assure-t-il. "Nous entrons dans une phase qui sera caractérisée par la meta-connaissance (une meilleure connaissance des processus relatifs au fonctionnement de la connaissance, NDLR), et qui permettra d'aller vers l'apprentissage et le raisonnement ; je suis optimiste car je pense que c'est la bonne voie". "Il est certain qu'il faut approfondir notre façon de représenter la connaissance" , confirme Minsky, qui propose des pistes en ce sens dans son prochain livre.

Si tout le monde s'accorde à dire que l'IA doit se fixer des objectifs ambitieux, on peut cependant relever des différences d'approche entre occidentaux, plus théoriciens, et asiatiques, plus expérimentaux.

Ainsi, pour Sloman, "il est nécessaire au préalable de comprendre en profondeur les choses que nous ne comprenons pas avant d'essayer de les reproduire", Minsky estimant de son côté qu'il vaut mieux "simuler des robots plutôt que les construire".

Mais pour Hiroshi Ishiguro, responsable de l'équipe d'Osaka dans la Robocup et créateur de prototypes de robots humanoïdes parmi les plus avancés au monde, c'est le contraire. C'est en mettant en œuvre le plus tôt possible les technologies disponibles, et en particulier en construisant des robots, que nous progresserons, même s'il faut séparer les initiatives du domaine de la recherche et celles à vocation commerciale. Faisant le distinguo entre androïdes et robots humanoïdes, Ishiguro explique ainsi que les premiers se destinent à la recherche scientifique, tandis que les seconds vont conduire au développement de robots sociaux qui trouveront place dans nos sociétés. Les androïdes conçus par Ishiguro, ressemblant à s'y méprendre à des humains, ont donc avant tout pour but de confronter l'homme à ses créatures, dans le but de mieux cerner la nature des relations inter-personnelles, donc de mieux comprendre l'humain. Et pour le roboticien japonais, nul doute n'est permis : "Les robots humanoïdes vont donner naissance aux prochaines applications majeures de l'IA dans les décennies à venir ; nous allons passer d'une société de l'information à une société de l'information et du robot".

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