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La répétitivé du thème

Dossier - Epoque Magdalénienne : Le mythe du faon à l'oiseau
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Avec le temps et grâce à de nouvelles découvertes, certains thèmes de l'art pariétal ou mobilier se révèlent être plus nombreux et avoir une dispersion beaucoup plus vaste qu'on ne le croyait au début. Au-delà de leur importance intrinsèque, cette multiplication renouvelle leur intérêt et ouvre des perspectives nouvelles sur leur signification.

  
DossiersEpoque Magdalénienne : Le mythe du faon à l'oiseau
 

Cette dernière constatation pose problème à divers égards. Depuis les découvertes de ces extrémités de propulseurs, nos connaissances en taphonomie ont progressé.

Nous savons que les vestiges parvenus jusqu'à nous ne représentent qu'une infime proportion de la globalité des productions préhistoriques (cf à ce sujet Delporte, 1984). À propos des «faons à l'oiseau», Péquart avait envisagé l'existence possible d'autres objets identiques (1963, p. 300-301). Plus tard, Bahn a fort justement fait remarquer qu'il «est évident que ces objets ne constituent qu'une fraction infime des dizaines - et peut-être des centaines - fabriqués à l'origine» (Bahn et Vertut, 1997, p. 97). Le mythe faon à l'oiseau était sans aucun doute un thème pyrénéen très connu au Magdalénien, matérialisé par de nombreux supports, sous une forme plus ou moins stéréotypée, d'un bout à l'autre de la chaîne. Compte tenu des déplacements fréquents attestés au Magdalénien et des influences d'une région sur une autre, il n'est pas du tout impossible qu'on en trouve un jour ailleurs.

Cela signifie-t-il que ces objets sont dus à une même main, voire à un même groupe, c'est-à-dire qu'ils aient eu une origine très restreinte, ce qui expliquerait l'originalité du thème ?

Cette hypo­thèse a parfois été présentée comme une évidence : «On peut en conséquence avancer qu'il y a eu une forte production par un artiste individuel ou un petit groupe d'artisans sur un thème favori, puisque tous les exemples sont attribuables au Magdalénien moyen» (Bahn et Vertut, 1997, p. 96-97). Dans le même ouvrage, l'auteur va plus loin: «Peu de personnes peuvent douter de ce que les propulseurs du Mas-d'Azil et de Bédeilhac (. . .) aient été réalisés par le même artiste ou, du moins, par deux artistes dont l'un avait étudié l'œuvre de l'autre» (op. cit., p. 201).

Fig.7 - La faon à l'oiseau de Bédeilhac. D'après Robert, 1953, pl. I et II. Clichés Romain Robert

Robert envisageait les mêmes possibilités (un seul artiste ou un copiste) et en ajoutait une troi­sième : «Il aurait existé au Paléolithique supérieur des écoles d'art où plusieurs artistes s'exerçaient à la réalisation d'un même sujet» (Robert, 1953, p. 16 ; cf. aussi Robert et al., 1953), mais il pen­chait - non sans quelque chauvinisme - pour l'an­tériorité de la pièce de Bédeilhac (fig. 7, 8).

L'artiste aurait fait suffisamment de progrès pour réaliser par la suite celle du Mas-d'Azil, à moins que cette dernière n'ait été une copie plus achevée que l'original par un autre individu (ibid). Cette hypothèse fut contestée par Péquart (1963, p. 46) qui défendait la primauté du Mas-d'Azil et de sa Galerie. Quant à l'hypothèse des «écoles d'art», elle n'eut aucun succès.

Fig.8 - La faon à l'oiseau de Bédeilhac. D'après Robert, 1953, pl. I et II.  Clichés Romain Robert
Fig.8 - La faon à l'oiseau de Bédeilhac. D'après Robert, 1953, pl. I et II.
Clichés Romain Robert

En fait, nous n'avons aucune certitude sur la contemporanéité présumée de ces pièces ni sur l'antériorité des unes par rapport aux autres, même si elles appartiennent bien toutes au Magdalénien moyen (ce qui n'est pas assuré pour Bédeilhac), car elles peuvent s'échelonner aisé­ment sur plusieurs centaines d'années.

Il semble beaucoup plus probable de considé­rer que ce thème si particulier ait correspondu à un mythe ou à une histoire légendaire des Magdaléniens pyrénéens (hypothèse envisagée par Camps, 1984, p. 258), et qu'il ait été indépen­damment matérialisé, en des lieux et peut-être en des temps différents, par des artistes qui pouvaient s'ignorer mais qui puisaient aux mêmes sources de la tradition orale. Le dépôt de certains de ces objets en des lieux spéciaux montre qu'on leur attachait une importance certaine.