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Comment l'île mystérieuse s'est retrouvée sur Google Earth ?

ActualitéClassé sous :informatique , océanographie , Sandy Island

Par Delphine Bossy, Futura

Gare à ceux qui utilisent Google Earth ou Google Maps pour se repérer, ces derniers ne sont pas toujours fiables. Sandy Island, ou île de Sable, n'existe pas, pourtant elle figurait sur Google Earth. Voici enfin les explications de la naissance et de la mort de Sandy Island.

Google Earth aurait-il capturé une scène de crime ? Si cette photo démontre une fois de plus que Google nous surveille de vraiment très près, il faut se méfier. Il subsiste des incohérences dans les cartes fournies par le géant de Mountain View. Il invente même des îles... © Google Earth

En novembre dernier, des scientifiques australiens ont traqué une île fantôme. Ils étaient en mission, étudiant la tectonique des plaques, lorsqu'ils décidèrent de faire un petit détour par Sandy Island. Cette terre figurait sur Google Earth, sur la base de données mondiale des lignes côtières, mais pas sur leurs cartes nautiques. Piqués de curiosité, ils s'y sont donc rendus et ont levé le doute : l'île n'existe tout simplement pas. Google Earth indique pourtant la présence de Sandy Island, en forme d'ellipse, d'environ 25 km de long pour 5 km de large.

D'après le géant de Mountain View, l'île mystérieuse se situe au nord-ouest de la Nouvelle-Calédonie, par 19,22° de latitude sud et 159,93° de longitude est. Mais comment l'île peut-elle figurer sur les cartes si elle n'existe pas ? De sa naissance à sa mort, son histoire nous est enfin dévoilée. Maria Seton, de l'université de Sydney, était à la tête de l'équipe qui a divulgué l'inexistence de cette île. Ce mois-ci, elle publie son rapport d'enquête dans Eos. Voilà près d'un siècle que l'île fantôme est répertoriée. Elle fut observée par l'équipage du Velocity en 1876. En 1908, elle faisait sa première apparition sur une carte nautique britannique.

Sandy Island, vue par Google Earth. Comme l'île n'existe pas, il n'y a pas de photo satellite. On observe seulement le masque en noir et les lignes de contour des côtes. © Google Earth

Qu’en disent les satellites ?

Bien sûr, depuis 1908, nombre d'expéditions ont transité dans la zone. Comme aucune n'a pu trouver Sandy Island, elle a commencé à être retirée des cartes hydrographiques dès les années 1970. Oui, mais elle n'a pas disparu de toutes les cartes, et c'est bien là le problème. Le tracé de l'île mystérieuse a continué à être édité. L'erreur a fini par atterrir dans les bases de données numériques de la World Vector Shoreline Database. Cette base de données est beaucoup utilisée dans le monde entier, parce qu'elle est en accès libre et qu'elle fournit toutes les données bathymétriques et les lignes de côte.

Toutefois, il existe des inexactitudes comme Sandy Island en raison à la fois des erreurs de saisie des données lors de la numérisation et des erreurs dans les cartes manuscrites initiales. Mais lorsque l'équipe australienne a clamé que l'île n'existait pas, certains scientifiques ont exprimé leur scepticisme. La bathymétrie, fournie par le General Bathymetric Chart of the Oceans (GEBCO) ou dérivée des données satellites, rapporte une élévation du niveau de la mer d'un mètre sur l'île. Certaines données satellitaires telles que la température de surface indiquaient aussi la présence d'une île.

Sandy Island, une dérive de pierre ponce

Les données satellite sont traitées à partir d'algorithmes qui utilisent des masques pour différencier la terre de l'océan dans l'interprétation des données. Ces masques sont des grilles qui définissent les lignes de côte numériques basées sur les cartes géographiques, ils n'ont donc fait que propager l'erreur des cartes de base ! Ces artéfacts liés aux grilles sont bien connus. Sur Google Earth, on pouvait apercevoir une forme noire allongée. C'est seulement le masque que l'on voit, puisqu'aucun satellite n'a été en mesure de photographier l'île fantôme. Le capteur Modis suggère même qu'il s'agit d'une zone d'eau profonde !

Maria Seton et ses collègues suggèrent que l'équipage du Velocity aurait pu prendre pour une île... un amas de pierres ponces. Ces amoncellements se forment lorsque la lave se refroidit rapidement, piégeant du gaz à l'intérieur et formant des roches légères qui peuvent flotter. L'été dernier, un volcan sous-marin en éruption qui fait partie des îles Kermadec, le Havre, a provoqué la dérive de pierres ponces d'une superficie de 22.000 km2 ! En raison de l'activité volcanique, Sandy Island se trouve sur une autoroute de pierres ponces. Les courants canalisent ces îlots dans la zone entre les Fidji et la Nouvelle-Calédonie.

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