Jets bleus photographiés de l’espace par Andreas Mogensen en 2015. © ESA, Nasa

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D'étranges jets bleus observés depuis l'ISS

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Dans le cadre de l'expérience Thor, Andreas Mogensen avait filmé pour la première fois un curieux phénomène atmosphérique depuis la Station spatiale internationale : les jets bleus. Comme les farfadets et les sylphes rouges, ils apparaissent fugitivement au-dessus des orages. Ils n'avaient jamais pu être observés ainsi. Des images étonnantes et exceptionnelles.

La question de l'existence de phénomènes fugaces a fait l'objet de débats durant de nombreuses années : d'insaisissables décharges électriques dans la haute atmosphère, nommées sylphes rouges, jets bleus, farfadets ou elfes. Faisant l'objet de rapports anecdotiques par des pilotes d'avions, ces phénomènes se sont toujours révélés difficiles à étudier car ils se produisent au-dessus des orages.

Proposée par l'Institut spatial national du Danemark, l'expérience Thor, qui s'était déroulée en septembre 2015 pendant la mission Iriss de 10 jours de l'astronaute de l'ESA Andreas Mogensen à bord de la Station spatiale internationale (ISS), avait pour objet d'étudier les orages vus d'en haut. Une liste d'endroits où ils étaient prévus par la météo avait été communiquée à Andreas, qui a alors pris des photos avec l'appareil le plus sensible à bord pour capturer ce que l'on appelle les phénomènes lumineux transitoires.

Jets bleus filmés de la Station spatiale par Andreas Mogensen en 2015. © ESA, Nasa, DTU

90 flashes de jets bleus en une minute

Après analyse, l'équipe à l'origine de l'expérience a publié dans The Geophysical Research Letter un article qui confirme la présence de nombreux jets bleus d'une envergure de l'ordre du kilomètre autour de 18 km d'altitude, et même d'un jet bleu à impulsions atteignant 40 km d'altitude. Dans la vidéo présentée ici, enregistrée par l'astronaute au-dessus du golfe du Bengale, on peut voir clairement le phénomène électrique - le premier du genre.

Des satellites avaient déjà étudié le phénomène mais leur angle de vue n'est pas idéal pour rassembler des données sur l'échelle des jets bleus et des décharges bleues, qui sont de plus petite taille. La Station spatiale, placée sur une orbite relativement basse (à environ 400 km), est en revanche idéalement située pour prendre des photos des sylphes et des jets.

Dans le cadre de Thor, Andreas avait pour consigne de viser les tourelles orageuses (des colonnes nuageuses qui s'étirent jusqu'à la haute atmosphère), et l'astronaute a filmé une vidéo de 160 secondes montrant 245 flashes de jets bleus, soit environ 90 par minute, émanant du haut d'une tourelle nuageuse qui s'écartait de l'orage au-dessus du golfe du Bengale.

Les décharges et les jets bleus font partie des zones d'ombre dans nos connaissances du climat, alors qu'ils revêtent une réelle importance. En effet, comme les orages électriques atteignent la stratosphère, ils jouent un rôle dans la manière dont notre atmosphère nous protège des radiations cosmiques.

Tourelle orageuse photographiée de la Station spatiale internationale. © Nasa

Bientôt une observation permanente des orages depuis l'espace

Cette expérience a confirmé que la Station spatiale est une plateforme utile à l'observation de ces phénomènes. Un instrument nommé Asim (Atmosphere-Space Interactions Monitor), actuellement en cours de préparation pour son lancement prévu d'ici la fin de l'année, sera installé à l'extérieur du laboratoire spatial européen Columbus.

Une fois en place, il observera de manière continue les orages pour collecter plus d'informations sur les phénomènes lumineux transitoires.

« Ce n'est pas tous les jours que l'on filme un nouveau phénomène météorologique... Je suis donc très satisfait du résultat, mais encore plus satisfait à l'idée que les scientifiques auront bientôt l'opportunité d'étudier ces curieux orages plus en détail » conclut l'astronaute.

Pourquoi étudier les orages depuis l'espace ?  Chaque année en France, la foudre tombe environ un million de fois. Elle génère une série de phénomènes mal connus que l’on ne peut observer que depuis l’espace. À partir de 2016, le satellite Taranis devrait nous permettre de mieux les comprendre. Le Cnes nous parle plus en détail de ce projet en vidéo.