Cette image composite de la comète Churyumov-Gerasimenko, un assemblage de quatre vues, a été acquise par la sonde Rosetta depuis une distance de 31,8 kilomètres. Elle montre des détails d'un peu moins de 10 mètres (2,7 m par pixel). © Esa/Rosetta/Navcam

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Rosetta brosse le portrait de 67P/Churyumov-Gerasimenko

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À l'heure où cet article est mis en ligne, l'atterrisseur Philae s'apprête à entamer (à 9 h 30) sa descente de 20 km jusqu'à la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko. Confirmée une demi-heure plus tard (le temps de voyage des signaux radio jusqu'à la Terre), cette manœuvre historique durera environ 7 heures et pourra être suivie en direct sur Futura-Sciences cet après-midi. En attendant, découvrez les résultats déjà acquis par les onze instruments à bord de la sonde européenne Rosetta depuis qu'elle tourne autour de « sa » comète. Rendez-vous dès ce matin sur notre page spéciale (http://www.futura-sciences.com/live/) pour tchater et participer à cet événement.

À quelques heures de l'atterrissage de Philae sur la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko, les premières données scientifiques acquises par Rosetta font état d'une comète comme il en existe beaucoup d'autres dans l'espace, composée d'environ un tiers de silicate, un tiers de glace et un tiers de matière organique.

La particularité de cette comète, c'est sa forme. Un temps on a pensé qu'il pouvait s'agir d'un assemblage de deux morceaux distincts mais il est très vraisemblable que Churyumov-Gerasimenko soit en train de se couper en deux, au niveau de la région dite du cou. Comme l'attestent les images, cette région perd beaucoup de matière, ce qui rend la comète fragile, de sorte qu'elle peut se casser demain... ou dans 10.000 ans. Ce processus est très courant. Par exemple, la comète 46 P/Wirtanen, cible initiale de la mission, s'est depuis fracturée en une vingtaine de morceaux. De tels sursauts d'activité ne sont pas localisés seulement au niveau du cou, Rosetta en a observé sur toute la surface, mais ils sont en plus grand nombre dans cette région.

Cette comète ressemble aux autres... sauf par la forme

Une mesure importante effectuée par Rosetta est celle de la densité. La connaître, c'est mieux comprendre comment les composants élémentaires se sont agrégés dans la nébuleuse primitive pour former les comètes. Dans le cas de Churyumov-Gerasimenko, les scientifiques l'ont estimée à partir de la masse de la comète, laquelle a été mesurée durant les triangles d'approche effectués par Rosetta avant de tourner autour de la comète. Les déviations observées étaient dues à la force de gravité de ce petit corps. Ainsi, la masse de Churyumov-Gerasimenko est-elle évaluée à 10 milliards de tonnes, avec une densité probablement comprise entre 0,4 et 0,45.

Il s'agit donc d'une comète très poreuse, ce qui n'est pas surprenant. Cela s'explique par la présence de silicate mais surtout de glace, glace qui se sublime et fait des trous (d'où la porosité), et enfin de matière organique réfractaire qui a tendance à partir. Ces pertes de matière conduisent à la formation d'interstices.

Agilkia, le site d'atterrissage de Philae. Les observations montrent qu'il s'agit d'une région de la comète riche en dépôts, probablement d’origine organique, voire silicatée, et s'accumulant sur plusieurs mètres de hauteur. Il existe donc un risque que Philae s'enfonce profondément au moment de son atterrissage. © Esa

Autres valeurs intéressantes, celle du rapport entre dioxyde de carbone (CO2) et molécule d'eau (H2O) calculé par l'instrument Rosina, un spectromètre qui doit déterminer la composition de l'atmosphère et de l'ionosphère de la comète. Il montre une émission hétérogène des gaz en fonction de la localisation. Une zone au niveau de la base du corps semble diffuser plus de CO2 que de H2O.

Virtis, l'instrument chargé d'établir une carte de la nature des solides et la température à la surface a mesuré le rapport global entre le CO2 et l'H2O. Résultat, Churyumov-Gerasimenko est pauvre en dioxyde de carbone avec un rapport qui semble de l'ordre de quelques pour-cent, chiffre plus faible que ce qui avait été envisagé. Les mesures de températures font état d'une surface très froide, -70 °C, et d'un albédo entre 3 et 4 %, très sombre. À titre de comparaison, celui de la Lune est de 7 %.

Un indice pour l'origine de l'eau de la Terre

La valeur du rapport deutérium-hydrogène (D/H), lui, aide à comprendre l'origine de l'eau sur Terre. Celui de Rosetta est à peu près dans les standards cométaires, notablement au-dessus de la valeur terrestre, confirmant l'idée selon laquelle les astéroïdes ont été la principale source de l'eau sur Terre, l'apport des comètes restant inférieur à 10 %. Cela dit, une étude récente que nous avons citée dernièrement pourrait remettre en cause cette théorie.

Le dernier instrument à évoquer, Cosima, a été conçu pour collecter des grains de poussière et réaliser des analyses en spectrométrie de masse afin de déterminer s'ils sont organiques. Les premiers grains analysés sont apparus très fragiles. Ils ont littéralement disparu après irradiation. Il va falloir ajuster l'influence des ions pour éviter de les détruire. Cela semble indiquer qu'il ne s'agit pas de cailloux, mais de grains très floconneux, peut-être de la matière organique.

Pour la petite histoire, on signalera que, de par les gaz qui s'en échappent, proches de celui utilisé dans les boules puantes, cette comète sent très mauvais...