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Mars sur Terre

Dossier - En attendant l'homme sur Mars...
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Le voyage sur Mars se prépare... dans les coulisses, on s'active déjà : plusieurs scénarios sont mis au point pour le débarquement d'un équipage d'astronautes sur la planète rouge.

  
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L'une de nos idées a été de répéter le débarquement sur Mars dans des endroits désertiques de la Terre qui ressemblent le plus à la planète rouge. Des équipages de six « Martionautes » séjournent à bord d'un habitat cylindrique de 8 m de diamètre qui représente l'atterrisseur et effectuent des expéditions sur le terrain en scaphandre.

Retour au module MDRS, après une sortie sur "Mars". L'habitat cylindrique a les mêmes dimensions que l'habitacle préconisé pour les véritables missions pilotées vers Mars © C. Frankel

Le but du jeu est de déterminer quels seront les principaux problèmes que l'on rencontrera sur Mars, de tester des stratégies d'exploration, voire de mettre au point du matériel. Les questions sont multiples. Qui commandera réellement une mission martienne : le centre de contrôle sur Terre ou le commandant de l'équipage sur Mars ? Combien de fois par semaine doit-t-on sortir en scaphandre sur le site pour mener au mieux un programme d'exploration ? Avec quel type de véhicule ? Qui fera la cuisine et le ménage ? Combien d'eau pourra-t-on utiliser par personne et par jour ? Aura-t-on besoin d'un psychologue à bord ?

Charles Frankel, dans la base de simulation martienne FMARS (Ile de Devon, Arctique), surveille par radio une sortie en scaphandre de ses coéquipiers © C. Frankel

J'ai participé aux premières simulations dans l'Arctique Canadien, près du pôle Nord, en juillet 2001. Dans cette première station « Flashline », j'ai joué le rôle du géologue de bord, aux côtés du commandant Robert Zubrin, de la chimiste Christine Jaharajah, de la géologue Catherine Frandsen et des ingénieurs Brent Bos et Steve Braham. Deux Américains, deux Canadiens, un Français et une Danoise !

La géologue danoise Catherine Frandsen et l'ingénieur Robert Zubrin, dans la station arctique FMARS, préparent une sortie sur "Mars" © C. Frankel

Notre module était juché sur le rebord d'un spectaculaire cratère d'impact : le cratère de Haughton, large de 20 km et vieux de 23 millions d'années. Un site qui nous «bluffe» et nous fait penser que nous sommes réellement sur Mars, tellement le relief et les couleurs sont étranges. L'impact poinçonne des strates sédimentaires riches en fossiles (dolomites de l'Ordovicien et du Silurien) et le cratère est très bien préservé, avec couches de brèches fracassées et fondues par l'énergie de la collision, d'anciens filons hydrothermaux où la vie microbienne a sans doute prospéré, et enfin les sédiments d'un vaste lac qui s'est installé dans le cratère à peine formé. Des processus qui doivent aussi concerner la géologie et l'hypothétique biologie martiennes...

Homme ou robot? Lors des simulations dans l'Arctique, l'ingénieur de la Nasa Brent Bos se familiarise avec le maniement d'un engin qui l'accompagnera sur le terrain © C. Frankel

L'un de nos objectifs principaux, lors de nos simulations, fut de trouver des formes de vie, voire des fossiles, lors de nos sorties en scaphandre. Nous avons trouvé des lichens dans les fractures des roches, notamment dans les brèches d'impact. Nous avons également trouvé des fossiles d'algues et de bactéries—des stromatolites—et même des fossiles de coraux, vieux de 400 millions d'années ! Ce qui est intéressant, c'est que nous avons testé en parallèle des robots équipés de caméras vidéo. Eux n'ont rien trouvé : un exemple de la supériorité actuelle de l'homme sur la machine.

Robert Zubrin, lors d'une sortie sur le site arctique de Devon, découvre un stromatolite (fines couches d'algues et de bactéries fossilisées), vieux de 400 millions d'années © C. Frankel

Côté psychologique il y a eu des tensions, bien que l'on n'ait passé que deux semaines ensemble, et pas deux ans ! Pour désamorcer ces tensions, une recette miracle : l'humour. Ne pas trop se prendre au sérieux, même dans les situations les plus tendues.

La chimiste Christine Jaharajah et la géologue Catherine Frandsen lors de leur première sortie "sur Mars" (Ile de Devon), avec le module FMARS en arrière plan © C. Frankel

Nous avons également connu des épreuves, toutes instructives. Par exemple, nos véhicules monoplaces (dérivés des « Quads » tout-terrain) se sont enlisés, problème que l'on risque de connaître sur Mars où abondent les dunes de sable fin. La leçon que l'on en a tirée est qu'il faut sortir en « escadrilles » de deux ou trois véhicules monoplaces, munis de cordes pour se sortir mutuellement du pétrin !