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Le mythe du faon à l'oiseau

Dossier - Epoque Magdalénienne : Le mythe du faon à l'oiseau
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Avec le temps et grâce à de nouvelles découvertes, certains thèmes de l'art pariétal ou mobilier se révèlent être plus nombreux et avoir une dispersion beaucoup plus vaste qu'on ne le croyait au début. Au-delà de leur importance intrinsèque, cette multiplication renouvelle leur intérêt et ouvre des perspectives nouvelles sur leur signification.

  
DossiersEpoque Magdalénienne : Le mythe du faon à l'oiseau
 

À la base de ce mythe est l'histoire d'un animal juvénile, un faon, apparemment trop jeune pour mettre bas, et qui pourtant donne naissance.

À cette première rupture avec la réalité, il s'en ajou­te une autre: le (ou les) oiseau(x). La scène sug­gère en fait que le produit de la parturition serait l'oiseau. Dans ce cas, l'ensemble prend une signi­fication qui va bien au-delà d'un désir de gaudrio­le ou d'un attendrissement supposé. On pressent une histoire très complexe, comme il en existe dans toutes les cultures traditionnelles, où les transformations d'espèces sont abondamment attestées.

Tout récemment, par exemple, un toua­reg du Niger nous affirmait que les hiboux ne pon­daient pas d'œufs, car ils avaient été maudits dès l'origine par le Créateur. Pour se reproduire, ils volaient des œufs d'autres oiseaux et même de serpents, ils les couvaient et il en sortait éventuel­lement de petits hiboux.

On sait que les êtres composites, à caractères humains et animaux, sont attestés à de multiples reprises dans l'art paléolithique, y compris avec des têtes d'oiseaux (Lascaux, Pech-Merle, Cougnac), et qu'il existe aussi des animaux com­posites (cerf à tête de bison des Trois-Frères, lion à pattes d'ongulé de Chauvet, etc.).

Dans ce contexte, la naissance d'un oiseau à partir d'un faon impubère n'est pas plus étrange. Le rôle de l'oiseau-âme ou de l'oiseau-destin a été évoqué (Bandi, 1988, p. 144), qu'il s'agisse de symboles de mort et de renaissance, de chamanis­me (ibid) ou de toute autre chose.

Quoi qu'il en soit de leur sens précis, et en attendant de nouvelles découvertes, il convient de considérer ces objets pour ce qu'ils sont, à savoir les témoins privilégiés d'une pensée sophistiquée, d'un monde de l'imaginaire qui ne se laisse que rarement et malaisément entrevoir, où les relations des animaux entre eux et avec les hommes dépas­sent de très loin la simplicité longtemps supposée du rapport élémentaire du chasseur avec sa proie ou de la reproduction servile de scènes de la vie courante.