La sonde Rosetta s'écrasera très bientôt à la surface de la comète Churyumov-Gerasimenko. © ESA

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Rosetta : le pari d'un impact contrôlé pour terminer une mission exceptionnelle

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La sonde Rosetta terminera vendredi 30 septembre sa mission par un impact contrôlé sur la surface de la comète Tchouri. Francis Rocard, responsable des programmes d'exploration du Système solaire au Cnes, nous explique les derniers instants de la mission et nous en dit plus sur la suite qui pourrait lui être donnée.

La mission de la sonde Rosetta s'achève bientôt. Vendredi 30 septembre, celle qui a vraisemblablement percé le secret des comètes s'écrasera, lors d'un impact contrôlé, sur Churyumov-Gerasimenko, alias Tchouri, autour de laquelle elle tourne depuis plus de deux ans.

La sonde ciblera Ma'at, une région d'hébergement de fosses actives située sur le petit lobe de la comète. Dès l'impact, Rosetta sera passivée automatiquement. Une décision qui peut surprendre mais qui trouve une explication toute simple : en raison de son éloignement au Soleil, Rosetta « n'aura de toute façon plus suffisamment d'énergie pour être opérée », nous expliquait en début de mois Sylvain Lodiot, responsable des opérations en vol de Rosetta à l'ESA. Quelle que soit la vitesse de l'impact, on s'attend à ce que les panneaux solaires et l'antenne à grand gain se brisent au contact du sol.

Cette fin de mission a été préférée à un autre scénario, qui prévoyait une nouvelle hibernation et un réveil dès le retour de la comète à une distance suffisante du Soleil pour le bon fonctionnement de la sonde.

En réalité, la descente finale a débuté lundi 26 septembre, lorsque la sonde a modifié sa trajectoire pour se préparer, depuis une distance de 20 kilomètres, à basculer sur une trajectoire de collision avec la comète, vendredi 30 septembre. L'impact est prévu à 13 h 20, heure de Paris, avec une marge d'erreur de plus ou moins vingt minutes. Cette descente durera six heures.

La trajectoire que prendra la sonde a été calculée pour :

  • d'une part, qu'elle soit la « plus lente possible pour maximiser le retour scientifique » (afin que l'impact soit le plus léger possible), explique Francis Rocard, responsable des programmes d'exploration du Système solaire au Cnes ;
  • d'autre part, que le Soleil soit en permanence dans le dos de la sonde et la Terre en visibilité directe « car toutes les données acquises pendant la descente seront envoyées vers la Terre en temps réel ».
Les différents sites d'atterrissage de Rosetta sur la comète Churyumov-Gerasimenko. © ESA

Les images de la descente

Cette idée d'une descente lente ravit les scientifiques qui auront là « l'occasion unique de faire fonctionner les instruments de la sonde au plus près de la comète et d'obtenir d'Osiris des images en résolution croissante », raconte Francis Rocard.

Évidemment, tous les instruments ne seront pas utilisés. Celui dont on attend beaucoup est Rosina. Cet instrument, doté de trois capteurs, analyse les gaz en temps réel. Des observations très attendues des poussières qui dégazent ou des molécules libérées qui se transforment rapidement pourraient ainsi être réalisées et ces phénomènes vus en direct ! « On devrait savoir s'il y a un effet d'évolution qualitatif de ces gaz au fur et à mesure que l'on s'approche de la surface de la comète. »

D'autres instruments seront activés comme :

  • le magnétomètre ;
  • le spectromètre dans l'ultraviolet Alice ;
  • Miro, utilisé pour acquérir des mesures de températures et de compositions moléculaires ;
  • Virtis, pour des mesures, très proches du sol, des radiations spatiales ;
  • RSI, pour des mesures du champ de gravité et affiner les mesures de la masse, la densité et la gravité du noyau.

Prochaine étape : rapporter des échantillons cométaires ?

Sans surprise, il n'y aura pas de Rosetta 2. Dans le spatial, « on ne refait jamais ce que l'on a déjà fait. On fait toujours mieux ». Rosetta étant la suite de Giotto (qui, en mars 1986, a survolé la comète Halley puis a remis ça en juillet 1992 en survolant la comète Grigg-Skjellerup), elle pourrait, elle aussi, avoir sa suite.

S'il ne fait guère de doute que, d'ici quelques années, une nouvelle mission à destination d'une comète sera décidée par l'agence spatiale d'un pays ou l'ESA, « deux profils de mission sont en compétition » :

  • une mission type Philae, avec un atterrisseur qui resterait en activité sur la surface pendant une très grande période ;
  • une mission de retour d'échantillons, comme il était prévu de le faire avec Rosetta. En effet, bien que Rosetta soit « une des missions les plus ambitieuses jamais entreprises », déclarait le professeur David Southwood, alors directeur du programme scientifique de l'ESA, lors du lancement de la sonde en mars 2004, les objectifs initiaux étaient plus grands. Ils prévoyaient un retour d'échantillons et la mission était nommée Rosetta Sample Return. Le Sample Return a été abandonné pour deux raisons. Le retrait de la Nasa du projet, faute de financement, et l'exigence de garder les échantillons collectés à -100 °C s'est avérée techniquement trop contraignante. C'est comme cela qu'est née Rosetta.