Exclusivité : la sonde Cassini se confie à Futura. © Nasa, JPL

Sciences

Exclusivité : la sonde Cassini se confie à Futura

ActualitéClassé sous :Univers , saturne , Cassini

-

La sonde Cassini, pour son ultime plongeon, demain, vendredi, est devenue une vedette. Futura la suit depuis sa conception et c'est pour cela, sans doute, qu'elle a accepté notre interview. Elle nous fait part de ses souvenirs, et aussi de sa joie d'avoir si bien travaillé.

  • La sonde Cassini clôture treize années terrestres autour de Saturne et a observé un solstice et un équinoxe.
  • Son plongeon final sera l'occasion d'ultimes mesures, réalisées avec cinq de ses instruments.
  • Le travail sur les données qu'elle aura recueillies durant sa mission, en compagnie du module européen Huygens, se poursuivra durant des décennies.
  • La descente pourra être suivie en direct sur le site de l'ESA.

Demain, Cassini mourra. Ce vendredi après-midi (heure de France métropolitaine), elle plongera dans l'atmosphère de Saturne, par dix degrés de latitude nord, où la chaleur la détruira. Nous avons voulu connaître son état d'esprit et l'interroger durant ses dernières heures, profitant d'un créneau vide dans l'agenda d'utilisation du DSN (Deep Space Network). La sonde nous a fait le plaisir de passer un peu de temps avec nous.

Futura : Bonjour, Dame Cassini. Comment vous sentez-vous en ce moment, euh... terminal ?

Cassini : Bonjour. Parfaitement bien. Je suis très sereine. J'ai terminé un travail colossal et une aventure extraordinaire. Je devais fonctionner au moins quatre ans autour de Saturne. J'aurai tenu treize ans ! Et sans gros problème. Ma mission a été prolongée deux fois. Ils ont appelé ces bonus les missions « Solstice » et « Équinoxe », ce qui correspondait effectivement aux saisons de ma planète préférée (où l'année dure vingt-neuf ans).

Et puis, en avril 2017, il y a eu le bonus du bonus : le « grand final ». Prenant tous les risques, je me suis approchée de Saturne et j'ai traversé 22 fois le plan des anneaux, et même à l'intérieur, entre eux et la planète. C'était fantastique. Mais là, je suis à bout.

Mes réservoirs d'hydrazine sont quasiment vides et, si rien n'est fait, je me retrouverais sur une trajectoire incontrôlée. Je risquerais même de percuter une lune, comme Titan ou Encelade, et de polluer le site, avec mes composants divers, voire les microbes que je transporte probablement. Une mission future pourrait en être trompée.

Saturne devant le Soleil, en contre-jour. Sur cette image composite réalisée le 19 juillet 2013, on distingue trois planètes, dont la nôtre (Earth, en anglais sur l'image), au sein de la lueur des anneaux. Il faisait jour et beau en Europe ce jour-là. Beaucoup d'entre nous sont donc sur cette image. André Brahic aimait dire qu'il montrait cette image en tant que photo d'identité. © Nasa, Caltech, SSI

Vous allez donc plonger dans Saturne. Vous serez déchiquetée. Cela ne vous fait pas peur ?

Cassini : Cela va être formidable. Et pour vous aussi, les humains. Pendant la descente, j'orienterai ma grande antenne parabolique vers ma planète, la Terre, et je vous enverrai toutes les données que je recueillerai. Désolée pour le public mais il n'y aura pas d'images des dernières minutes car vos savants privilégient les mesures que je ferai avec huit de mes instruments. Jusqu'au dernier moment ! Je vais mourir dans la joie. Quelqu'un de chez vous a dit ça. Il s'appelait André Brahic, un grand astronome qui m'a beaucoup aimée.

Une vue de Saturne, sous un angle de 25° par rapport aux anneaux, prise par la caméra grand angle WAC. Ce 28 octobre 2016, la sonde Cassini croisait à 1,4 million de kilomètres de Saturne. © Nasa, Caltech, SSI

Quelles sont vos grandes découvertes ?

Cassini : Ah, encore une question de journaliste ! Mais je n'ai rien découvert, moi. J'ai utilisé mes douze instruments comme on me le demandait. C'est ce qu'a fait aussi mon compagnon de voyage, le brave Huygens. Un sacré baroudeur, celui-là. Ce sont les humains qui découvrent. Et, pour ce qui est du bilan, bien malin qui pourrait le faire aujourd'hui. Il y a déjà près de 4.000 publications scientifiques. Mais avec ce que je vous ai envoyé, les chercheurs ont de quoi travailler des années encore, et même des décennies !

14 janvier 2005, 11 h 34 TU. Huygens est installé sous son parachute, à mille mètres au-dessus de la surface et descend lentement à 17 km/h. Ses trois caméras (une horizontale, une à 45° et une verticale) profitent de la rotation du module pour saisir des clichés dans toutes les directions qui permettront de reconstituer des panoramas. C'est un monde complexe que nous fait découvrir Huygens, avec des montagnes, des vallées, un réseau fluvial, des nuages et des lacs. © ESA, Nasa, CalTech, SSI

Avec mes données, ils étudient la masse des anneaux et essaient de comprendre leur formation, leur âge, leur dynamique... C'est encore en chantier tout ça. Après la superbe descente de mon copain Huygens et mes 127 survols, imageur radar en action, ils en sont aujourd'hui à cartographier Titan, à étudier la chimie de son atmosphère, à peaufiner leurs modélisations, à chercher l'eau liquide sous la surface... Les mesures de mon magnétomètre, au bout de sa perche de onze mètres, leur ont déjà permis de découvrir des bizarreries. Ils n'ont pas fini de voyager dans mes millions de données !

Tout de même, des souvenirs ?

Cassini : Oh la la... Des milliers, mon ami. Le survol du pôle sud de Jupiter, avec une vue époustouflante. L'arrivée dans le monde de Saturne, en 2004, avec le passage entre les anneaux F et G. Quel suspense ! J'avais mis mon antenne devant moi, comme un bouclier. Les ingénieurs de vol frôlaient la crise cardiaque. Il y a eu aussi la retransmission des données de mon pote Huygens, pendu sous son parachute dans l'épaisse atmosphère de Titan. Je n'en ai pas perdu une miette (le coup du canal radio resté éteint, ce n'est pas de ma faute. Je vous ai envoyé 350 photos quand même, plus tout un tas de mesures).

De la croûte de glace de la petite lune Encelade surgissent des geysers. Cassini y plongera. C'est de l'eau salée. © Nasa, CalTech, SSI

Et puis... ah, le plus beau sans doute, le plus surprenant : la vision des geysers d'Encelade. Vous avez été tellement surpris de voir de l'eau liquide surgir d'une boule de glace que les ingénieurs de vol ont bousculé ma mission pour que j'y retourne. Alors j'ai plongé dedans. Quelle vision ! J'ai récolté des gouttes. Je les ai analysées : c'était de l'eau salée avec de la matière organique. Je n'aurais découvert (pardon, permis de découvrir) que cela autour de Saturne, ma mission aurait été un succès. Avec la chimie de Titan, la présence d'eau liquide dans un corps aussi petit et aussi loin du Soleil obligent les exobiologistes à revoir leurs idées sur l'apparition de la vie et l'habitabilité des systèmes planétaires, dont le nôtre.

Mais ce n'est pas fini. Pendant mon grand final, j'ai observé les anneaux de très près et, demain, je vais me rendre dans un endroit jamais visité, la haute atmosphère de Saturne. Je vais sûrement encore donner du grain à moudre aux scientifiques. Dans la joie, vous dis-je.

Pour en savoir plus

En images : Cassini et le « seigneur des anneaux »

Article de Jean Étienne publié le 6 mars 2007

La sonde Cassini ne cesse de nous offrir de superbes et surprenantes images de la reine du Système solaire. Cette fois, au niveau des pôles de la majestueuse planète. En voici quelques-unes, que nous commentons pour votre plus grand plaisir... et pour le nôtre !

Image en contre-plongée de Saturne. Un vaste ouragan est visible au niveau du Pôle sud. Position de Cassini : 26° d'inclinaison sud par rapport au plan des anneaux. Couleurs naturelles (filtres rouge, vert et bleu). Date : 30 janvier 2007. Distance : 1,1 million de km.
Sa majesté... Les anneaux projettent majestueusement leur ombres sur l'immense disque de Saturne, tandis que Dioné veille au loin… Position de Cassini : 9° d'inclinaison nord par rapport au plan des anneaux. Couleurs naturelles (filtres rouge, vert et bleu). Date : 4 février 2007. Distance : 1,2 million de km. Diamètre de Dioné : 1126 km.
Pastels célestes. Avec ses bleus pastel, ses roses, ses verts et les ors, Saturne offre une grande diversité de couleurs et de tonalités. Position de Cassini : 19° d'inclinaison nord par rapport au plan des anneaux. Couleurs naturelles (filtres rouge, vert et bleu). Date : 3 février 2007. Distance : 1,1 million de km.
Ombres tournantes. Les scientifiques étudiant Saturne n'ont pas encore précisément déterminé la cause de la différence de couleur du nord au sud. Les survols par les sondes de la Nasa des années '80 montraient un disque planétaire plus uniforme, alors que Saturne se trouvait plus près de l'équinoxe. Ils spéculent qu'il s'agit d'un effet saisonnier. Position de Cassini : 0,5° d'inclinaison nord par rapport au plan des anneaux. Couleurs naturelles (filtres rouge, vert et bleu). Date : 4 février 2007. Distance : 1,2 million de km.
Anneau d'or. Plongée sur le monde de Saturne. Mosaïque de 27 images au-dessus du Pôle nord de la planète, sous-exposée afin de mieux montrer ses anneaux. Position de Cassini : 60° d'inclinaison nord par rapport au plan des anneaux. Couleurs naturelles (filtres rouge, vert et bleu). Date : 21 janvier 2007. Distance : 1,6 million de km.
Jeu d'ombres. La reine du Système solaire apparaît ici au centre de son écrin. La durée d'exposition a été ajustée de façon à rendre visible la partie ombragée des anneaux, en surexposant le moins possible le disque planétaire. Mosaïque de 36 images. Position de Cassini : 40° d'inclinaison nord par rapport au plan des anneaux. Couleurs naturelles (filtres rouge, vert et bleu). Date : 19 janvier 2007. Distance : 1,23 million de km.
Le savoir de Saturne. Saturne offre des mystères bien plus profonds et une histoire bien plus étonnante que son homologue de l'antiquité. Ses paysages gazeux semblent se modifier au gré des observations. Ses ouragans, ses orages titanesques grondent sans répit et ses anneaux majestueux content une éternité de collisions et de cataclysmes, tandis que ses satellites recèlent peut-être les secrets des prémisses de la vie. Position de Cassini : 28° d'inclinaison sud par rapport au plan des anneaux. Image infrarouge (890 nm). Date : 30 janvier 2007. Distance : 1,1 million de km.