Marvin Minsky était un pionnier des réseaux de neurones artificiels. Son nom apparaît dans le célèbre ouvrage d'Arthur Clarke 2001, l'Odyssée de l'espace. Ses idées sur l'intelligence artificielle sont présentées dans deux ouvrages : La machine à émotions et La société de l'esprit. © Louis Fabian Bachrach et Mopic, Shutterstock

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Décès de Marvin Minsky : de l’intelligence artificielle à la science-fiction

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Laurent Sacco, Futura-Sciences

Marvin Minsky, du célèbre MIT (Massachusetts Institute of Technology), était considéré comme un des pères de l'intelligence artificielle. Les contributions de ce mathématicien concernaient également la psychologie cognitive, la linguistique computationnelle, la robotique et l'optique. Il est mort le 24 janvier 2016.

En 2013, Marvin Minsky faisait partie des quelques experts de renommée mondiale invités à New York, aux États-Unis, pour le congrès Global Future 2045 par le multimillionnaire russe Dmitry Itskov. Né en 1927 dans cette même ville d'un père chirurgien spécialisé en ophtalmologie, il était présent en tant que l'un des principaux pionniers de l'intelligence artificielle au XXe siècle. L'un des thèmes centraux du congrès portait sur la nature de la conscience et la possibilité d'atteindre l'immortalité en la téléchargeant sur un ordinateur. Sans surprise, Ray Kurzweil était présent - il s'agissait d'un des anciens étudiants de Marvin Minsky au MIT (Massachusetts Institute of Technology). Bien évidemment, Roger Penrose et Ken Hayworth étaient aussi invités en tant que conférenciers. Le congrès de New York surfait donc clairement sur la vague du transhumanisme, certains diront de la science-fiction et de la pseudo-science New Age. Marvin Minsky, partisan de la cryogénisation, vient malheureusement de décéder d'une hémorragie cérébrale à 88 ans, dimanche 24 janvier 2016. Il aura incontestablement marqué son temps avec une des trajectoires intellectuelles les plus singulières mais aussi, sans doute, des plus caractéristiques du siècle dernier.

Enfant prodige, Marvin Minsky se passionna dès son plus jeune âge pour l'électronique, la science et la science-fiction qui permet de réfléchir sur l'avenir de l'humanité. Il fréquenta la même école privée que Robert Oppenheimer, le père de la bombe atomique, pionnier de la physique des étoiles à neutrons et des trous noirs. Tout comme le futur prix Nobel de physique Leon Lederman, il fut enrôlé dans l'armée pendant la seconde guerre mondiale. Quand il en sortit, il se rendit à Harvard puis Princeton, où il décrocha un doctorat en mathématiques. Il y croisa aussi Albert Einstein avec qui il déjeuna mais, surtout, il eut l'occasion de discuter fréquemment avec John Von Neumann, l'un des fondateurs de la théorie des ordinateurs et l'un des premiers à réfléchir avec Alan Turing sur le fonctionnement du cerveau et la nature de l'intelligence en les comparant à ces machines.

Quel futur pour l'esprit humain ? Le téléchargement de la conscience est-il la clé de l'immortalité ? Marvin Minsky nous confie quelques réflexions sur le sujet et sur l'intelligence artificielle. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle avec deux barres horizontales en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître, si ce n'est pas déjà le cas. En cliquant ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, vous devriez voir l'expression « Traduire les sous-titres ». Cliquez pour faire apparaître le menu du choix de la langue, choisissez « français », puis cliquez sur « OK ». © 2045 Initiative, YouTube

De l'apprentissage aux émotions artificielles

Le reste de la carrière prolifique et diversifiée de Marvin Minsky (il était également un pianiste accompli et l'inventeur en 1956 de la microscopie confocale, très utilisée aujourd'hui en biologie ainsi qu'en sciences des matériaux) sera surtout consacré à percer les mystères de l'intelligence et de la conscience humaine, qu'il considérait comme les plus profonds et les plus importants, dans le but de les reproduire avec des machines. Cela va notamment le conduire à réaliser en 1951 le premier simulateur de réseau neuronal avant de rejoindre en 1958 le département d'ingénierie électrique et des sciences informatiques du MIT. En 1959, il y cofonda avec son collègue John McCarthy, à qui l'on crédite l'invention du terme « intelligence artificielle », le MIT Artificial Intelligence Project qui deviendra plus tard l'Artificial Intelligence Laboratory.

Ce laboratoire aura une influence considérable sur le développement de l'informatique et ses acteurs. Il participera à la création d'Arpanet, le précurseur d'Internet et influera sur le développement de l'idée d'Open source pour les logiciels. Les articles et les livres de Marvin Minsky auront aussi beaucoup d'influence. On peut citer à cet égard l'article de 1960 Steps toward artificial intelligence et son fameux ouvrage La Société de l'Esprit (Society of Mind), dans lequel il essaie d'expliquer comment fonctionne l'esprit et comment l'intelligence peut se construire. Dans un ouvrage ultérieur, The Emotion Machine : Commonsense Thinking, Artificial Intelligence and the Future of the Human Mind, il a exposé en 2006 ses idées sur la manière dont il faudrait s'y prendre pour doter une intelligence artificielle d'états émotionnels.

À l'inverse, un ouvrage publié en 1969 avec son collègue Seymour Papert avait conduit à penser que les réseaux de neurones allaient mener à une impasse dans le domaine de l'intelligence artificielle, portant un coup presque fatal à ce domaine de recherche. Ce dernier est pourtant aujourd'hui très florissant avec les travaux portant sur l'apprentissage artificiel. Les obstacles mentionnés par Minsky et Papert seront surmontés au cours des années 1980 avec l'introduction de ce que les experts appellent dans leur jargon la rétropropagation du gradient de l'erreur dans les systèmes de réseaux de neurones multicouches (les premiers étaient monocouches).

Marvin Minsky passe en revue l'histoire de l'intelligence artificielle dans cette vidéo et s'interroge aussi sur le futur de l'humanité. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle avec deux barres horizontales en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître, si ce n'est pas déjà le cas. En cliquant ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, vous devriez voir l'expression « Traduire les sous-titres ». Cliquez pour faire apparaître le menu du choix de la langue, choisissez « français », puis cliquez sur « OK ». © 2045 Initiative, YouTube

La singularité technologique, de la science-fiction à la réalité ?

La figure de Minsky a aussi influencé des auteurs de science-fiction et pas des moindres, puisqu'il s'agissait d'Isaac Asimov et Arthur Clarke, devenus ses amis, et également Stanley Kubrick, venu le consulter pour la réalisation de son film mythique 2001 : l'Odyssée de l'espace. Il eut également comme élève Daniel Hillis qui avait fondé la Thinking Machines Corporation. Avec elle, Hillis s'est fait un nom en devenant l'un des pionniers des superordinateurs fonctionnant en parallèle (et non de façon séquentielle). En 1992, la cinquième version de sa Connection Machine, CM-5, était considérée comme l'ordinateur le plus rapide du monde. Hillis était un grand ami de Richard Feynman et il avait même recruté le prix Nobel de physique dans son entreprise fondée au début des années 1980. Feynman, dont l'intérêt pour les ordinateurs remontait à la seconde guerre mondiale et au projet Manhattan, était également un ami de Minsky et il lui arrivait de venir jouer du bongo dans sa maison.

Vers la fin de sa vie, Minsky, qui avait aussi fait des recherches notables dans le domaine de la robotique et avait fondé en 1985 le MIT Media Lab, soutenait des idées qui sont très proches des thèmes de la singularité technologique. Pour lui, Homo sapiens allait être remplacé dans un avenir proche par des intelligences artificielles robotisées. On saura probablement d'ici quelques dizaines d'années s'il avait raison.

Interview : qu’est-ce que la singularité technologique ?  L’intelligence artificielle progressant rapidement, peut-on imaginer qu’un jour elle dépasse les capacités humaines ? Cette singularité technologique, comme on la nomme, est selon certains imminente. Futura-Sciences a interviewé Jean-Claude Heudin, directeur du laboratoire de recherche de l’IIM (Institut de l’Internet et du Multimédia) afin qu’il nous éclaire sur le sujet. 

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