Sciences

In Memoriam : Youri Gagarine, premier homme dans l'espace

ActualitéClassé sous :Univers , Youri Gagarine , gagarine

Chaque 12 Avril, j'ai toujours une pensée pour Youri Gagarine, le premier cosmonaute, c'est d'ailleurs pour lui que cette expression a été créée. Il fut le premier d'une longue lignée à porter ce titre, que ce soit des cosmo, des astro ou des spatio-nautes, ce sont des héros.

Je suis un enfant de l'ère astronautique, tout jeune j'ai été frappé par le lancement du premier Spoutnik en 1957, je me rappellerai toujours aussi les titres des journaux relatant l'exploit de Gagarine en 1961, et qui se terminaient par cette interrogation : "Un homme dans l'espace ! La Lune en l'an 2000 ?". On y est allé en 1969, comme quoi il faut toujours faire attention pour prédire l'avenir.

Youri Gagarine

Revenons à ce 12 Avril 1961 ; tout le monde en parlait, les photos diffusées à l'époque n'avaient bien sûr rien à voir avec la réalité mais l'idée y était, un homme était parti dans une capsule - que l'on appelait pas encore spatiale - autour de la Terre ; un petit tour et puis revient.

Ce tour allait changer le siècle !

J'étais fasciné par cet exploit car il paraissait impensable à l'époque malgré les BD de science fiction pour les jeunes et les séries télévisées de Walt Disney sur l'espace (j'ai appris bien longtemps après que Von Braun était le conseiller technique des films Disney sur ce thème, ce qui explique bien des choses).

J'ai assisté il y a quelques jours à une conférence très intéressante de Y. Gauthier, spécialiste de l'espace russe au sujet de Gagarine et cela a complété mes connaissances.

Essayons de disséquer ce qui s'est passé pendant cette période, maintenant que l'on connaît a peu près le déroulement des événements. À propos, tous les films que l'on voit aux actualités supposés relater le compte à rebours, le fameux déclenchement du départ par Korolev et le lancement, sont tous... faux : ils ont été tournés après le retour sur terre de Gagarine, le KGB ne voulant pas de trace en cas d'échec. Mais cela n'enlève rien à l'exploit et les décors sont les mêmes. Les photos sont par contre vraies.

Youri Gagarine et Korolev

Le grand artisan de l'espace soviétique c'est Korolev qui commence à construire des fusées pour l'armée ce qui aboutit à la fameuse série des R7 (Semiorka, qui veut dire petit 7 en russe) qui lance le premier satellite en 1957 et dont les fusées Soyuz actuelles sont les successeurs presque inchangés. Dès cette année 1957 on commence en Union Soviétique à s'intéresser à de futurs vols habités et on recrute des pilotes de l'armée.

Gagarine, gamin de la campagne, apprenti soudeur, né en 1934, apprend à piloter pendant ses loisirs et s'inscrit dans une organisation para-militaire à cet effet. Bref il est recruté, passe tous les tests et fait partie finalement de la fameuse équipe originelle des 20 cosmonautes. L'entraînement est dur car on ne savait pas à quoi on s'exposait. La femme de Youri Gagarine n'est même pas au courant, elle sera la première surprise d'être invitée sur la Place Rouge pour la fête à côté de Kroutchev.

Tout de suite un homme ressort du lot ; Herman Titov, il semble être le meilleur, mais voilà dans cette Union Soviétique, il ne fait pas bon être un tant soit peu intellectuel, or Titov est issu d'une famille de lettrés, et Kroutchev choisit alors le suivant sur la liste, le fils d'ouvrier Youri Gagarine, il cadre mieux dans le décor, Titov en gardera une grande amertume toute sa vie.

C'est donc lui qui part avec Titov pour doublure, on les voit tous les deux en combinaison orange sur cette photo prise dans le bus quelques instants avant le départ. Le vol devait se dérouler automatiquement...

La fermeture du sas pose quelques problèmes, vite résolus, mais plus grave, l'orbite est trop haute ; et cela avait son importance, car en cas de panne des rétro-fusées pour le retour, il était prévu que par le seul frottement atmosphérique, le vaisseau Vostok retourne sur Terre en quelques jours ; à cet effet Gagarine avait emporté des provisions pour une semaine, l'orbite trop haute l'aurait fait rentrer au bout d'un mois et demi, d'où problème.

Après corrections, c'est le module de service qui n'est pas expulsé immédiatement, ce qui met en danger le retour ; la capsule tangue et finit par se séparer, fonçant dans l'atmosphère...

Arrivé à 7000m d'altitude, Gagarine s'éjecte de sa capsule car les Russes n'avaient pas confiance dans l'atterrissage direct et brutal sur la terre ferme. Mais le parachute se met en torche et il perd son canot de sauvetage... Heureusement il finit par s'ouvrir et Gagarine se pose non loin de sa capsule dans la région de Saratov. Suit l'épisode bien connu de la paysanne qui le rencontre et à laquelle Gagarine dit qu'il est soviétique comme elle et non un espion américain (on est en pleine affaire U2 avec Powers).

Voir la séquence de retour sur terre sur ce dessin © Space-com

Le premier vol spatial avait duré moins de deux heures mais avait révolutionné les esprits. Ce petit secret concernant l'éjection par siège éjectable, a été gardé pendant très longtemps, ce qui bien entendu ne retire rien à l'exploit extraordinaire de Gagarine.

Vostok siège éjectable

Il est alors devenu un héros, une icône devant représenter les réussites soviétiques dans le monde entier et pour cela, il sera interdit de vol par la suite.

Il va se battre pour avoir le droit de remonter dans un avion, ce qu'il fait en 1966. N'ayant pas volé depuis 7 ans, c'est au cours d'un vol d'entraînement sur Mig-15 biplace qu'il s'écrase en 1968 aux alentours de Moscou.

Accident mystérieux, le rapport officiel n'est jamais sorti, mais voilà ce que l'on pense : appareil mal entretenu, altimètre trop optimiste, rapport météo sur la position des nuages faux, autres avions à réaction dans l'espace aérien qui ont peut être provoqué des turbulences qui n'ont pas pu être rattrapées suite aux mauvaises indications des instruments... bref un accident programmé.

Youri Gagarine après son vol.

Tout a été dit à propos de ce premier vol, aussi je laisse chacun méditer sur ce qui ne se serait pas passé si cela n'était pas arrivé.

Votre serviteur a eu la chance, cette même année 1961 (j'avais 16 ans) de rencontrer le héros à Londres : je me rappelle un homme très sympathique et aussi très petit, en uniforme bleu et avec un sourire extraordinaire. De longues années plus tard, lors d'une tournée en Russie, j'ai aussi eu l'occasion de voir le triste endroit où il s'est crashé, la boucle est bouclée.

Adieu Youri !