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Les CD et DVD enregistrables sont de très mauvais supports d'archivage !

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Basé sur de longs travaux du LNE, un rapport, qui vient d'être présenté à l'Académie des sciences, dénonce la mauvaise qualité des supports d'enregistrements actuels sur disques optiques R ou RW. Nos précieuses données s'effacent, dans le meilleur des cas, après quinze ou vingt ans, estiment les experts...

Exemples de l'effet du vieillissement accéléré de CD-R après 10 jours et 20 jours d'expériences. On remarque que les données sont particulièrement dégradées (zones rouges) sur les bords externes (un CD est enregistré du centre vers les bords). A droite, la zone entourant le centre est également abîmée. Dans l'image en bas à droite, on remarque l'effet de l'étiquette dont les motifs imprimés ont protégé les données. © Jacques Perdereau, Rapport Mesures de vieillissements naturels et accélérés des DON, LNE

Nous leur confions films et photos, rapports et courriers, comptabilité et archives. Pourtant, les disques optiques enregistrables sont loin d'être invulnérables. Au Laboratoire national de métrologie et d'essais (LNE), aguerri à tester à peu près tout ce qui se fabrique (des patins à roulettes aux trampolines en passant par les préservatifs, les emballages alimentaires et les revêtements de toiture), des spécialistes analysent depuis plusieurs années la résistances à l'usure des DON, disques optiques numériques, en version enregistrable.

Présentés comme des supports fiables et même costauds, ces disques, R (enregistrables une fois) ou RW (réinscriptibles à l'envi) sont effectivement plus résistants que les antiques disquettes ou les bandes magnétiques. Ces disques conviennent parfaitement au stockage à l'échelle du mois ou de l'année. Mais qu'en est-il de l'archivage à long terme ? Comment vieilliront-ils ? Les tortionnaires du LNE ont imaginé toutes sortes de tests pour simuler l'outrage des ans et même des décennies. Au menu figurent des températures élevées, très basses ou fortement fluctuantes, des conditions d'humidité extrêmes et des déluges d'ultraviolets.

Les résultats de ces expériences de vieillissement accéléré furent d'emblée plutôt surprenants. La résistance semble varier beaucoup d'une marque à l'autre mais aussi d'un modèle à l'autre. Les températures élevées sont particulièrement néfastes, tout comme l'exposition à la lumière. Comme les bons vins, les CD-R et autres DVD-RW se conservent mieux dans un endroit frais et à l'ombre... Le LNE a également remarqué que la dégradation est plus importante à la périphérie du disque (où se trouvent les dernières données enregistrées) que près du centre.

De plus, les enregistrements sont davantage abîmés au verso d'inscriptions effectuées à l'encre. En revanche, les mots et les dessins imprimés sur l'étiquette peuvent parfois, à l'inverse, protéger les données qui se trouvent dessous (voir la figure au bas de cet article)... D'une manière générale, la résistance à long terme semble médiocre.

A quand le century disk ?

La situation a paru suffisamment préoccupante pour qu'un rapport complet soit présenté, réalisé par l'Académie des sciences et l'Académie des technologies (un organisme créé en 2002). Sous le titre Longévité de l’information numérique et signé par Jean-Charles Hourcade, Franck Laloë et Erich Spitz, il est publié aux éditions EDP-Sciences et sera en vente le 9 avril 2010. L'ouvrage est sous-titré : Les données que nous voulons garder vont-elles s'effacer ? Il vient d'être présenté lundi 22 mars à l'Académie des sciences par ses auteurs. Des extraits au format PDF, notamment les conclusions et les recommandations sont téléchargeables depuis le site de l'Académie des sciences.

Le résultat n'est guère rassurant. Alors que les CD et DVD audio et vidéo se conservent très bien, leurs versions R et RW ne préserveraient les données que de quinze à vingt ans pour les meilleures, les pires commençant à les perdre au bout d'un an seulement ! Le rapport n'est pas un banc d'essai par marque et il n'y a aucun moyen de savoir si tel disque est meilleur qu'un autre. La seule solution est donc d'enregistrer les documents vraiment précieux sur au moins deux jeux et à les vérifier de temps à autre.

Cette évaporation des données pose un réel problème, d'après les auteurs du rapport, aux particuliers mais aussi aux entreprises et aux administrations. De plus en plus souvent, les archives papier laissent la place à des disques optiques. « Une importante quantité d'informations personnelles, médicales, scientifiques, techniques, administratives, etc., est ainsi en réel danger de disparition » concluent les auteurs du rapport.

Pour avancer vers des solutions... pérennes, un pôle de recherche sur la conservation des données sur disques optiques numériques a été créé par le LNE, l'Académie des sciences et par celle des technologies. Il serait possible de produire des supports de bien meilleure qualité dont la longévité serait très supérieure. Les recherches dans ce domaine devraient être largement soutenues, estiment les auteurs du rapport. En France, les travaux pionniers du LNE constituent une bonne base pour s'approcher du century disk, un idéal décrit dans le rapport, qui se conserverait au-delà du siècle. Après, c'est une autre affaire...