La première image prise par Philae après son atterrissage... ou plutôt après le troisième, l'atterrisseur ayant touché le sol à 16 h 33, 18 h 26 et 18 h 33, en heure française. © Esa/Rosetta/Philae/DLR

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Sur la comète, Philae a réussi un drôle d'atterrissage

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Quel suspense ! Vous avez été très nombreux à suivre en direct avec nous les sept heures de la descente de Philae. Bien qu'il n'ait pas atterri dans les meilleures conditions — il a sans doute rebondi —, ce petit robot fonctionne et a pu communiquer avec Rosetta et même envoyer enfin la première photo vue du sol. Prochain rendez-vous : la conférence de presse de l'Agence spatiale européenne qui fera le point sur la situation et devrait diffuser les premières images de la comète acquises depuis sa surface.

Après Huygens en 2005, l'Agence spatiale européenne a de nouveau réussi un atterrissage extrêmement délicat. Cette fois-ci sur une comète, 67P/Churyumov-Gerasimenko ! Exploit technique sans précédent dans l'histoire de l'exploration robotique du Système solaire, cet atterrissage, même s'il n'est pas parfait, marque une nouvelle étape.

Au lendemain de son arrivée, le petit module communique avec Rosetta. Il est donc bien posé sur le sol et dans le bon sens (sur le dos, il ne pourrait émettre). Mais comment Philae a-t-il atterri ? Les responsables de la mission cherchent encore à le comprendre. Pas comme prévu en tout cas. Il semblerait que Philae ait rebondi une fois avant de s'immobiliser. Dans la très faible gravité de la comète, ce rebond aurait duré plusieurs dizaines de minutes, peut-être deux heures... L'un des trois systèmes d'ancrage, en l'occurrence les deux harpons, n'a semble-t-il pas fonctionné.

Certainement la dernière image acquise par Philae et rendue publique par l'Esa. Elle montre le site d'atterrissage finalement très peu encombré et plutôt rassurant pour les scientifiques. © Esa/ROsetta/Philae/Civa

Philae aurait atterri... trois fois !

Cette hypothèse est celle que privilégie l'Esa, qui devrait s'exprimer sur ce sujet aujourd'hui à 14 h 00, heure de Paris. En effet, Stephan Ulamec, responsable de l'atterrisseur Philae, a déclaré« qu'apparemment, les harpons n'ont pas fonctionné de sorte que Philae n'est pas ancré à la surface ». Les fluctuations dans les signaux radio, explique-t-il,« suggèrent soit que Philae a atterri dans un sol meuble, une sorte de "bac à sable", soit qu'il a doucement rebondi sur la surface avant de se reposer une seconde fois ».

On savait que l'atterrissage sur la comète ne serait pas simple. Francis Rocard, qui dirige les programmes d'exploration du Système solaire au Cnes, nous l'avait bien expliqué dans deux articles. Et les responsables de la mission s'y étaient préparés en dotant Philae de trois mécanismes distincts et indépendants les uns des autres :

  • trois vis situées aux extrémités de son train d'atterrissage,
  • deux harpons,
  • un système d'émission d'un gaz (sorte de propulseur) pour le plaquer au sol.
Cette image a été acquise par la caméra de descente Rolis de Philae avant qu’il ne touche le sol, depuis une distance de 3 kilomètres. La résolution est de trois mètres par pixel de sorte qu’il est possible de discerner des objets de moins de dix mètres. © Esa/Rosetta/Philae/Rolis/DLR

Les observations scientifiques ont commencé

Même si Philae n'est pas bien arrimé au sol, une grande partie du programme scientifique sera réalisée. Toutefois, « ce serait ennuyeux pour certains instruments parce qu'on a besoin qu'il soit bien harponné pour utiliser la foreuse qui doit permettre de récupérer les échantillons dans le sol », a déclaré le chef de projet Rosetta au Cnes à Toulouse, Philippe Gaudon. Sans arrimage ferme au sol, la foreuse aurait surtout pour effet d'envoyer valser Philae, qui repartirait en vol libre au-dessus de 67P/Churyumov-Gerasimenko. Dans le faible champ de gravité de la comète (100.000 fois moins que sur Terre), l'atterrisseur a un poids qui correspondrait sur notre planète à une masse... de un gramme.

Mais restons optimistes. L'atterrisseur est posé et en partie fonctionnel. L'exploit est donc bien réel. Philae est là où personne n'est jamais allé. On peut féliciter les industriels qui ont participé à la mission, dont Airbus Defence and Space, maître d’œuvre de la mission, et Thales Alenia Space, responsable des activités AIT (Assemblage, Intégration, Tests). En effet, Philae comme Rosetta sont des engins spatiaux construits à partir de technologies datant déjà d'une quinzaine d'années...

Pour rappel, cette mission d'un coût total de 1,3 milliard d'euros, a mobilisé environ 2.000 personnes depuis 20 ans, et plus de 50 entreprises de 14 pays européens et des États-Unis ont participé à ce projet qui fera date.