Thomas Pesquet et Brigitte Godard, son médecin personnel tout au long de la mission Proxima et Expedition 50/51. © Esa, Cnes

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Santé : l'entraînement de Thomas Pesquet raconté par son médecin personnel

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Peu avant la mise en quarantaine de Thomas Pesquet, le 1er novembre (une procédure classique avant chaque lancement d'astronautes pour éviter toute contamination externe de la Station spatiale), nous nous sommes entretenus avec Brigitte Godard, son médecin personnel. Bien qu'elle n'a pu être que générique dans ses réponses — seul Thomas peut donner les informations médicales sur sa santé —, elle nous informe sur le suivi de sa santé, un aspect peu médiatisé de l'entrainement de Thomas et pourtant crucial pour un séjour en pleine forme dans l'ISS.

Chaque astronaute à bord de la Station spatiale internationale est suivi en permanence depuis le sol par une équipe de plusieurs médecins et d'ingénieurs biomédicaux. Thomas n'échappe évidemment pas à cette règle. Brigitte Godard, médecin des astronautes détachée à l'Esa pour le Cnes/Medes et plus particulièrement médecin Esa de Thomas Pesquet pour la mission Proxima et l'Expedition 50/51 répond à nos questions.

Compte tenu de l'état de santé de Thomas, par rapport aux autres astronautes, s'est-il astreint à un entrainement physique particulier pour se préparer à son séjour orbital et son retour sur Terre ?

Brigitte Godard : Non. Mais chaque astronaute a un entrainement physique qui lui est propre pour répondre au mieux à sa demande et ses intérêts. Il est important que le sport reste agréable car il faut le faire régulièrement. Évidemment on s'assure que tous les exercices physiques lui permettent d'atteindre le meilleur niveau possible.

A-t-il une capacité physique en dessous de la moyenne de ses capacités physiques générales qui nécessiterait une surveillance particulière ?

Brigitte Godard : Vous comprenez que je ne peux évidemment pas répondre à cette question car je ne peux dévoiler aucune information médicale de cette nature. Cela dit, nous n'avons pas eu de soucis particuliers pour son entrainement sinon il n'aurait pas été sélectionné comme astronaute ! Et puis, sa sélection ne date que de 2009, il est jeune donc pas de soucis à ce stade. À cela s'ajoute que les épreuves d'effort faites avant son lancement sont d'excellents niveaux.

S'il effectue une sortie dans l'espace programmée ou dans l'urgence, pour éviter tout risque d'erreur technique mais également contrôler son niveau d'adrénaline et de stress, Thomas s'est astreint à un entrainement très dense en piscine. © Esa

Est-ce qu'un aspect particulier de son corps (muscles, squelette, système cardio-vasculaire, yeux, cerveaux...) sera suivi pendant son séjour pour les besoins d'expériences.

Brigitte Godard : Oui beaucoup car Thomas va participer à de très nombreuses expériences scientifiques qui vont concerner la tête, les mains, le métabolisme, l'horloge interne, les os, les muscles, la peau et le système immunitaire.

Va-t-il innover dans sa façon de faire des exercices à bord de la Station et surveiller son état général de santé ?

Brigitte Godard : Non, enfin pas à ce que je sache. On verra en cours de mission s'il y a une certaine nécessité à adapter son entrainement quotidien. Par exemple, on va utiliser un iPad dans le cadre d'une expérience du Cnes qui devrait nous permettre de lui donner des informations plus facilement sur tout un tas de critères. Par exemple, Thomas devrait l'utiliser pour sa nutrition, ce qui lui permettra de suivre au jour le jour lui-même la quantité de calories qu'il prendra et savoir ainsi quelle nourriture il doit prendre en qualité et quantité. Cet outil sera utilisé en démonstration pour la première fois en orbite. Si son utilité s'avère concluante, son utilisation sera étendue à nos futurs astronautes avec peut-être de nouvelles fonctionnalités.

Vous répondez souvent par « on » à nos questions. Cela veut-il dire que tout au long de la mission de Thomas vous allez le suivre quotidiennement ?

Brigitte Godard : Oui, je dis « on » car pour moi si je suis son médecin préférentiel, nous sommes au Centre de contrôle des astronautes de l'Esa (EAC), une équipe de plusieurs médecins et des ingénieurs biomédicaux. J'ai également un assistant qui peut prendre le relai si je suis absente.

Avec Peggy Whitsun (également membre d'expédition 50/51), Thomas s'entraine au sol à une expérience médicale qu'il réalisera à bord de la Station spatiale. © Thomas Pesquet

Vous allez donc le suivre et l'accompagner tout au long de sa mission de six mois ?

Brigitte Godard : Oui. Je le suivrai personnellement en permanence soit les jours de semaine en allant régulièrement en salle de contrôle où nos ingénieurs surveilleront ce qui se fait à bord de la Station. Depuis Cologne, nous pouvons le suivre mais pas communiquer directement avec l'astronaute. Ce qui fait que quand vous venez en console, vous pouvez voir votre astronaute faire du sport ou encore réaliser une expérience. Nous avons accès à l'écoute de ce qui est transmis depuis la station vers le sol à la Nasa, c'est un moyen pour son médecin de suivre sa voix et son humeur.

Connectés 24 h sur 24 en quelque sorte ?

Brigitte Godard : Vous ne pensez pas si bien dire. J'aurai également en permanence mon iPhone allumé, même le week-end et les nuits pour être capable de répondre soit à Thomas lui-même (ils utilisent rarement ce moyen car cela signifie qu'ils ont besoin de communiquer avec leur médecin) mais cela peut être pour des raisons diverses et aussi pour répondre au directeur de mission de Colombus, à nos ingénieurs biomédicaux ou toute autre personne impliquée dans le planning ou expérience scientifique qui requiert une info médicale, pour modifier son emploi du temps. Donc oui, ce sera du quotidien 24 h sur 24, depuis la quarantaine précédant son départ jusqu'aux trois semaines qui suivront son retour, en mai 2017.

Un dernier commentaire ?

Brigitte Godard : Oui. Si cette préparation de Thomas, qui réalise enfin son rêve de voler dans l'espace a été longue, je peux vous dire que c'est long aussi pour le médecin et surtout pour son conjoint qui doit lui aussi subir le téléphone qui sonne à point d'heure, du fait du décalage entre les différents Centres de contrôle et d'entrainement qui se situent en Russie, en Allemagne, en France et aux États-Unis (Houston). Un travail ô combien intéressant, hors de tout ce que l'on peut imaginer mais puis-je me permettre de dire « stressant » et « usant ».