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Défécation ou naissance

Dossier - Epoque Magdalénienne : Le mythe du faon à l'oiseau
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Avec le temps et grâce à de nouvelles découvertes, certains thèmes de l'art pariétal ou mobilier se révèlent être plus nombreux et avoir une dispersion beaucoup plus vaste qu'on ne le croyait au début. Au-delà de leur importance intrinsèque, cette multiplication renouvelle leur intérêt et ouvre des perspectives nouvelles sur leur signification.

  
DossiersEpoque Magdalénienne : Le mythe du faon à l'oiseau
 

Le problème s'est posé d'emblée. Péquart (1963, p. 296) a évacué comme «parfaitement inadmissible» l'hypothèse d'une mise-bas, avec deux arguments : «1'évidente jeunesse du faon» et «sa position debout» (ibid). Cette interprétation fut acceptée (Leroi-Gourhan, 1965, p. 50 ; Camps, 1984). Cependant, Robert s'était très tôt étonné d'une «erreur d'observation» de la part de l'artiste magdalénien, puisque, dans la réalité, les déjections «des Antilopidés, des Capridés et des Cervidés sont subsphériques, petites, nombreuses et séparées les unes des autres» (Robert, 1953, p. thèse 16 ; cf aussi Thiault, 1996, p.77).

Il en concluait que l'artiste, qui ne pouvait commettre pareille erreur, avait «agi de propos délibéré, sous l'emprise d'une préoccupation qui reste mystérieuse»(ibid). Camps (1984, p. 258) pensait que la raison de «cet aspect monstrueux» pouvait être tout simplement pratique, puisqu'il était plus aisé de matérialiser un boudin qu'un ensemble de petites boules et que le boudin assurait l'équilibre de la pièce. Quant à l'oiseau, toujours dans une pers­pective pratique et fonctionnelle, il aurait été ajou­té pour que le propulseur soit muni de son indis­pensable crochet (op. cil., p. 260).

Bandi (1988) a repoussé ces arguments pour quatre raisons majeures :

  • Dans ce cas, l'anus aurait été démesuré
  • En outre, pour l'animal de Saint-Michel­ d'Arudy, il «semble évident qu'il s'agit de la vulve» (p. 140)
  • «Les chamois (comme les bouquetins ou les chevreuils) mettent bas leurs jeunes en position debout ou couchés par terre» (ibid). Cette précision, qui rend compte des différences dans la position des pattes entre l'exemplaire de Bédeilhac et les autres, fait litière de l'argument avancé par Péquart pour écarter l'hypothèse d'un accouchement
Fig. 5. Mise bas d'un chevreuil. La mère, qui tourne la tête, est debout. D'après Bandi, 1988, p. 141, fig. 4. Cliché H. Siigemer
  • Enfin et surtout, «tous les spécialistes s'ac­cordent à dire que la défécation chez l'animal, en général (sauf cas de maladie, etc.) ne s'accom­pagne jamais d'un regard. Le rejet est bref et sans intérêt particulier» (p. 143) alors que - et cela est essentiel - les femelles qui mettent bas regardent souvent en arrière pour surveiller l'opération (fig. 5) Je remercie vivement mon collègue et ami H. G. Bandi qui m'a communiqué ces clichés et qui m'a donné l'idée de cet article. Le boudin serait alors, beaucoup plus logiquement, le sac embryonnaire expulsé après la naissance du ou des petits.

    Cette interprétation répond bien mieux que la précédente aux observations anatomiques, physio­logiques et éthologiques. Le problème paraît donc résol