Sciences

Une université du nouvel âge

Dossier - Sciences, sectes et religion
DossierClassé sous :philosophie , sectes , Magazine Science

-

L'intensification de l'activité des sectes n'apparaît aujourd'hui comme une évidence qu'à la faveur de faits divers dramatiques qui traduisent la désadéquation des anciennes formes de l'association sectaire beaucoup plus qu'ils n'incitent à la reconnaissance des versions modernes et intégrées du phénomène

  
DossiersSciences, sectes et religion
 

En fait, tout commence avec une association nommée UPP « Université Populaire de Paris », titre doublement usurpé , créée à la fin des années 70, et qui organise des cycles de conférences sur le but de l'Univers, le Karma, Dieu, le « Nouvel Âge » (annoncé par un certain Peter Roche de Coppens, un Américain de Pennsylvanie), l'anthroposophie, la Kabbale, la Bible, les mystères, la sophrologie, la méditation, les rites sacrés, la supra-conscience, la réincarnation. Cette curieuse association s'est dotée d'une « chaire Rudolf Steiner » le fondateur autrichien de l'« anthroposophie », dont le programme mystique de spiritualisation de l'Univers est littéralement recopié et d'une « chaire Teilhard de Chardin ». On y découvre également un intérêt pour l'accompagnement du mourant, trace de la mainmise du mouvement New Age sur les soins palliatifs, et des liens plus ou moins organiques avec Patrice Van Eersel, chantre de la « Source noire » et de la vie après la mort, et rédacteur en chef de la revue Nouvelles clés.

L'association loue des amphithéâtres en Sorbonne, et organise en 1987 une visite payante à l'Unesco, qui abrite aujourd'hui encore les manifestations de l'UIP, laquelle ne néglige rien pour faire apparaître, sur la couverture des brochures annonçant les colloques qu'elle organise récemment en compagnie de l'étrange « Club de Budapest », présidé par Ervin Lazslo, les noms des plus hauts responsables de l'Organisation internationale. Le choix préférentiel des locaux prestigieux de la République comme le Sénat ou des institutions internationales continuera à caractériser la stratégie de l'organisation lorsque celle-ci aura changé de nom et de faciès.

La composante à peu près exclusivement mystique des programmes de l'UPP désigne le caractère du mouvement avec une clarté qui en écarte naturellement tout intellectuel sérieux, mais voici que Jean Staune, conscient du « manque de discernement » d'une telle présentation, entreprend de la rénover en tant que directeur du programme de sa nouvelle mouture, l'UEP '« Université Européenne de Paris », qui sous sa conduite réaliste (vers 1989) comprend qu'il faut aujourd'hui, modernisation oblige, « rationaliser la quête du sens », devenir « crédible », et pour cela recruter des scientifiques. Quelque temps après, une branche de l'UEP se spécialise dans les secteurs liés à l'environnement et devient « Environnement sans frontière » (ESF), que l'on retrouve au sein des activités du « Salon Marjolaine », où se côtoient les étalages de produits naturels et les stands d'ésotérisme. L'UIP est créée en 1995 - pour des raisons que l'on comprend mal, car rien apparemment ne la distingue de l'association antérieure - afin de rassembler tous ceux (« adhérents, personnalités scientifiques, décideurs du public et du privé ») qui adhèrent au projet, suffisamment flou pour être fédérateur, de la « nouvelle vision du monde » que Staune entend combiner avec la « rationalité scientifique ». L'Oréal et Auchan ainsi que Nature et Découvertes seront parmi les partenaires financiers du « Nouveau Paradigme ». Y figureront aussi Synthélabo, France-Télécom et Air-France. EDF, un moment circonvenu, supprimera son mécénat à la suite d'une intervention explicative de ses personnels.