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Nouvel âge, nouvelle image

Dossier - Sciences, sectes et religion
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L'intensification de l'activité des sectes n'apparaît aujourd'hui comme une évidence qu'à la faveur de faits divers dramatiques qui traduisent la désadéquation des anciennes formes de l'association sectaire beaucoup plus qu'ils n'incitent à la reconnaissance des versions modernes et intégrées du phénomène

  
DossiersSciences, sectes et religion
 

Il est intéressant de noter au passage le troublant parallélisme entre la démarche de Staune et la situation qui règne aux Etats-Unis, où le vieux créationnisme fondamentaliste cède de plus en plus le terrain à un « créationnisme scientifique » qui confie la défense de ses thèses à des porteurs institutionnellement crédibles... : « Vendez de la science... Qui peut objecter à l'enseignement de plus de science ? ... N'utilisez pas le mot créationnisme. Parlez uniquement de science. Expliquez que retenir de l'information scientifique contredisant l'évolution revient à de la censure et s'apparente à un dogme religieux. Utilisez le mot « censure » comme quelqu'un qui s'élève contre toute censure à l'égard de la science. Vous êtes pour la science... » Extrait de recommandations publiées dans un journal créationniste, cité par J.-L. Hiblot dans Pour Darwin, p. 827.. Le Diable quant à lui porte toujours le même nom, celui de Darwin, et toutes les « autorités » les plus fantasques seront mobilisées pour caricaturer, dans son premier fondateur comme dans ses représentants actuels, une théorie qui a triomphé aujourd'hui des tentatives de réfutation les plus sophistiquées Voir P. Tort (dir.), Pour Darwin, ouv. cit.

Le pari de l'organisateur de l'UIP repose sur une déclaration tapageuse de rupture avec ce qui constituait l'essence de ce qu'il a repris en mains pour en transformer l'image. L'UIP ne se présente évidemment pas comme une secte, mais au contraire comme « le meilleur rempart contre l'action des sectes et des charlatans ». Sans doute suivant le principe de la vaccine. Les sectaires, ce sont les autres, les « rationalistes bornés », les « scientistes », les « réductionnistes », ceux qui n'aiment pas le mélange des genres, et qu'effraient les idées nouvelles. Même petit stratagème chez l'amoureux de parapsychologie Rémy Chauvin (membre du Conseil scientifique de l'UIP, aux côtés de Michael Denton, Bernard d'Espagnat, Olivier Costa de Beauregard, Trinh Xuan Thuan - vice-président - , Jean-François Lambert - Président - , Gérard Lucotte, et de plus jeunes mais non moins actifs, comme Gilles-Éric Séralini), Rémy Chauvin qui parle, dans des ouvrages dont chacun peut évaluer la teneur, de la « secte des rationalistes ». Cette mécanique du retournement (sectaire toi-même !), du fait peut-être de son parfait infantilisme rhétorique, n'a pas encore totalement compromis ses chances de succès. Mais, sous les protestations indignées et les invectives, la contamination du discours sur la science destiné aux non-savants par la mystique religieuse (catholique, protestante, orthodoxe, juive ou islamique - cette dernière avec Abd Al Haqq Guiderdoni, astrophysicien animateur de « Connaître l'Islam » sur France 2) demeure l'axe principal d'une activité permanente et construite. On voit enfin apparaître avec régularité, au sein des programmes de l'UIP, le nom de Michel Cazenave, journaliste à France-Culture.

L'œcuménisme extrême s'enveloppe ainsi d'une grande parade démocratique. Staune se rend auprès de ses adversaires, les invite à débattre. Si, conscients de la manœuvre, ils refusent, il les calomnie. S'ils acceptent, il les compromet sur une « photo de famille » et sur une brochure de présentation. La même tactique d'accueil contaminant fut employée par Alain de Benoist, l'un des chefs de file de la « Nouvelle Droite », lors du lancement de sa revue Krisis, à laquelle collaborèrent un bon nombre d'universitaires de gauche qui crurent peut-être à sa sincérité, ou pensèrent pouvoir le mettre en difficulté sur son propre terrain.

Vieilles recettes politiques, donc. Mais qui doivent leur efficacité non seulement à des compromissions individuelles et médiatiques, mais aussi au mépris mandarinal éprouvé envers le grand public et la « vulgarisation » par un trop grand nombre de représentants institutionnels des disciplines scientifiques, assujettis au seul respect de leurs « pairs », et qui n'ont pas assez réfléchi sur le précédent américain : c'est, un jour, le « public » désinstruit et manipulé qui fera voter des lois pour interdire l'enseignement d'une théorie scientifique, ou lui imposer une parité avec les mythes régénérés d'une Église ou d'une secte. Mieux vaut donc aujourd'hui prévenir qu'avoir demain à se résigner.

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Site de Patrick Tort
Darwinisme