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L'"affaire" Thomas Townsend Brown

Dossier - La révolution de la propulsion électrocinétique
DossierClassé sous :Astronautique , propulsion , électrocinétique

Jean Etienne, Futura

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Qui de nous n'a jamais rêvé d'un voyage dans les étoiles ? Depuis que l'Homme est homme, il n'a jamais cessé de vouloir voler. Aujourd'hui, c'est fait. On peut même dire que la routine a remplacé le rêve... en est-on bien sûr ? Et si l'avion, véhicule-clé de nos vacances, de nos voyages d'affaires, n'était qu'une transition, une étape vers… autre chose ?

  
DossiersLa révolution de la propulsion électrocinétique
 

Chercheur atypique, Thomas Townsend Brown mérite que l'on s'attarde quelque peu sur son personnage.

Né à Zanesville (Ohio - USA) le 18 mars 1905, Brown est l'un des premiers chercheurs à développer une théorie reliant l'électromagnétisme et la théorie de la gravitation formulée par Einstein, dont il était un ami.

De 1922 à 1923, il étudie à l'Institut de Californie de Pasadena. En 1923, il dépose un premier brevet pour un dispositif capable de se déplacer en l'air sous l'effet d'un champ électromagnétique. Mais ce brevet restera totalement ignoré durant près d'un demi siècle.

En 1927, alors qu'il occupe un poste de chercheur en astrophysique à l'observatoire de Swasey (Ohio), Townsend Brown poursuit ses expériences sur la force agissant sur les conducteurs électriques soumis à une charge dans son laboratoire de physique expérimentale privé. Pour cela, il met au point un dispositif composé d'un ensemble de disques d'aluminium de 33 cm de diamètre chargés électriquement, séparés par un diélectrique en Plexiglass. L'ensemble, fixé aux extrémités d'un bras rotatif, se met à tourner lorsqu'une tension de 26,2 kV. Il soumet alors une publication inspirée de son brevet de 1923 perfectionné de ses découvertes récentes, mais celle-ci est refusée le 28 octobre 1928.

Thomas Townsen Brown en 1928

En 1930, Townsend Brown s'engage dans la Marine et entre à l'Ecole de Radio Navale à San Diego (Californie). Mais alors qu'il s'attendait à être affecté à un navire, il reçoit l'ordre par le capitaine Sinclair Gannon, commandant de la base de San Diego, de rejoindre le Laboratoire de Recherche Navale (Naval Research Laboratory, ou NRL) à Washington (D.C.). Il se retrouve alors à la Division Radiation et Spectroscopie, traité comme un physicien au milieu d'une armée de doctorats, et y trouve toute liberté pour y poursuivre les expériences entreprises à partir de 1923.

Sélectionné pour plusieurs expéditions de mesures de la gravité dans le cadre de recherches géologiques et de théories de formation de la Terre, y compris en plongée profonde à bord de sous-marins, il est ensuite recruté dans une expédition financée par le Smithsonian Institute pour répertorier des formes de vies marines en tant que spécialiste des grands fonds, ce qui lui vaut d'être publié dans les Annales du Smithsonian. Jusqu'en 1950, il participera encore à de nombreux travaux scientifiques tout en appartenant à la Navy, où il devient consultant du Pearl Harbor Navy Yard (Honolulu).

Townsend Brown reprend ensuite ses travaux sur la propulsion électrique, cette fois en utilisant des ailettes métalliques en forme de disque de 66 cm de diamètre, disposées sur un bras rotatif de 6 mètres (la cathode est formée d'un fil parcourant une demi-circonférence, le disque se déplaçant vers sa tranche). Il constate que lorsque le dispositif est chargé à 50.000 V sous 50 watts, les disques tournent dans l'air à une vitesse de 5,5 mètres par seconde. Reproduisant ensuite son expérience devant une délégation militaire en utilisant, cette fois, des disques de 1 mètre de diamètre montés sur un bras rotatif de 15 mètres, il obtient un résultat tellement spectaculaire qu'il est immédiatement classifié.

A partir de ce moment, Townsend Brown ne trouve plus aucun soutien de la part de son gouvernement pour poursuivre ses essais en privé et on le retrouve à Paris en 1955, où il devient physicien consultant pour la Société Nationale de Construction Aéronautique. Il reproduit son expérience, y compris dans le vide, et constate que les disques de son dispositif fonctionnent mieux dans ces conditions en atteignant une vitesse de rotation estimée à plusieurs centaines de Km/h (*). Mais en 1956 ses expériences sont stoppées net par une fusion de sociétés, et il retourne à contrecoeur aux Etats-Unis.

Il poursuivra encore ses expériences, pour son propre compte, tout en exerçant la présidence de la société RAND International Ltd à Nassau (Bahamas). Et bien que ses recherches soient encore décrites dans un brevet obtenu en 1960 (déposé en 1957 !), l'ensemble de ses travaux demeureront apparemment dans l'indifférence la plus totale jusqu'à sa mort, survenue en 1985 suite à des complications dues à l'inhalation d'une trop grande quantité d'ozone, un sous-produit de sa recherche sur les hauts voltages.

Le dispositif "à disques" de Brown de 1950, dessiné par Thomas Townsen Brown lui-même.

(*) Ces travaux ne font l'objet d'aucune publication officielle, certaines sources prétendant qu'il n'aurait pas eu le temps de les effectuer avant son départ pour les USA. Mais lui-même a toujours affirmé les avoir réalisés.